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Récit

Quand Braque, Miró et Calder se retrouvaient à Varengeville-sur-Mer

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Publié le , mis à jour le
À Varengeville-sur-Mer, petit village niché sur la Côte d’Albâtre, les artistes Georges Braque, Joan Miró, Alexander Calder et Paul Nelson vivent des instants heureux, créatifs mais aussi solitaires, que le musée des Beaux-Arts de Rouen narre dans une exposition jusqu’au 2 septembre. Retour sur ces destins croisés en terre normande.
Joan Miró, Le Vol d’un oiseau sur la plaine II
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Joan Miró, Le Vol d’un oiseau sur la plaine II, 1939

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Huile sur toile • Coll. Helly Nahmad, Genève

Dans le cimetière marin de Varengeville-sur-Mer, Georges Braque repose en paix. À sa droite, l’église Saint-Valéry accueille son vitrail L’Arbre de Jessé, tandis qu’en face s’étend la mer, où son esprit plane éternellement. Comme cet oiseau – animal fétiche – en mosaïque qui orne sa tombe. C’est en 1928, à l’aube de la cinquantaine, que Georges Braque visite Varengeville-sur-Mer pour la première fois. Invité avec sa femme Marcelle dans la demeure de Paul Nelson – un architecte américain ayant combattu en France pendant la Première Guerre mondiale –, Georges Braque ne tarde pas à se laisser séduire par les paysages marins et champêtres peints plus tôt par les impressionnistes. Il achète un terrain et demande à Paul Nelson de réaliser les plans de sa future demeure, qu’il visitera tous les ans, d’août à janvier. Rapidement, l’artiste y redécouvre la peinture de paysage et y explore la sculpture à partir de morceaux de craie, galets et bois flottés trouvés sur la plage. Promenades à pied, peinture en plein air, contemplation de la mer… Varengeville-sur-Mer lui impose un rythme qu’il respecte à la lettre au quotidien.

Suzy Frelinghuysen, Francine et Paul Nelson dans leur séjour à Varengeville devant la peinture murale de Miró
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Suzy Frelinghuysen, Francine et Paul Nelson dans leur séjour à Varengeville devant la peinture murale de Miró, 1938

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Épreuve gélatino-argentique • Coll. MNAM-CCI – Centre Pompidou, Bibliothèque Kandinsky, Fonds Paul Nelson, Paris / Photo Yohann Deslandes / © Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Grâce à la sociabilité de Paul Nelson – un trait de caractère que l’on ne peut associer à Georges Braque, plutôt du genre solitaire –, du beau monde se retrouve dans ce petit village d’artistes durant l’été 1937 : le sculpteur américain Alexander Calder et son épouse Louisa, rejoints ensuite par les Miró. Parties de tennis, bowling, baignades ou encore cueillettes de mûres, rien ne semble entacher le bonheur des vacances célébrées en musique grâce à Louisa Calder et Georges Braque jouant de l’accordéon, et Alexander Calder déployant son facétieux cirque miniature. En gage d’amitié, ce dernier offre à Georges Braque un mobile, et un portrait de Joan Miró réalisé en fil de fer à l’artiste espagnol.

Alexander Calder, Constellation
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Alexander Calder, Constellation, 1943

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Bois peint et fil de fer • 62 × 72,5 × 40 cm • Coll. MNAM-CCI – Centre Pompidou, Paris / Photo Philippe Migeat / © Calder Foundation, New-York

« J’y entamai une nouvelle phase de mon œuvre, qui prenait sa source dans la musique et dans la nature […]. La nuit, la musique et les étoiles commencèrent à jouer un rôle majeur dans la création de mes tableaux », raconte Joan Miró en 1939, réfugié à Varengeville-sur-Mer, où il retrouve Georges Braque durant la Seconde Guerre mondiale. Un an plus tard, isolé et inspiré par des motifs d’évasion, il y peint une série de toiles qui font partie des œuvres les plus abouties de sa carrière : les fameuses Constellations. Au même moment, aux États-Unis, Alexander Calder manipule des fils de fer et y intègre des morceaux de bois, créant également sa propre série de Constellations… Décidément, quand les grands esprits se rencontrent dans ce coin de Normandie, ils créent.

Georges Braque, L’Oiseau et son nid
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Georges Braque, L’Oiseau et son nid, 1955

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Huile et sable sur toile • 130,5 × 173,5 cm • Coll. MNAM-CCI – Centre Pompidou, Paris / Photo Bertrand Prévost

Il en est de même pour Georges Braque, qui délaisse un temps la peinture au profit de la sculpture, avant de reprendre ses pinceaux pour de sombres vanités reflétant les malheurs de la guerre. Puis, dans son atelier aux hautes baies ouvertes sur le ciel, la blessure des années 1940 cicatrise jusqu’à d’heureux motifs champêtres, et la figure de l’oiseau devient son modèle d’espoir, cette forme indéfinissable flottant entre ciel et terre, ce « chant de lumière » ailé. À la fin de sa vie, le motif de l’oiseau disparaît, évoluant vers une ligne d’horizon épurée sur des marines aux­ formats allongés. Le 4 septembre 1963, le céleste animal fait son grand retour sous la pluie, en blanc immaculé sur mosaïque bleue, dans le cimetière de Varengeville-sur-Mer.

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