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Marie Laurencin en 2 minutes

En bref

Marie Laurencin (1883–1956) appartient à l’histoire de l’École de Paris. Peintre, graveuse, décoratrice, poète ; elle fut aussi l’amoureuse de Guillaume Apollinaire. Derrière une expression esthétique et une palette aux tons pastel qui ont pu sembler naïves, cette artiste donne libre cours à son ultra-sensibilité. Elle nous parle des rêves, des fééries, des contes qui hantent l’esprit des jeunes filles. Sa vie n’a pas été aussi tendre : mariée à un allemand, déchue de la nationalité française après la Grande Guerre, bisexuelle, elle fut aussi terriblement marquée par la Seconde Guerre mondiale.

Marcel Jouhandeau, Marie Laurencin
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Marcel Jouhandeau, Marie Laurencin

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Photographie noir et blanc • Coll. Bibliotheque Litteraire Jacques Doucet, Paris • © Archives Charmet / Bridgeman Images

On a dit d’elle

« En voilà une qui n’est pas qu’une fauvette, elle sait ce qu’est la grâce, elle est serpentine. » Auguste Rodin

Sa vie

Née à Paris, Marie Laurencin est le fruit d’amours clandestines entre un homme politique et une brodeuse. Elle ignore les secrets de sa filiation, et s’apprête à devenir institutrice. Mais l’art la passionne, et la jeune fille s’inscrit à l’École de Sèvres qui forme des peintres sur porcelaine. Elle y découvre diverses techniques, apprend le dessin et la broderie.

En 1902, Marie Laurencin devient élève dans une académie libre de Paris ouverte aux femmes. La demande était très forte, à cette époque, pour que les femmes accèdent plus librement aux carrières d’artistes. Eugène Carrière est son professeur, et Marie rencontre de jeunes peintres, en particulier Francis Picabia et Georges Braque. Progressivement, elle renonce à l’artisanat. Marie Laurencin fait alors la connaissance de Pierre Roché, son premier mécène et soutien qui devient son amant en 1906.

En 1907, la jeune femme fait une rencontre déterminante : celle de Guillaume Apollinaire, avec qui elle a une relation passionnelle et difficile pendant cinq ans. Leur vie est celle de la bohème, libre et curieuse, mais les infidélités du poète conduisent à la rupture. À cette époque, Marie Laurencin est l’amie de nombreux artistes, en particulier le Douanier Rousseau, Henri Matisse et André Derain. Déjà, elle a trouvé son thème : les jeunes filles, qu’elle peint avec une poésie mélancolique, souvent entourées d’animaux et d’instruments de musique. Son style est qualifié de « nymphisme ». Le public prend goût à son œuvre, et elle exposée régulièrement.

Suite à sa séparation avec Apollinaire, Laurencin se marie avec le baron Otto von Wätjen, en 1914. En pleine guerre mondiale, le couple se réfugie en Espagne, pays neutre. En raison de son union avec un Allemand (qui était pourtant pacifiste), Laurencin est déchue de la nationalité française et ne peut revenir à Paris qu’en 1921. Divorcée, elle entretient dès lors une relation amoureuse avec une femme, Nicole Groult.

Marie Laurencin cultive une position ambigüe dans l’avant-garde. Elle y appartient mais en même temps demeure marginale. Elle ne fut jamais considérée comme une artiste fauve, cubiste ou dadaïste, mais s’est toujours montrée intéressée par les recherches esthétiques ou expérimentales des peintres qu’elle fréquentait. Elle semble aussi avoir souffert de son statut de femme, qui plus est de tempérament très sensible.

Le talent de Marie Laurencin s’exprime également dans la poésie, dans l’illustration d’ouvrages (de Gide ou Lewis Carroll) et les décors de ballets. Elle reçoit la Légion d’honneur en 1935. Cependant, l’artiste souffre d’un cancer depuis plusieurs années. Son état s’aggrave durant la Seconde Guerre mondiale. Accusée d’avoir des fréquentations peu recommandables, elle est arrêtée et conduite au Camp de Drancy en 1945. Finalement relâchée, Marie Laurencin échappe de peu au sort des femmes tondues. Elle décèdera dix ans plus tard, d’une crise cardiaque. Son œuvre a connu un immense succès au Japon, avant d’être redécouvert en France.

Ses œuvres clés

Marie Laurencin, Autoportrait
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Marie Laurencin, Autoportrait, vers 1905

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Huile sur panneau • 40 × 30 cm • Coll. musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon • © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2021 / © Christie’s Images / Bridgeman Images

Autoportrait, vers 1905

Marie Laurencin a livré de nombreux autoportraits tout au long de sa carrière. Déjà ici, elle témoigne de son grand talent et de la perspicacité de son esprit. L’artiste ne cherche pas s’idéaliser. Elle est à cette époque élève à l’académie Humbert et marquée par le réalisme et l’impressionnisme. La gamme de couleurs est terreuse et sourde, dans l’esprit de son professeur, Eugène Carrière.

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2<sup>e</sup> version)
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Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2e version), 1909

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Huile sur toile • 130 × 194 cm • Coll. Centre Pompidou, Paris • © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2021 / © Photo Josse / Bridgeman Images

Apollinaire et ses amis (2e version), 1909 

Cette œuvre date du temps des amours de Marie Laurencin avec Guillaume Apollinaire. Placé en position centrale, le regard inquiet (comme souvent lorsqu’elle le représente), le poète est entouré de ses proches : Gertrude Stein, Pablo Picasso, Fernande Olivier (la compagne de ce dernier), Marguerite Gillot, Maurice Cremnitz et Laurencin au piano. Ce tableau témoigne de l’intérêt de la peintre pour l’esprit cubiste. On constate ici un effort de synthèse, mais elle conserve son identité en privilégiant l’arabesque aux jeux de lignes droites et cassantes.

Marie Laurencin, Portrait de Mademoiselle Chanel
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Marie Laurencin, Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923

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Huile sur toile • 92 × 73 cm • Coll. musée de l’Orangerie, Paris • © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2021 / © Bridgeman Images

Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923

Durant les années 1920, Marie Laurencin eut une vie mondaine. Elle travaillait notamment pour les Ballets russes à des décors de scène, ce qui lui permit de rencontrer la styliste Coco Chanel. Comme à son habitude, l’artiste aime rapprocher l’image de la femme de celle de l’animal, chien ou biche. Son style éthéré et aérien, la douceur des traits et les couleurs ne sont pas sans évoquer les peintres du XVIIIe siècle.

Par • le 8 mars 2021
Retrouvez dans l’Encyclo : École de Paris Marie Laurencin

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