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Louise Vendel, le trompe-l’œil en liberté

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Publié le , mis à jour le
Dessinatrice depuis l’enfance, Louise Vendel défie les limites de la page blanche en explorant les possibilités du grand format, du découpage et de l’accrochage. Ses dessins deviennent des éléments parmi d’autres installations hybrides avec sculptures et objets trouvés – et invitent à une expérience immersive.
Louise Vendel dans son atelier à la Villa Belleville
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Louise Vendel dans son atelier à la Villa Belleville, 2020

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Photo Maurine Tric

Deux grandes feuilles accrochées au mur, quelques céramiques sur une table, et pas grand-chose d’autre. Lorsqu’elle nous reçoit, Louise Vendel (née en 1993) est sur le point de déménager l’atelier où elle travaille depuis décembre. C’est la règle du jeu de la Villa Belleville : les jeunes artistes s’y installent pour trois à six mois, avant de repartir pour une nouvelle résidence, un nouveau lieu de création. Pour elle, ce sera un atelier collectif à Montreuil, de façon pérenne – une bonne nouvelle, les temps sont durs pour les jeunes plasticiens. Mais Louise, on s’en rend compte rapidement, est plutôt chanceuse : fille d’architectes parisiens, elle naît avec des crayons dans les mains et passe des après-midis aux ateliers pour enfants du musée des Arts décoratifs à l’ENSAD (École nationale supérieure des Arts Décoratifs). Régulièrement, elle s’échappe à la campagne chez ses grands-parents vendéens ou dans la maison de sa mère dans les Cévennes, et entreprend volontiers de longues randonnées, quand elle n’est pas en plein combat d’escrime.

Noctambule et sauvage

Louise Vendel dans son atelier à la Villa Belleville
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Louise Vendel dans son atelier à la Villa Belleville, 2020

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Photo Maurine Tric

Une aventurière, donc. Louise aime la nuit, a fait du doute son sujet de diplôme (« autant travailler sur ce que je connaissais le mieux ! »), ramasse les objets qu’elle trouve dans la rue, expérimente du côté du numérique avec des copains programmeurs. Son dada premier, le dessin, s’entoure avec elle de toutes sortes de pratiques et décloisonne l’espace du papier. En février, elle a montré son projet Still Life (2020) lors d’une courte exposition à la Villa Belleville : une palissade de bois, avec sur sa face le grand dessin d’un adolescent appuyé contre une pierre dans une forêt de ronces, et derrière elle, un amoncellement d’« objets de friche » (pneu, palette, fenêtre) avec quelques « mauvaises herbes » modelées par l’artiste dans la céramique.

Louise Vendel, Still Life
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Louise Vendel, Still Life, 2020

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Fusain sur papier, palissade en bois, céramique et objets de récupération • 250 x 160 x 110 cm • Photos Romain Darnaud

« J’adore la nuit, ces moments où l’on se rapproche de l’état animal, où l’on explore l’univers à tâtons, avec des yeux au bout des doigts. »

Louise Vendel

Ces œuvres nous évoquent le travail du prodige Jérôme Zonder (né en 1974), artiste qui a recouvert la Maison rouge de dessins monumentaux en 2015 et recommencé en 2018 au château de Chambord. Elle le connaît et il l’inspire, mais elle préfère parler du photographe et naturaliste George Shiras (1859–1942), qui a saisi au flash et en noir et blanc la vie nocturne d’animaux sauvages, biches, ratons laveurs et lynx… Car la jeune plasticienne se place du côté des noctambules, qui observent et savourent le monde quand il est un peu plus calme et mélancolique, mais surtout plus libre. « J’adore la nuit, ces moments où l’on se rapproche de l’état animal, où l’on explore l’univers à tâtons, avec des yeux au bout des doigts. »

Louise Vendel dans son atelier
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Louise Vendel dans son atelier, 2020

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Photo Maurine Tric

Pendant sa période d’études aux Arts Déco, qu’elle désigne également comme « une école des sorciers » ou « un immense terrain de jeu », Louise a « adoré toucher à tout, car j’ai besoin de faire plusieurs choses différentes pour ne pas me fatiguer dans une pratique ». Elle aime les professeurs et les cours qui s’enchaînent, la multiplicité des ateliers, elle apprécie aussi bien dessiner et sculpter que faire de la BD (en 2016, elle a même été finaliste du concours des Jeunes Talents au festival d’Angoulême)… Tant et si bien qu’une fois arrivée la perspective de la cinquième année et de son projet de diplôme – autrement dit, l’obligation de se fixer sur un thème et de donner sa propre définition de ce que veut dire « être artiste » – Louise Vendel a hésité. Que faire, que choisir, à quoi s’accrocher ?

