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Quand les artistes contemporains taquinent les maîtres anciens

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Publié le , mis à jour le
Photographes, peintres ou sculpteurs, les artistes contemporains sont nombreux à jouer avec les codes de l’art ancien, qu’ils reprennent et détournent à leur guise. Entre hommage, humour et irrévérence, leurs œuvres se nourrissent de celles du passé pour mieux s’en distinguer. Petit tour d’horizon.

1. Tatouer des sculptures antiques

Rares sont les sculpteurs contemporains capables de travailler le marbre avec la même dextérité que leurs prédécesseurs de l’Antiquité, de la Renaissance ou de l’âge classique. Fabio Viale est de ceux-là : né en 1975, l’artiste italien façonne ce matériau noble pour créer des sculptures illusionnistes qu’on jurerait faites de papier, de caoutchouc ou de polystyrène… mais aussi des statues ressemblant à s’y méprendre à d’authentiques vestiges antiques volés dans un musée, qu’il recouvre de tatouages mafieux de notre temps ! Sur le dos de la Vénus de Milo ou le bras du David de Michel-Ange, madones, fusils et carpes yakuzas créent à la fois un choc anachronique et un pont inattendu entre passé et présent, Orient et Occident, raffinement et violence…

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Le compte Instagram de Fabio Viale

2. Raser La Dame à la licorne au bulldozer

Exposée à la galerie Alain Gutharc jusqu’au 12 janvier, la tapisserie de Suzanne Husky intitulée La Noble Pastorale ne passe pas inaperçue. Mêmes végétaux de fil vert minutieusement détaillés, mêmes petits animaux gambadant sur fond rouge : l’artiste a recréé le style millefleurs des tapisseries médiévales, dont La Dame à la licorne reste l’exemple emblématique. À un détail près : tissé au centre de la composition, un bulldozer décime la forêt ! Par ce contraste saisissant, l’artiste, très préoccupée par l’écologie, fait ressortir de façon encore plus criante l’horreur des destructions infligées par notre société contemporaine.

Suzanne Husky, La Noble Pastorale
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Suzanne Husky, La Noble Pastorale, 2017

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Tapisserie • 202 × 243 cm • Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris

3. Peindre des fantômes de vestiges romains

Une sculpture romaine, peinte en grisaille sur un panneau de métal rouillé. Le pâle fantôme d’une muse antique, apparaissant tel un hologramme sur un fragment de tapis persan. Né en 1962, à Milan, Luca Pignatelli fait ressurgir du passé des figures de femmes ou d’empereurs romains, qu’il isole et peint à l’infini sur différents supports. L’artiste en tire des œuvres d’une beauté mystérieuse et puissante, semblables à des fragments de fresques pompéiennes qui, malgré leur effritement, seront éternellement gravées dans l’histoire de l’art. Une méditation poétique sur les grands modèles de l’art et sur le passage du temps…

Luca Pignatelli, Feminine Head
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Luca Pignatelli, Feminine Head, 2018

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Technique mixte • 96,5 × 74 cm • © Luca Pignatelli

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Le compte Instagram de Luca Pignatelli

4. Détourner de vénérables portraits

A-t-on le droit de toucher à des œuvres anciennes ? Pour l’Allemand Hans-Peter Feldmann et l’Autrichien Markus Schinwald, la réponse est oui ! Né en 1941, le premier a décidé de se libérer des tabous liés à la sacralisation de l’art en ajoutant au pinceau d’espiègles nez rouges de clowns sur de véritables portraits du XVIIIe siècle… De quoi rendre nettement plus amusants ces bourgeois et aristocrates tirés à quatre épingles ! Âgé de 45 ans, le second chine quant à lui de petits tableaux anonymes (des portraits bourgeois de style Biedermeier, caractéristiques de l’Allemagne conservatrice du XIXe siècle), auxquels il ajoute des détails troublants. Incorporés à sa demande par des restaurateurs de peintures anciennes (on jurerait qu’ils font partie des tableaux d’origine), d’étranges bâillons, masques ou prothèses expriment le malaise caché des personnages, étouffés par une société rigide…

Markus Schinwald, Sans titre / Abby
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Markus Schinwald, Sans titre / Abby, 2015

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Huiles sur toile • 61 x 50 cm / 73 x 61,5 cm • Courtesy Thaddaeus Ropac, Paris / © Markus Schinwald / ADAGP, Paris, 2018

5. Photographier comme les grands maîtres

Nombreux sont les photographes contemporains qui puisent leur inspiration dans la puissance et la délicatesse de la peinture ancienne. Certains, comme Hendrik Kerstens, revisitent avec un humour discret la froide simplicité des portraits flamands. D’autres, comme Tania Brassesco et Lazlo Passi Norberto, sont passés maîtres dans l’art de reconstituer des tableaux du XIXe siècle. Représentée à Paris par la galerie RX, Sabine Pigalle s’inspire quant à elle avec brio des grands peintres de la Renaissance italienne et flamande. Blanches sylphides sur fond noir, madones lointaines drapées de velours, portraits énigmatiques : nourrie par les tableaux de Léonard de Vinci, Cranach, Vermeer et Botticelli, l’artiste crée de puissantes visions contemporaines, où l’esthétique lisse des séries de mode sur papier glacé se mêle aux profondeurs mystiques de l’art ancien… jusqu’à brouiller totalement les pistes entre peinture et photographie !

Sabine Pigalle, Vermeer Palma il Vecchio
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Sabine Pigalle, Vermeer Palma il Vecchio, 2017

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Photographie et collages • Courtesy galerie RX, Paris / © Sabine Pigalle

6. Larguer un dieu grec dans une mare

Nu comme un ver, un colosse fait trempette en pleine nature, les fesses calées au fond d’une mare. Installée dans la Forêt d’art contemporain (portion du parc naturel régional des Landes de Gascogne, près de Bordeaux, dédiée à l’art en plein air), cette sculpture blanche monumentale évoque par son style la Grèce antique, mais sa posture détonne : quelque chose de vulnérable et d’amusant se dégage de cette représentation d’Apollon, dieu de la mythologie grecque transformé en banal vacancier venu barboter dans les bois ! Un pari réussi pour la jeune artiste Marine Julié, qui s’intéresse à l’histoire et à ses mythes, et en particulier à ses figures de force et d’autorité, qu’elle ne cesse de remettre en question par le détournement.

Marine Julié, Hello Apollo
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Marine Julié, Hello Apollo, 2017

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Résine blanche phosphorescente • Coll. La Forêt d’art contemporain, Luxey • Photo Lydie Palaric

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La Forêt d’art contemporain

7. Revisiter la touche des maîtres anciens

François Malingrëy, Sans titre (cavalière)
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François Malingrëy, Sans titre (cavalière), 2018

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Huile sur toile • 140 × 180 cm • Courtesy Le Feuvre & Roze, Paris

Remarquée cette année à la Fiac, la jeune artiste iranienne Sanam Khatibi s’inspire à la fois des peintures de Jérôme Bosch et de Lucas Cranach, des tapisseries flamandes et des miniatures persanes pour ses tableaux surprenants aux couleurs fraîches et lisses, où des tribus de femmes nues zigouillent tranquillement de petits animaux dans de délicats jardins d’Éden… Triptyque, tableau équestre, grisaille, portraits à la feuille d’or : petit nouveau de la galerie Le Feuvre & Roze, le jeune peintre François Malingrëy reprend, quant à lui, des techniques et motifs anciens, qu’il associe à une touche réaliste pour mettre en scène des personnages contemporains vêtus de simples t-shirts, maillots de bain ou bermudas. Résultat ? Les figures saintes des Primitifs italiens et flamands se changent en figures anonymes, à la fois banales et étranges. Né en 1963, le peintre belge Michaël Borremans crée lui aussi le malaise avec ses personnages énigmatiques, peints dans le style de Courbet, Vélasquez, Goya ou Magritte…

Sanam Khatibi, Huddled on the edge of a wilderness
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Sanam Khatibi, Huddled on the edge of a wilderness, 2018

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Huile et stylo sur toile • 180 × 220 cm • Courtesy Rodolphe Janssen, Bruxelles

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