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Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant, vers 1790-1794
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant (détail), vers 1790-1794
Baiser licencieux
Enlacées, debout l’une contre l’autre et les yeux dans les yeux, deux jeunes femmes échangent un langoureux baiser. Pour ajouter au caractère osé de la scène, celle de gauche porte un simple déshabillé – une robe blanche dévoilant négligemment ses épaules et une grande partie de sa poitrine. Plus grande et sans doute un peu plus âgée que sa visiteuse en robe verte, l’entreprenante semble jouer le rôle de l’initiatrice, tandis que son amie découvre, les yeux écarquillés, des sensations nouvelles. Le peintre serait-il un militant pro-LGBT avant l’heure ? Sa démarche ne va peut-être pas aussi loin, car ces petits tableaux dits « de cabinet » étaient surtout destinés à amuser et satisfaire une clientèle masculine en quête de stimulations…
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant (détail), vers 1790-1794
Nature morte frivole
Rappelant la nonchalance des boudoirs de l’ère Pompadour, les objets délicats qui reposent sur la console soulignent la coquetterie des demoiselles. La visiteuse y a sans doute déposé en arrivant ce grand chapeau orné de nœuds bleus, tout comme cette paire de gants jaunes et cette étoffe rouge (peut-être une cape légère?) que côtoient un bouquet de roses fraîches, une bouteille en verre vide, un éventail replié et un ruban émergeant du meuble tel une fine langue rose…
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant (détail), vers 1790-1794
Plis coquins
Le peintre soigne avec virtuosité la tenue de la jeune fille de droite, une précieuse robe verte au tissu iridescent dont il rend habilement l’épaisseur, les plis et la texture craquante. Détail délicatement grivois, la chaise située derrière la jeune fille soulève la traîne de sa robe… qui forme un amas de circonvolutions évoquant les lignes ourlées d’un sexe féminin !
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant (détail), vers 1790-1794
Entrée interdite
Visible au fond de la pièce, la porte close s’inscrit dans la tradition des petites scènes d’intérieur grivoises et libertines de l’Ancien Régime, dont la plus célèbre reste sans doute le très érotique Verrou de Fragonard (1777), grand représentant de la peinture rococo. Verrouillée, voire bloquée par une chaise ou maintenue de force fermée par l’un des personnages, la porte souligne le caractère intime et secret des activités qui se déroulent dans la pièce – souvent la venue d’un amant, ou des pratiques que la morale réprouve !
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
Louis-Léopold Boilly, Deux jeunes femmes s’embrassant (détail), vers 1790-1794
Reflet discret
Sur le manteau de la cheminée, une pendule, un verre vide et une bougie attendent dans la pénombre… tandis que dans le miroir situé derrière eux apparaît le reflet presque imperceptible d’un lit à baldaquin surmonté d’un panache de plumes d’autruche. Est-ce là que le baiser va se prolonger ? En avril 1794, ce tableau et d’autres scènes grivoises du même genre, héritières des gravures galantes de l’Ancien Régime, valent au jeune Boilly d’être dénoncé par un autre artiste pour obscénité et traîné devant le Comité de salut public. Mais dans son atelier, les autorités ne trouvent qu’un grand tableau représentant le révolutionnaire Jean-Paul Marat acclamé par la foule. Voilà notre peintre sauvé in extremis de la guillotine !
huile sur toile • 45,5 x 37,5 cm • Wiltshire, The Ramsbury Foundation • © The Ramsbury Manor Foundation
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Résistance rococo
Érotisme, fleurs fraîches, couleurs tendres… Un parfum léger flotte dans cette petite scène d’intérieur à la fois délicate et provocatrice. De quoi oublier qu’elle a été peinte en pleine Terreur, et qu’au-dehors, le sang des décapités se répand sur le pavé… Seul le style sobre et dépouillé des meubles néoclassiques, inspirés de la rigueur antique, trahit la fin de l’Ancien Régime dans ce tableau dont l’auteur fait acte de résistance en y faisant perdurer par touches la frivolité du style rococo… dans lequel Boucher et Fragonard se sont illustrés sous Louis XV et Louis XVI !