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Käthe Kollwitz, Autoportrait, 1889
pinceau sur sépia sur carton à dessin • Käthe Kollwitz Museum, Cologne • © Käthe Kollwitz Museum Köln
Née en 1867, Käthe Kollwitz passe son enfance à Königsberg (actuelle Kaliningrad en Russie). Son père, juriste de formation, mais qui dut se reconvertir dans la maçonnerie en raison de ses opinions politiques, l’encourage à poursuivre des études artistiques. Après des séjours à Munich et à Berlin dans des écoles d’art exclusivement réservées aux femmes (1885 – 1889), elle épouse le médecin Karl Köllwitz, avec qui elle s’installe définitivement à Berlin, et avec qui elle aura deux fils.
Alors qu’elle se destinait à la peinture, Käthe Kollwitz se tourne finalement vers les arts graphiques : d’un trait intense et spontané, elle croque avec force le monde qui l’entoure. Sensible aux inégalités sociales, elle choisit d’illustrer deux événements historiques lourds de sens à cet égard : La Révolte des Tisserands (1893 – 1897) et La Guerre des paysans (1902 – 1908), deux cycles gravés qui la consacreront comme une figure incontournable de l’expressionnisme allemand. Avec ces succès, elle réussit à se faire une place dans un environnement essentiellement masculin et, en 1919, elle devient la première femme admise à l’Académie des Beaux-Arts de Prusse.
Käthe Kollwitz, Weberzug (La Marche), 1893-1897
planche 4 de « Une Révolte des tisserands », eau-forte sur papier • Musée d’Art moderne et contemporain, Strasbourg • © Musées de Strasbourg / photo : M. Bertola
Elle se fait la voix d’une critique sociale et dénonce dans ses œuvres la misère du prolétariat.
Par la suite, Kollwitz abandonne les références historiques et se consacre exclusivement à la représentation de ses contemporains. Elle se fait ainsi la voix d’une critique sociale et dénonce dans ses œuvres la misère du prolétariat (La Rue, 1908). La condition féminine y joue un rôle central, et l’artiste s’implique intensivement pour une amélioration de leur statut avec, par exemple, la fondation de la Frauenkunstverein (Association des femmes d’art) en 1913. Si ses dessins décrivent souvent un horizon sombre, Kollwitz représente aussi à l’occasion des scènes plus apaisées de tendresse de couples enlacés ou de mères avec leurs enfants.
Käthe Kollwitz, Les Mères, 1921–1922
feuillet 6 de la série « Guerre », gravure sur bois • Käthe Kollwitz Museum, Cologne • © Käthe Kollwitz Museum Köln
En 1914, l’artiste est frappée de plein fouet par la mort de son plus jeune fils, abattu sur les champs de bataille de la Grande Guerre. De cette tragédie personnelle, elle tire un nouveau cycle de gravures intitulé La Guerre (1918 – 1922). Exceptionnellement, et après plusieurs essais sur cuivre, Kollwitz se décide à graver cette série sur bois. Avec cette technique aux contrastes plus tranchés et à l’intensité expressionniste, elle transforme sa propre souffrance en une douleur universelle.
À partir de cet événement funeste, et dans les décennies qui suivent, Käthe Kollwitz s’investit sans relâche en faveur du pacifisme. Elle est alors constamment sollicitée pour la réalisation d’affiches pour des actions pacifistes ou pour lutter contre la famine. La plus connue d’entre elles est sans conteste la célébrissime Plus jamais la guerre, créée en 1924, qui devint dans les années 1970 une icône du mouvement pour la paix, et fut plus récemment éditée en timbre (2014).
Käthe Kollwitz, Plus jamais de Guerre, 1924
lithographie au crayon et au pinceau • Käthe Kollwitz Museum, Cologne • © Käthe Kollwitz Museum Köln
Au début des années 1930, avec son mari, elle lutte politiquement afin d’empêcher la prise de pouvoir des Nazis. Vaincue, son art est jugé dégénéré. En 1933, elle est démise de ses fonctions institutionnelles et se trouve menacée de déportation. Elle fuit Berlin. Dans les dernières années de sa vie, elle se consacre essentiellement à la sculpture, qu’elle avait étudiée au cours de brefs séjours parisiens (1901 et 1904), où l’on retrouve l’influence de son ami Ernst Barlach et d’Aristide Maillol, ainsi que le thème qui lui est cher de la mère et l’enfant. En 1945, elle meurt quelques jours seulement avant la fin de la guerre.
Symbole d’engagement artistique et humain, Käthe Kollwitz demeure 75 ans après sa mort une personnalité dont le langage visuel frappe toujours. Les trois musées qui lui sont consacrés à Berlin, Cologne et Koekelare, et le Prix Käthe Kollwitz attribué depuis 1960 par l’Académie des Beaux-Arts de Berlin, témoignent ainsi de son rôle majeur dans l’histoire de l’art du XXe siècle.
Käthe Kollwitz « Je veux agir dans ce temps »
Du 4 octobre 2019 au 12 janvier 2020
Musée d'Art moderne et contemporain • Place Hans-Jean-Arp • 67000 Strasbourg
www.musees.strasbourg.eu
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