L’Institut du monde arabe photographié au moment de la Nuit Blanche, 2017
Photo Bertrand Gardel / © Hemis.fr
C’est une importante métamorphose qui attend l’Institut du monde arabe (IMA). Le 2 février au matin, son président Jack Lang et sa directrice Nathalie Bondil ont présenté à la presse leur projet qui, du bâtiment à la scénographie en passant par les œuvres, repense totalement l’institution parisienne pour en faire un musée à part entière (désormais labellisé « Musée de France »), doté d’un parcours permanent qui mettra en valeur la « première collection d’art moderne et contemporain arabe en Occident ».
Etel Adnan, Paysage 1, Liban, 1925-France, 2021
Huile sur toile • 32 × 41 cm • Paris, Musée de l’IMA, Donation Claude & France Lemand • © Musée de l’IMA
L’élément déclencheur de ce vaste chantier ? La donation, entre 2018 et 2022, de 1 677 œuvres par le couple de collectionneurs franco-libanais Claude et France Lemand, qui a ainsi accru la collection initiale de 340 %, la portant à 2 377 œuvres, parmi lesquelles des chefs-d’œuvre d’Etel Adnan, Ramsès Younane ou Baya. Également enrichi de prêts venant de musées du monde arabe, le nouveau parcours, qui mêlera fil chronologique et focus thématiques (sciences arabes, cultures autochtones, pionnières, photographie, décolonisation…), comprendra au total 3 400 œuvres datant de 1985 à aujourd’hui. Le tout dans une scénographie qui « réactivera le dialogue entre ombre et lumières présent dans les galeries d’exposition d’origine » et replacera le bâtiment de Jean Nouvel dans son environnement, notamment en ouvrant la vue sur le paysage parisien.
Héla Ammar, Hidden Portrait IV, Tunisie, 1969
Série « Hidden Portraits »
Tirage couleur numérique sur papier fine art • 127,2 × 107,3 cm • Paris, Musée de l’IMA • © Musée de l’IMA
Côté médiation, l’institution se veut « plus pédagogique, notamment autour des questions de religion », avec une meilleure prise en compte du bien-être et du confort des visiteurs. Un espace « dédié à la santé » et un restaurant « pleinement métamorphosé » tourné vers la « découverte des cuisines arabes » seront proposés. Une vision décomplexée et en phase avec les enjeux de la société emblématique de l’esprit d’ouverture de Nathalie Bondil, nommée à la direction de l’Institut en 2021.
Annoncé pour fin 2025-début 2026, ce programme ambitieux de réaménagement nécessitera une dépense de six millions d’euros, financée entièrement par le ministère de la Culture. Budget qui pour l’instant ne permet pas de concrétiser un autre souhait cher à Jack Lang : une extension consistant à couvrir le patio d’un dôme en accord avec l’architecte Jean Nouvel, afin d’en faire un nouvel espace dédié à la création vivante. Un vœu qui ne pourrait se réaliser que grâce au concours du mécénat…
Jack Lang photographié par Léa Crespi à l’Institut du monde arabe, en 2015.
Photo Léa Crespi
Le timing de cette présentation, très en amont de l’ouverture, n’est sans doute pas étranger à un contexte de tension lié à la question de la future présidence de l’institution. Car à 83 ans, Jack Lang, qui brigue un quatrième mandat (et rappelle être à l’origine de la création de l’IMA, dont il avait proposé la construction au président François Mitterrand en 1981), se heurte à un concurrent que certaines sources annoncent comme « favori » à sa succession : Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. De quoi faire de ce plan un plaidoyer de taille pour la reconduction de celui qui se décrit « en mouvement continu » !
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