Loïs Mailou Jones, Moon Masque, 1971
huile et collage sur toile • 104,1 x 76,4 cm • © Smithsonian American Art Museum, Legs de l'artiste
Loïs Mailou Jones, Autoportrait, 1940
Huile sur toile • 44,5 × 36,7 cm • Smithsonian American Art Museum • © akg-images / Album
En 1940, un autoportrait la montre de face, prête à débuter une toile. Des pinceaux au premier plan, une blouse de travail et un regard concentré. Son visage calme et clément est presque sans artifice – seule une paire de boucles d’oreilles apporte un brin de féminité à son visage androgyne. Au fond, posées sur le sol, deux sculptures africaines, fiertés de ses racines. Lois Mailou Jones est née en 1905 à Boston, où elle a été la toute première femme noire américaine à obtenir un diplôme de l’École du musée des Beaux-Arts. Elle étudie aussi le design textile au Massachusetts College of Art and Design. Une première exposition à 18 ans et un talent remarquable pour le dessin, qu’elle peut pousser jusqu’à un haut degré de réalisme (Negro Youth, 1929), ne lui permettent toutefois pas d’échapper au racisme : elle ne peut pas enseigner.
À Harlem, la Renaissance est en cours ; Lois Mailou Jones intègre l’Université Howard de Washington, lieu phare de cette révolution noire américaine. Puis elle se décide à partir en Europe, loin de la ségrégation. À Paris, elle étudie à l’Académie Julian, se met à la peinture de plein air avec Émile Bernard, découvre les arts africains anciens dans les galeries. Elle ne rentre aux États-Unis que pour dépeindre le quotidien des Noirs, tel cet homme attaché, sur le point d’être lynché (Mob Victim (Meditation), 1944). En 1953, elle se marie à l’artiste haïtien Louis Vergniaud Pierre-Noël ; dès lors, elle multiplie les séjours à Haïti, où elle s’intéresse notamment aux spiritualités vaudous. En 1995, elle devient la première femme afro-américaine à être admise à la Société des artistes de Washington, et meurt en 1998.
Lois Mailou Jones a emprunté des chemins extrêmement variés, de la création textile à la nature morte en passant par la peinture de paysage, la scène de genre et le portrait. Elle peut être ainsi tout aussi bien l’autrice d’une sage composition d’intérieur (Chou-fleur et citrouille, 1938), d’une aquarelle sur papier fleurissant de motifs pour un tissu (Textile Design for Cretonne, 1928), d’une vue montmartroise évoquant Utrillo (Place du Tertre, 1938), d’une œuvre convoquant l’imaginaire des masques africains (Moon Masque, 1971), ou encore d’une peinture résolument géométrique (Suriname, 1982)… C’est lorsqu’elle est la plus sensible qu’elle semble au meilleur d’elle-même, comme dans Les Clochards, Montmartre, Paris (1947).
Loïs Mailou Jones, Les Clochards, Montmartre, Paris, 1947
caséine sur carton • 53,3 x 90,2 cm • © Smithsonian American Art Museum, Bequest of the artist
Nombre de ses œuvres sont conservées à Washington, au Smithsonian American Art Museum, à la Phillips Collection et au National Museum of Women in the Arts, mais aussi au Metropolitan Museum de New York, à la Petrucci Family Foundation d’Asbury et au SFMOMA (San Francisco).
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