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David Lynch, légende du cinéma et du monde de l’art, est mort à l’âge de 78 ans

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David Lynch à Paris en janvier 2007
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David Lynch à Paris en janvier 2007

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© Jonathan Frantini pour BeauxArts magazine

Ce jeudi 16 janvier, le célèbre réalisateur américain David Lynch (1946–2025) s’est éteint à l’aube de ses 79 ans. Visuellement puissant, son univers à l’esthétique léchée, génialement étrange et cauchemardesque, a marqué son époque. Peut-être justement parce qu’il n’était pas seulement cinéaste mais aussi (ce que beaucoup ignoraient) un plasticien de talent, dont les lithographies feront bientôt l’objet d’une exposition (prévue depuis juin 2024) à la galerie Duchamp, centre d’art contemporain d’Yvetot, du 14 juin au 21 septembre 2025.

Le décès de l’artiste est survenu quelques jours après son évacuation de sa maison de Los Angeles, menacée par les incendies qui ravagent depuis deux semaines la ville (dont il avait justement immortalisé l’atmosphère électrique dans son culte et cryptique Mulholland Drive en 2001). Si la cause de sa mort n’est pas encore confirmée, Lynch avait révélé l’été dernier être atteint d’un emphysème, grave maladie des poumons due à de longues années de tabagisme. « Il y a un grand vide dans le monde maintenant qu’il n’est plus parmi nous », a déploré sa famille en annonçant sa mort sur les réseaux sociaux.

« Mon amour, c’était la peinture. Mais le hasard des rencontres en a décidé autrement. »

Couronné par un Lion d’honneur à la Mostra de Venise en 2006, Lynch était surtout connu pour ses films Elephant Man (1980), Dune (1984), Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990) – récompensé de la Palme d’or à Cannes –, et Mulholland Drive (2001), ainsi que pour sa mythique série Twin Peaks (1990–1991, prolongée en 2017). Des succès si importants qu’ils ont éclipsé son activité première, dont une grande partie du public n’avait même pas connaissance : la peinture.

Une formation de peintre

« Mon amour, c’était la peinture. Mais le hasard des rencontres en a décidé autrement », expliquait-il en 2007 à la journaliste Emmanuelle Lequeux dans un passionnant entretien mené pour Beaux Arts Magazine, à l’occasion de son exposition à la fondation Cartier « The Air is on Fire », consacrée à son œuvre cinématographique et peinte. L’événement avait révélé au monde entier l’étendue du talent de Lynch, du collage à la photographie en passant par l’art vidéo ou la création sonore. Et initié, dès lors, un rapport privilégié avec la France où le cinéaste éditait régulièrement des livres, fréquentait les galeries d’art ou encore l’imprimerie de lithographies Idem. En 2011, il avait fondé et scénographié le club très sélect, le Silencio, puis conçu un parcours en tant qu’invité d’honneur au salon Paris Photo, au Grand Palais, en 2012.

Dès l’enfance, et bien avant de toucher à une caméra, l’Américain s’est découvert une passion pour le dessin. « Il n’y avait aucun background artistique dans ma famille », mais « j’avais une mère intelligente, qui m’a donné tout le matériel nécessaire. J’avais beaucoup de papier, beaucoup de stylos, et ma mère refusait de me donner des livres à colorier, qui auraient limité mon imagination », confiait-il.

David Lynch, This Man was Shot 0,9502 Seconds Ago
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David Lynch, This Man was Shot 0,9502 Seconds Ago, 2004

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Ce tableau immense fait partie de la série la plus pop et colorée de David Lynch.
Sur fond de photographie, il superpose peinture et vêtements, dans un ensemble d’une glauque élégance.

