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PORTRAIT

Miryam Haddad, peintre incendiaire

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Publié le , mis à jour le
En quelques mois à peine, l’artiste syrienne Miryam Haddad s’est faufilée sur les cimaises de la Fondation Cartier, a reçu le prix Jean-François Prat et a été sélectionnée pour l’affiche du Festival d’Avignon, avant d’exposer, pendant tout l’été 2019, petits et grands formats à la Collection Lambert. Rencontre avec un esprit de flammes, dans son atelier d’Ivry-sur-Seine.
Miryam Haddad devant son tableau “La Vengeance”
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Miryam Haddad devant son tableau “La Vengeance”, 2019

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Photo Jean Picon

« Le théâtre va vers l’extrême des choses, et j’adore ça », confie Miryam Haddad (née en 1991), assise au milieu des pinceaux et des couleurs. Contactée cet hiver par le Festival d’Avignon pour en occuper l’affiche, l’artiste a accepté avec joie – même si, ajoute-t-elle, « mon travail est très chargé, c’est difficile d’y ajouter un logo ». L’honneur étant systématiquement accompagné d’une exposition à la Collection Lambert, l’artiste s’y est installée dans deux salles, jusqu’en septembre. Avec des toiles minuscules et quelques grands formats, qui capturent le regard et intriguent par leurs titres romanesques : La Vengeance (2018), Le Chagrin des hérons (2018), La Nuit ne nous oublie pas (2019), Sopor (2018).

Miryam Haddad, La Vengeance
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Miryam Haddad, La Vengeance, 2018

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Huile sur toile • 250 × 200 cm • Collection privée, Tokyo • Courtesy Galerie Art: Concept, Paris / Photo Jean Picon / © Miryam Haddad

Travailler avec l’énigmatique, Miryam Haddad en a fait une spécialité. Dépitée devant le ballet des visiteurs qui regardent à peine les œuvres, elle s’emploie à les retenir : « Les œuvres sont là pour arrêter les gens ». C’est pourquoi elle conçoit des « images difficiles à comprendre », qui invitent chacun à dénicher, par-ci par-là, des formes reconnaissables, ou à s’éloigner pour voir les indices disparaître dans une danse colorée. Elle s’accorde régulièrement les dimensions de très grandes toiles, car résume-t-elle, « prendre de la place, c’est avoir plus de poids ». Quant aux petits formats qui se regardent de très près, comme si on scrutait un visage, elles permettent une même implication du corps du spectateur, car elles provoquent un « petit voyage physique ».

Miryam Haddad, Silence
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Miryam Haddad, Silence, 2018

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Huile sur toile, triptyque • 195 x 390 cm • Courtesy Galerie Art: Concept, Paris / Photo Jean Picon / © Miryam Haddad

Tout commence pour elle en 2009, année de son entrée aux Beaux-Arts de Damas. Elle y reste trois ans, tout en venant régulièrement à Paris pour profiter des nombreux ateliers où les modèles peuvent poser nus. Miryam Haddad comprend de plus en plus, à la faveur de ses voyages en France, que les projets qui lui sont permis en Syrie sont « très classiques et académiques ». Puis, c’est le début de la guerre. « J’avais déjà un visa car je venais tous les ans » : elle s’installe à Paris en 2012 et entre en deuxième année aux Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Philippe Cognée. Diplômée en 2017, elle se fait repérer par la galerie Art : Concept quelques mois plus tard et par la Fondation Cartier, qui la sélectionne pour son exposition sur les jeunes artistes européens.

« Ce n’est pas la peine de copier des choses qui existent. »

Miryam Haddad

Voilà pour le C.V.. Et les expériences sensibles ? « C’était très compliqué de savoir ce que j’avais envie de faire », nous raconte-t-elle aujourd’hui. Étudiante, Miryam Haddad observait avec circonspection les élèves qui travaillaient à l’aide de photos et d’ordinateur, ne sachant qu’une chose : elle voulait inventer. « Ce n’est pas la peine de copier des choses qui existent », poursuit-elle, désirant avec ardeur trouver « ce qu’on ne peut pas voir ailleurs ». Une obsession émerge alors, celle de travailler d’après son imagination. Puis, un instant fondateur : « Je marchais sur les quais quand j’ai vu une marionnette au sourire froid, qui faisait très peur ; je l’ai prise, j’en ai fait beaucoup d’études ».

Vue de l’exposition « Miryam Haddad. Le sommeil n’est pas un lieu sûr » à la collection Lambert à Avignon
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Vue de l’exposition « Miryam Haddad. Le sommeil n’est pas un lieu sûr » à la collection Lambert à Avignon, 2019

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Photo Philippe Daval

Animée par un feu intérieur, Miryam Haddad ne cédera à aucun sucre, aucune forme de séduction.

 Il s’agira ensuite pour elle de chercher à « traduire des images sur une toile » et de trouver ses « propres symboles ». Elle aime transformer des couleurs joyeuses en « teintes dures à supporter, violentes pour les yeux », et répète volontiers jouer avec l’ambiguïté, en travaillant sur une peinture qui semble abstraite mais qui, pourtant, contient « toujours une scène ». Animée par un feu intérieur, Miryam Haddad ne cédera à aucun sucre, aucune forme de séduction – et il semblerait, au vu des nombreuses interrogations que l’on a pu entendre devant les toiles de la Collection Lambert, qu’elle gagne son pari d’arrêter, quelques minutes, l’attention virevoltante des passants.

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Miryam Haddad. Le sommeil n'est pas un lieu sûr

Du 1 juillet 2019 au 29 septembre 2019

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