« J’ai alors travaillé sur le doute, car c’était la chose la plus sincère que je pouvais faire à ce moment-là. Ça m’a permis d’enclencher quelque chose, de casser le mythe de l’artiste génial. » Au fil de ses recherches, elle se rend compte que tous les artistes doutent, même les plus grands – et nous confie l’une des plus belles découvertes de sa vie, celle d’une lettre « d’encouragements pour la beauté de faire » que l’Américain Sol LeWitt a écrit à l’artiste Eva Hesse. Elle réunit alors des témoignages de doutes autour d’elle, et les compile dans un projet d’édition.

Aussi, elle conçoit une cabine intitulée Echo’s Travel (2017), dans laquelle les spectateurs pénètrent un par un pour y entendre les paroles des spectateurs précédents, dans un éternel écho hésitant. À ce sujet, elle évoque l’exposition « One on one » conçue en 2012 par Susanne Pfeffer pour le KW Institute for Contemporary Art de Berlin, qui invitait chaque visiteur à se confronter seul à seul avec une œuvre d’art. « Ça m’a énormément marquée » nous dit-elle ; elle avait à peine 19 ans.

Louise Vendel, Echo’s Travel
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Louise Vendel, Echo’s Travel, 2017

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Contreplaqué, vitre sans tain, miroir, ruban luminescent, installation sonore interactive • 50 × 50 × 80 cm • © Louise Vendel

L’œuvre comme potentiel narratif

Louise Vendel, Still Life [détail]
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Louise Vendel, Still Life [détail], 2020

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Céramique et objet de récupération • Photo Maurine Tric

Après un long voyage au Mexique où elle observe, stupéfaite, les « jungles à perte de vue », Louise Vendel se remet sérieusement au dessin figuratif, « comme avant mes études aux Arts Déco. » Elle marche beaucoup, prend des dizaines de photos, se constitue « une banque de détails et d’ambiance », puis compose de larges dessins au fusain. Elle dessine debout, le corps entièrement pris dans l’image. Home (2019) montre des racines entrelacées, L’Histoire d’Icare (2019) une chauve-souris tombée morte dans une cheminée. Autre idée merveilleuse : une petite feuille émergeant des lamelles d’un store fermé, qu’elle intitule avec l’émoji d’une bouche tirant la langue (2018). En 2019, elle expose ces trois travaux sur un fond de papier peint désuet, dont un coin se décolle et laisse entrevoir un dessin de lattes de bois, comme des coulisses dévoilées…

Chez elle, le sauvage est en sursis. Célébré dans sa beauté crue, il est habilement manié par ses mains narratives, qui le transportent dans des situations intrigantes. Des feuilles, des épines de pin et des champignons se voient ainsi employés en motifs d’un Tapis (2019) dessiné, qu’elle présente directement sur le sol. Un indice, parmi d’autres, de son amour pour les trompe-l’œil et du trouble qu’elle veut provoquer à la frontière entre le réel et l’art. L’illusionnisme lui permet de chatouiller cette limite, de la rendre à la fois visible et poétique, et de faire percevoir le support de l’œuvre d’art comme entrée dans un monde narratif fictif.

Louise Vendel, “L’Histoire d’Icare” et “Living Room”
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Louise Vendel, “L’Histoire d’Icare” et “Living Room”, 2019

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Fusain sur papier • 90 x 107 cm et dimension variables • © Louise Vendel

Immersif, son travail est appelé à explorer des pistes nouvelles : elle est actuellement en train de concevoir avec le collectif de programmeurs Ascidiacea un environnement sonore interactif

Son mémoire portait d’ailleurs sur Les objets narrateursManipulations et effets du pouvoir narratif des objets dans l’art contemporain, et convoquait entre autres Marcel Duchamp et ses ready-madesCet intérêt se confirme aujourd’hui dans le soin qu’elle apporte à la mise en scène malicieuse de ses dessins : pour son installation Living Room (2019), le Tapis au sol s’accompagnait d’un dessin découpé en lamelles verticales, retenues par un rail métallique… Comme un véritable store de bureau. Immersif, son travail est appelé à explorer des pistes nouvelles : elle est actuellement en train de concevoir avec le collectif de programmeurs Ascidiacea un environnement sonore interactif, qui simulera les sons d’une nuit d’été et réagira à l’approche des visiteurs… Devenus ainsi acteurs du petit théâtre nocturne et libre de Louise Vendel.

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Après l'Ecole - Biennale Artpress de jeunes artistes

Du 3 octobre 2020 au 22 novembre 2020
Exposition également présentée à la Cité du design/ESADSE à Saint-Étienne

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