SÉRIE – CES QUESTIONS QUE VOUS VOUS POSEZ SUR L’ART

Pourquoi la couleur a-t-elle disparu de nos églises ?

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Au Moyen Âge, on voyait la vie en couleurs dans nos églises ! Le bleu, le rouge, l’or, etc. emplissent des fonctions symboliques. Mais pourquoi a-t-on perdu foi en la couleur ? À l’occasion de notre série de rentrée qui répond à toutes ces questions que vous vous posez sur l’art, on vous explique tout !
La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais
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La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais

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© Franck Guiziou / hemis

Des murs peints, des sols, des piliers ou des voûtes ornées, des sculptures et des tentures polychromes, du bleu, du rouge, une pointe de vert et de jaune, même de l’or… Autrefois, l’Église voyait la vie en couleurs ! Les églises constituent même les lieux les plus colorés au Moyen Âge.

Fidèle ou simple visiteur, vous avez peut-être un jour été frappé par les couleurs des églises médiévales. Du plus bel exemple est la Sainte-Chapelle, sise sur l’île de la Cité à Paris depuis le XIIIe siècle, où l’on s’émerveille en contemplant ses murs richement peints et restaurés ! Même ravissement dans la Vienne, où l’église Saint-Savin-sur-Gartempe révèle sur la voûte de la nef des fresques romanes exceptionnelles des XIe-XIIe siècles.

La couleur, un manifeste de la lumière

Mais pourquoi la plupart des édifices religieux affichent-ils, au contraire, une blancheur immaculée ? Cette disparition progressive de la couleur dans les églises résulte en grande partie d’un changement dans les pratiques liturgiques. Comme le rappelle l’historien Michel Pastoureau, spécialiste de la symbolique des couleurs, des emblèmes et de l’héraldique, « au Moyen Âge, bien avant les peintres, bien avant les teinturiers, ce sont les hommes d’Église qui pensent, qui manipulent et qui codifient la couleur » (L’Église et la couleur, 1989). La couleur est une fraction de la lumière, cette dernière étant l’expression du divin : « Dieu est lumière ! » C’est en tout cas la conviction de prélats « chromophiles », comme l’abbé Suger (1081–1151), constructeur de la basilique Saint-Denis. À l’opposé de saint Bernard, l’abbé de Clairvaux « chromophobe » qui voyait en la couleur de la matière, donc vile et abominable, qu’il fallait préserver de l’Église.

Les vitraux de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle à Paris
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Les vitraux de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle à Paris

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© René Mattes / hemis

Reste qu’une palette très codifiée s’impose dans la liturgie médiévale, ces couleurs remplissant des fonctions symboliques et pédagogiques importantes : il s’agit de toucher la foi et d’éduquer les fidèles. Exemple avec le bleu du manteau de la Vierge qui évoque son aspect céleste. L’or, héritage de l’art byzantin, brille également. Sa présence ostentatoire facilite la mise en scène et renforce la médiation avec Dieu. Pendant la période romane, et jusqu’au XIIIe siècle, on choisit de colorer les églises, avec des fresques, des vitraux et des ornements polychromes.

Austérité et pragmatisme font disparaître les couleurs

Progressivement, ce modèle coloré décline. On assiste à une simplification et un dépouillement des décors, notamment sous l’influence de certains courants théologiques prônant plus de sobriété. Cette austérité progresse dès le XIIIe siècle où des lois somptuaires vont restreindre l’usage des étoffes trop luxueuses au sein du clergé et dans toute la société. Une telle morale vestimentaire va favoriser notamment l’adoption du noir à la fin du XIVe siècle. Avec la Réforme, sous l’influence des thèses calvinistes et luthériennes, la guerre aux couleurs est déclarée.

Le tympan du portail central du narthex de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay
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Le tympan du portail central du narthex de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay

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© René Mattes / hemis

Cette blancheur qui a gagné nos édifices religieux s’explique aussi par des causes pratiques et économiques. Au XIXe siècle, lors des restaurations, les badigeons blancs ou de lait de chaux sur les murs fournissent une solution simple – et surtout peu coûteuse – pour rafraîchir les églises. Les repeints successifs opérés jusqu’au XXe siècle vont éradiquer les dernières traces de couleurs d’époque médiévale jugées de mauvais goût. Les intempéries diverses vont aussi faire œuvre et effacer les couleurs extérieures des bâtiments, ne laissant contempler que la pierre nue. Tant et si bien qu’il est difficile aujourd’hui d’imaginer à quel point l’architecture médiévale devait être colorée !

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À lire

Historien reconnu, Michel Pastoureau a écrit une série d’ouvrages sur l’histoire des couleurs, un livre pour chacune d’entre elles : le bleu, le noir, le vert, le rouge, le jaune et le blanc.

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