Yan Morvan en juillet 2023
© Alamy / Hemis / Photo Hernandez Jose Maria
Les loubards, les voyous, les punks, les skins, les hooligans, les Hells, les prostituées, les toxicos, toutes sortes de marginaux… Yan Morvan, photographe sans peur ni reproche, a côtoyé de près le gang des cabossés de la vie. Franc-tireur né en 1954, il a aussi eu dans le viseur les guerres, en Ouganda, au Mozambique, au Rwanda, en Afghanistan, au Kosovo, récemment en Ukraine ou en Israël. Au Liban, où il a été condamné à mort deux fois, il a failli y passer. Le 20 septembre 2024, c’est finalement un cancer qui a fauché ce drogué du reportage, à 70 ans.
Auréolé de deux World Press Photo et d’une mention au prix Robert-Capa, amoureux du métier qu’il transmettait dans les écoles aux jeunes depuis la fin des années 2000, Yan Morvan était l’un des plus grands photojournalistes de notre époque.
Indépendant depuis 1988, après être passé de Fotolib, en 1974, à l’agence Gamma puis Sipa, Morvan était déjà là quand lady Diana Spencer s’est mariée avec le prince Charles en 1981 ; il était aussi à Berlin avec son boîtier lors de la chute du mur.
Yan Morvan, On a dit Brexit, 1981
Photographie de la série « Les années de fer » • Coll. particulière • © Yan Morvan / Courtesy Galerie Sit Down Copie
Il y a également la période de fer de Margaret Thatcher, les années de plomb en Irlande du Nord : « Ces semaines que j’ai vécues à Derry et Belfast, vivant avec les émeutiers de quartiers catholiques, photographiant la tension, le désespoir, la foi et le courage des Irlandais, utilisant l’appareil photographique comme d’une arme servant leur cause, me persuadèrent à tout jamais du bien-fondé du témoignage photographique comme instrument de mémoire, d’émotion, de réflexion, gages d’un monde libre et démocratique », dira-t-il.
Le tueur en série Guy Georges dit « Jo », photographié par Yan Morvan en 1995
© Yan Morvan
Parmi ses nombreux scoops, l’histoire conservera aussi sa série publiée dans Paris Match en 1998, des clichés hallucinants du « tueur de l’est parisien » Guy Georges, flingue à la main. Avant d’être confondu par son ADN, le meurtrier qui traînait dans un squat lui avait servi d’assistant pendant deux-trois mois. Yan Morvan a raconté comment « Jo » l’avait séquestré durant trois semaines. Là encore, ça aurait dû mal finir, mais le photographe avait le cuir épais, comme un blouson noir.
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