Une Parisienne, l’épouse du cameraman Gaston Madru, manifeste sa joie en embrassant le général de Gaulle lors du défilé du 26 août sur les Champs-Elysées
Photo AFP
Avec six millions de documents argentiques et quelque vingt millions de documents numériques, il fallait bien un lieu propre à l’Agence France-Presse (AFP) pour présenter ses trésors. C’est chose faite depuis le 12 septembre, dans un espace gratuit situé au 9 place de la Bourse, qui proposera trois fois par an des expositions thématiques. Pour ouvrir le bal, un focus sur la Libération de Paris qui, tout comme l’AFP, fête ses 80 ans.
Le 20 août 1944, huit jeunes journalistes résistants s’étaient emparés de l’immeuble de la place de la Bourse, siège de l’Office français d’information (OFI), ancienne branche information de l’agence Havas, dont l’AFP sera l’héritière. Une dépêche inaugurale tombe quelques heures plus tard : « les premiers journaux libres vont paraître, l’Agence française de presse leur adresse aujourd’hui son premier service ».
Parmi eux, le journal Combat qui publie, le vendredi 25 aout 1944, ces mots poignants : « Tandis que les balles de la liberté sifflent encore dans la ville, les canons de la libération franchissent les portes de Paris, au milieu des cris et des fleurs. Dans la plus belle et la plus chaude des nuits d’août, le ciel de Paris mêle aux étoiles de toujours les balles traçantes, la fumée des incendies et les fusées multicolores de la joie populaire. »
Un soldat allemand gît sur le sol au pied d’un half-track de la 2ème DB en position rue Daunou, dans le 2ème arrondissement de Paris, le 25 août 1944
Photo AFP
Une copie originale de la publication se lit en plein milieu de cette toute nouvelle galerie, où des clichés anonymes de professionnels de l’AFP (qui n’ont signé qu’à partir des années 1980) se mêlent aux images amateurs prises par des Parisiens et collectées par Alain Eymard et Laurent Fournier, deux passionnés de cette période.
Arrestation d’un tireur des toits, le 26 août
© Collection Fournier-Eymard / AFP
À travers cet accrochage se télescopent ainsi tous les enjeux de cette semaine historique : l’émotion vive, le soulagement mais aussi les combats liés à la libération, l’assassinat et l’humiliation des soldats allemands, le quotidien bouleversé après quatre années terribles, épouvantables. La libération de Paris oui, mais aussi la libération photographique puisqu’une ordonnance allemande interdisait de prendre jusque-là des photos en extérieur.
Quelques professionnels sont allés dès lors rendre compte de cet épisode historique, saisissant des civils triomphant ou apeurés, des scènes parfois choquantes, parfaitement cadrées. De braves amateurs ont ressorti leurs appareils pour capturer l’atmosphère des rues, immortalisant sous le coup de l’émotion de jeunes hommes fuyant à vélo depuis le parvis de Notre-Dame pour échapper à des tirs sporadiques, ou cette femme éplorée, tondue, une croix gammée dessinée sur le front car accusée d’avoir collaboré avec l’ennemi.
Ces témoignages tirés parfois sur grand format, tantôt flous ou parfaitement nets, nous immergent dans un passé soudain plus présent. Un passé fait d’images, ici toutes mémorables.
Paris 1944, une semaine en août
Du 12 septembre 2024 au 2 novembre 2024
Galerie AFP • 9 Place de la Bourse • 75002 Paris
www.afp.com
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