Huile et technique mixte sur impression jet d’encre • 152,4 × 296 × 10,2 cm • © David Lynch, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris / © Photo Patrick Gries

Dès le lycée, ce natif du Montana entame des études de peinture à la Corcoran School of the Arts and Design dans la ville de Washington, et travaille dans des drugstores pour se payer un atelier où il peint après les cours. En 1964, il entre à la School of the Museum of Fine Arts de Boston, qu’il quitte, peu inspiré, au bout d’un an. Le jeune homme se rend alors en Europe dans l’idée de se former auprès du peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka, mais ne parvient pas à le rencontrer. Déçu, il s’installe à Philadelphie en 1965 et s’inscrit à Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il s’épanouit enfin en tant qu’artiste.

Une fusion entre sculpture, peinture et cinéma

Tout le cinéma de Lynch est imprégné de son amour de la peinture.

Marié à une camarade d’études, Peggy Reavey, et père d’une petite fille (la première de ses quatre enfants), Lynch travaille dans une imprimerie de lithographies pour subvenir aux besoins de sa famille. Un jour, il voit ses peintures se mouvoir sous l’effet du vent, ce qui lui donne l’idée de son premier court-métrage, Six Figures Getting Sick (1966) : un film de quatre minutes au cours duquel il met en mouvement une peinture. Celui-ci est par ailleurs conçu pour être projeté sur un écran sculpté en trois dimensions permettant de donner du relief à l’image et de la déformer – une fusion visionnaire entre sculpture, peinture et cinéma !

David Lynch sur un tournage en juin 1950
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David Lynch sur un tournage en juin 1950

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© Moviestore / Shutterstock / SIPA

En 1970, David Lynch réalise son court-métrage The Grandmother, filmé entièrement chez lui avec les moyens du bord, puis Eraserhead (1977), un cauchemar en noir et blanc qui convainc le producteur Mel Brooks de lui confier la réalisation d’Elephant Man (1980). Le voilà lancé dans la voie du cinéma. Mais Lynch n’a jamais cessé de peindre. Peintures, dessins, lithographies, tableaux agrémentés d’objets collés : l’artiste laisse derrière lui de nombreuses œuvres plastiques qui composent des scènes cauchemardesques naviguant entre le dessin d’enfant, le surréalisme, l’expressionnisme et l’étrangeté psychanalytique des tests de Rorschach.

Un cinéma riche en références artistiques

Ses personnages hurlants tenant des revolvers ou des couteaux, ses bonshommes désarticulés aux bras allongés et aux mains géantes, ses bâtiments en feu et ses arbres morts brossent un univers torturé qui évoque aussi bien le Cri d’Edvard Munch, Jean Dubuffet et Francis Bacon – peintre qui l’a d’ailleurs beaucoup inspiré pour Twin Peaks, Elephant Man et Eraserhead.

Tout le cinéma de Lynch, en réalité, est imprégné de son amour de la peinture. Le cinéaste travaillait en effet beaucoup les ambiances, les décors et les couleurs de ses films et séries. On pense notamment aux décors profondément graphiques et inoubliables de Twin Peaks – en particulier ces rideaux rouges et ce sol noir et blanc dessinant des zigzags psychédéliques. On ressent également dans son œuvre l’influence d’Edward Hopper et de la peinture surréaliste, celle entre autres de René Magritte.

Laura Elena Harring et Melissa George dans « Mulholland Drive »
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Laura Elena Harring et Melissa George dans « Mulholland Drive », 2001

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© Moviestore Collection, Moviestore Collection Ltd / Alamy / Hemis

Mulholland Drive est à lui seul un film très esthétique, très plastique, avec ses nombreux effets (surimpression, filtres colorés, visages déformés par l’angle et l’éclairage…), ses décors épurés rehaussés de touches de couleur symboliques, et moult références picturales, de Piet Mondrian au pop art. Comme les célèbres pompes à essence rouges de Hopper (Gas, 1940), ce long-métrage hypnotique est truffé d’objets colorés (rouge, bleu…) fonctionnant comme des indices à décrypter. Une bonne excuse pour revoir toute sa filmographie à travers le prisme pictural ! 

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