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« Les Rails de la mémoire » : une œuvre inaugurée à Lyon pour les 80 ans de la libération d’Auschwitz

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Blaising Borchardt Studio, Les Rails de la mémoire
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Blaising Borchardt Studio, Les Rails de la mémoire, 2025

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Photo Samuel Chiner / BBS

C’est un symbole fort qui nous enjoint à ne pas oublier. À Lyon ce dimanche 26 janvier, veille de la commémoration des 80 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne), un mémorial de la Shoah a été inauguré place Carnot, face à la gare Perrache, d’où partaient les convois de déportés vers les camps de la mort.

Baptisé Les Rails de la mémoire, ce monument se compose de 1 173 mètres de rails, représentant le nombre exact de kilomètres séparant Lyon du plus meurtrier des complexes concentrationnaires nazis.

Un lieu de mémoire et de recueillement

« Notre idée était que celui qui va prendre un train ici se rappelle que, 80 ans auparavant, sur ces mêmes lignes, il y a eu des déportés. »

Quentin Blaising et Alicia Borchardt

Empilés de façon rectiligne et entrecroisés comme les bâtonnets d’un jeu de construction, les segments en métal forment un bloc rectangulaire percé d’interstices permettant de voir au travers. La structure peut également être traversée par les passants grâce à l’aménagement d’un vide en forme de portail. Celui-ci peut être vu comme une évocation de la sinistre entrée du camp d’Auschwitz, symbole du passage de la vie à la mort, mais aussi comme la matérialisation d’une immersion dans la mémoire de ces événements tragiques, ainsi qu’un chemin de recueillement et un acte de reconstruction.

Blaising Borchardt Studio, Les Rails de la mémoire
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Blaising Borchardt Studio, Les Rails de la mémoire, 2025

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© Muriel Chaulet / Ville de Lyon

« En mémoire des six millions de Juifs victimes de la Shoah, dont un million et demi d’enfants (1933–1945). 6 100 venaient de notre région », peut-on lire sur l’œuvre en grosses lettres métalliques. « Notre idée était que celui qui va prendre un train ici se rappelle que, 80 ans auparavant, sur ces mêmes lignes, il y a eu des déportés », expliquent les deux jeunes architectes français à l’origine de ce projet, Quentin Blaising (30 ans), natif de Lyon, et Alicia Borchardt (34 ans), d’origine allemande par son père.

Quentin Blaising et Alicia Borchardt
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Quentin Blaising et Alicia Borchardt

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© BBS

Le duo a remporté l’appel d’offres international face à 95 dossiers de candidatures, seulement huit mois après avoir créé leur agence d’architecture parisienne, précisait Le Monde en février 2024. Tous deux sont titulaires d’un master en architecture, lui à l’école de Paris-Malaquais, elle à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague. Inédit à Lyon, leur monument vient s’ajouter à d’autres lieux de mémoire érigés en France, comme le mémorial de la Shoah et le mémorial des Martyrs de la déportation à Paris, et le mémorial de la Shoah de Drancy.

6 100 Juifs déportés depuis la région Auvergne-Rhône-Alpes

« L’antisémitisme est un poison pernicieux qui doit être combattu avec force », a martelé le maire écologiste de Lyon Gregory Doucet lors de l’inauguration du monument. Très résistante, Lyon a été « barbouillée de sang » par « la cruauté inouïe de ses bourreaux », dont Klaus Barbie et le chef de la milice Paul Touvier, a-t-il rappelé. L’édile a également salué la dimension « sensible » de ce mémorial qui « frappe notre conscience », et rendu hommage au rôle déterminant de son prédécesseur Gérard Collomb (1947–2023) – ex-socialiste rallié au parti d’Emmanuel Macron, qui fut maire de Lyon de 2001 à 2017 et de 2018 à 2020 – dans la réalisation de ce projet d’un coût de 500 000 euros financé par la Région, la Ville et la Métropole de Lyon, le Département et plusieurs mécènes.

Inauguration du Mémorial de la Shoah créé par Blaising Borchardt Studio à Lyon
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Inauguration du Mémorial de la Shoah créé par Blaising Borchardt Studio à Lyon, 26 janvier 2025

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© Muriel Chaulet / Ville de Lyon

6 100 hommes, femmes et enfants juifs ont en effet été déportés depuis la région Auvergne-Rhône-Alpes. Au total, les nazis ont tué plus de onze millions de personnes. Aux six millions de Juifs exterminés, dont un million dans le seul camp d’Auschwitz-Birkenau, s’ajoutent plusieurs millions de victimes non juives que n’évoquent pas ce mémorial centré sur la Shoah : Slaves, Tsiganes, personnes en situation de handicap, opposants politiques et résistants (qui étaient très nombreux à Lyon, où ils sont honorés par la sculpture du Veilleur de pierre), Noirs, homosexuels et témoins de Jéhovah. Alors que les témoins survivants se font de plus en plus rares, que les connaissances sur l’Holocauste sont en recul chez les plus jeunes, et que l’extrémisme revient en force, ce nouveau monument se veut un rappel fort de l’horreur de ces crimes, qui doit plus que jamais rester gravée dans les mémoires.

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