La pyramide de Djéser située dans la nécropole de Saqqarah en Égypte
© AFP / Photo Ibrahim Chalhoub
Érigée vers l’an 2650 avant J.-C. à Saqqarah, en Égypte, par l’architecte Imhotep, la pyramide de Djéser est, du haut de ses 62 mètres, la plus ancienne pyramide à degrés du monde.
Le 24 juillet, une théorie publiée en ligne dans la revue scientifique américaine Plos One par des chercheurs français du laboratoire privé Paleotechnic, rassemblés autour de Xavier Landreau, chercheur au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), avance qu’elle aurait été construite à l’aide d’un monte-charge hydraulique…
En recoupant durant quatre ans des images satellites et des données archéologiques, les chercheurs se sont penchés sur une galerie de 200 mètres de long creusée sous la pyramide à 28 mètres de profondeur, découverte en 2007 par des archéologues. Ce tunnel, connecté à un vaste réseau de canaux souterrains, mène à un conduit vertical creusé au cœur de la pyramide. Selon eux, ces conduits reliés auraient été remplis d’eau pour permettre de hisser les blocs de pierre grâce à la pression hydraulique, comme le magma montant dans la cheminée d’un volcan !
Vue du puits nord du système hydraulique composé au fond d’un caisson en granit
© AFP / Photo Mohamed el-Shahed
Toujours selon eux, les constructeurs auraient contrôlé le flux d’eau en utilisant un barrage voisin, qu’ils identifient comme la structure en pierre de Gisr el-Mudir, dont la fonction fait débat chez les égyptologues. Quant à la structure en granite située au fond du puits central de la pyramide, elle ne serait pas le sarcophage du pharaon, comme le pensent les archéologues, mais une vanne hydraulique de trois tonnes, dont l’ouverture aurait été manœuvrée à distance par un système de cordages et de poulies permettant de lever des charges de 100 tonnes.
Sauf que cette théorie est rejetée en bloc par les archéologues comme une énième tentative erronée d’expliquer la construction des pyramides, rapporte un article du Monde publié début août, qui souligne que les auteurs de cette théorie ne comptent aucun égyptologue, n’ont jamais travaillé à Saqqarah et n’ont pas contacté d’archéologues au cours de leurs recherches. « Il s’agit d’un scénario d’archéologie alternative en total décalage avec la méthode scientifique », d’une « réécriture de l’histoire », tacle l’égyptologue Franck Monnier, spécialisé dans l’architecture et la construction dans l’Égypte antique.
Reconstitution du système de vanne situé à la base du puits central sous la pyramide de Djéser
© Paleotechnic / 3D Quantum Innovation
Dénonçant lui aussi des « théories farfelues », « en contradiction avec les sources textuelles et archéologiques », son confrère Jean-Guillaume Olette-Pelletier, docteur en égyptologie de l’Université Paris-Sorbonne, rappelle que la pyramide de Djéser a été « construite comme un mastaba ». Un mastaba comprend toujours un puits central (rebouché ensuite, et qui n’a rien à voir avec une conduite d’eau) menant à une chambre funéraire souterraine. Ce mastaba a été ensuite surmonté d’autres structures pour donner naissance à la toute première pyramide de l’histoire pharaonique.
Il est par ailleurs désormais attesté que les Égyptiens hissaient les pierres (pouvant peser plusieurs tonnes) au moyen de traîneaux tirés par des ouvriers sur des rampes pentues, rappellent plusieurs spécialistes. Pourquoi auraient-ils utilisé une technique si complexe pour la pyramide de Djéser alors que ses pierres, lourdes de 300 kilos en moyenne, pouvaient être transportées de façon « rudimentaire » ? Et pourquoi n’auraient-ils pas réutilisé ce système hydraulique par la suite ?
« Travailler sans les historiens et les archéologues nuit profondément à la quête de la vérité », alerte Franck Monnier sur le site de la nouvelle association Le Cercle Pétrarque (créée par Jean-Guillaume Olette-Pelletier et ses collègues) qui exhorte les autorités à « veiller au respect de l’éthique scientifique ». À peine publiée, la théorie hydraulique semble donc tomber à l’eau. Xavier Landreau, lui, dénonce un « milieu très fermé », réfractaire aux nouvelles idées…
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique