Article réservé aux abonnés
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure, XVIIe siècle
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure (détail), XVIIe siècle
Samuel van Hoogstraten, maître de la perspective
Peintre, mais aussi poète, Samuel van Hoogstraten s’est d’abord formé dans l’atelier de son père, avant de suivre les enseignements de l’un des plus célèbres de ses contemporains, Rembrandt. Il se détachera toutefois des préceptes de son maître pour se consacrer pleinement à la peinture de genre et aux scènes intimistes. Comme Pieter de Hooch ou Johannes Vermeer, actifs à la même période, Samuel van Hoogstraten excelle dans l’art de la perspective et des vues en trompe-l’œil. En témoigne cet intérieur, composé de trois pièces en enfilade, qu’un œil peu attentif pourrait aisément confondre avec un seul et même espace. Pour ne pas se laisser berner, il suffit de s’attarder sur les différents carrelages en damier qui tapissent le sol.
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure (détail), XVIIe siècle
Le sens du détail
Planté dans un recoin de l’entrée au côté d’un torchon blanc, un grand balai semble avoir été abandonné par la maîtresse de maison. Subtil jeu d’ombre et de lumière, texture de la corde et de la paille : on reconnaît ici l’exceptionnel sens du détail de Samuel van Hoogstraten, également célèbre pour ses trompe-l’œil. Avec la minutie digne d’un miniaturiste, il a également pris soin de peindre, au-dessus du carrelage noir et ocre qui brille comme s’il venait d’être vigoureusement astiqué, les plinthes en faïence de Delft. Pas de doute, nous sommes bien aux Pays-Bas !
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure (détail), XVIIe siècle
Des pantoufles qui font la paire
Difficile, au premier coup d’œil, de remarquer la présence discrète d’une paire de pantoufles nonchalamment laissées sur le pas de la porte. C’est pourtant bien sur elles que le peintre cherche d’abord à attirer notre regard, qui n’en demeure pas moins irrésistiblement aspiré par la profondeur de la perspective. Pour ce faire, Samuel van Hoogstraten les a littéralement placées en pleine lumière – une lumière chaude et délicate, que l’on retrouve dans nombre de tableaux de maîtres hollandais du XVIIe siècle, tels Vermeer ou Pieter de Hooch. Les chaussons semblent avoir été ôtés en pleine hâte, comme si la maîtresse de maison, pourtant absente du tableau, avait été interrompue dans sa tâche. Par quoi ? Par qui ? La réponse pourrait bien se cacher dans la pièce attenante, vers laquelle tous les regards convergent…
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure (détail), XVIIe siècle
Mystérieux rébus
Samuel van Hoogstraten n’en finit pas de laisser planer le mystère en disséminant de part et d’autre nombre d’objets symboliques, dont la présence témoigne d’un certain désordre : les clés, qui se détachent comme une ombre chinoise sur un mur, ont été oubliées dans la serrure de la porte, la bougie tordue au sommet de son chandelier a été soufflée à la hâte, et le livre qui vacille au bord de la table semble avoir été refermé tout aussi rapidement. Quant à l’épaisse nappe jaune, elle paraît froissée, comme si elle avait été effleurée au passage d’un mystérieux visiteur…
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Samuel van Hoogstraten, Les Pantoufles ou Vue intérieure (détail), XVIIe siècle
Une leçon de morale
Pour trouver la clé de l’œuvre, il faut justement s’attarder sur le tableau accroché au-dessus du jeu coincé dans la serrure. Il s’agit là d’une copie de l’Admonestation paternelle de Caspar Netscher, figurant une jeune fille dont les mœurs légères lui valent les réprimandes de son père. Voilà donc l’explication : comme elle, la maîtresse de maison est sans doute encline aux plaisirs de la chair. Samuel van Hoogstraten s’inscrit dans la pure tradition de la peinture hollandaise, qui regorge de scènes de genre a priori banales, mais peuplées de symboles à connotation morale. Ainsi, rien de tel qu’une vie (et une maison) rangée pour se sentir bien dans ses pantoufles !
Huile sur toile • 103 × 70 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
The Illusionist. Samuel van Hoogstraten
Du 1 février 2025 au 4 mai 2025
Rembrandthuis • 4 Jodenbreestraat • 1011 NS Amsterdam
www.rembrandthuis.nl
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Une paisible scène d’intérieur ?
On entendrait presque le grincement lourd de la porte qui s’ouvre pour nous laisser, spectateurs un poil voyeur, jeter un œil dans cet intérieur typique du Siècle d’or. Mais voilà que bien vite, dans cette scène d’intérieur a priori paisible dont raffole la peinture hollandaise, notre œil s’attarde sur une poignée de détails intrigants : un jeu de clés oublié dans une serrure, un balai négligemment posé contre le mur, une bougie qui penche dans son chandelier, un livre qu’on a oublié de refermer… Sans omettre cette curieuse paire de pantoufles, qui a donné son nom à ce petit tableau de Samuel van Hoogstraten conservé au musée du Louvre. Quelle énigme le peintre tente-t-il de nous délivrer ?