Jean Dubuffet, Lice Tapisse, 1972
Acrylique sur Klégécell • 288 x 386 cm • Estimation : 1 000 000 - 1 500 000 € • © Christie’s Ltd Images 2024 / © Adagp, Paris 2024
Le 6 juin prochain à 17h chez Christie’s, et en ligne du 30 mai au 7 juin, l’entreprise automobile Renault mettra en vente 10 % de sa collection d’art historique créée en 1967 – soit 33 œuvres de grands artistes du XXe siècle, pour une estimation totale entre 4 et 6 millions d’euros. Pourtant, selon certains protestataires, cette collection est un « fleuron du patrimoine français » qui avait pour principe d’être « inaliénable »…
L’ensemble proposé, qui sera exposé par la maison de vente du 30 mai au 6 juin, comprend des peintres américains majeurs, peu présents dans les collections françaises, tels Sam Francis et Robert Rauschenberg, ainsi que des artistes français de premier plan comme Jean Fautrier, Niki de Saint Phalle, Victor Vasarely et Henri Michaux, dont un ensemble de dessins sera dispersé en ligne, rappelait ce 28 mai la journaliste Roxana Azimi dans un article publié par le journal Le Monde.
Victor Vasarely, Re-Na, 1968–1974
Acrylique sur toile • 180,5 × 180,5 cm • Estimation : 60 000–80 000 € • © Christie’s Images Ltd 2024 / ©
« Renault trahirait totalement son engagement envers les artistes si elle réalisait cette vente », protestent dans une tribune (également publiée sur le site du Monde ce 28 mai) 17 artistes et ayants droit – parmi lesquels Julio Le Parc, Jean-Pierre Raynaud et Claude Viallat, ainsi que les ayants droit de Simon Hantaï, Roberto Matta (dont cinq œuvres figurent dans la vente), Jean Degottex, Jesús-Rafael Soto, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely.
« Pour mon père, cette collection avait une valeur sociale et politique. »
Ramuntcho Matta, fils de Roberto Matta
Pour ces signataires, l’histoire et la qualité de cette collection en font un trésor patrimonial à « préserver ». « Ces œuvres », « acquises par l’entreprise publique, dans le cadre de la première politique de mécénat industriel en France, inaugurée en 1967 » afin de « rapprocher l’art de l’industrie » rappellent-ils, « devaient être mises à la disposition du personnel, dans les bureaux, les parties communes du siège et ses salles à manger, ou être prêtées à des institutions publiques pour être montrées au grand public lors d’expositions ».
Sam Francis, Sans titre, 1980
Acrylique sur toile • 122 × 366 cm • Estimation : 200 000–300 000 € • © Christie’s Images Ltd 2024 / © 2024 Sam Francis Foundation, California / Adagp, Paris
« L’esprit de ce mécénat était de constituer une collection indissociable, qui ne devait en aucun cas être revendue. C’est fort de cet engagement que les artistes ont contribué à ce projet novateur », poursuivent-ils. « Pour mon père, cette collection avait une valeur sociale et politique », renchérit Ramuntcho Matta, fils du peintre Roberto Matta, cité dans l’article de Roxana Azimi.
Une note interne de Renault, rédigée en 1976 et citée par Le Monde, semble leur donner raison. Ce document affirmerait en effet que la plupart des œuvres en cause « ont été achetées par Renault directement aux artistes […] sous la réserve qu’elles ne soient pas vendues ».
Le siège de Renault à Boulogne-Billancourt
© Christophe Ena / AP / SIPA
Mais l’entreprise, nationalisée en 1945 pour avoir collaboré avec l’occupant allemand, a bien changé depuis les années 1970. Dans les années 1990, son capital s’est ouvert au privé, si bien qu’aujourd’hui, l’État n’en possède plus que 15 %. Le groupe aurait également subi des pertes historiques ces dernières années, de l’ordre de 8 milliards d’euros en 2020…
Les œuvres proposées à la vente ne représentent « que 10 % de la collection » et ne sont « pas pertinentes par rapport à l’histoire de Renault », se défend le directeur général de l’entreprise, Luca de Meo, qui dit vouloir utiliser les recettes de la vente pour acheter des œuvres de street art. « Un tour de passe-passe inacceptable, qui mettrait à mal le concept même de mécénat industriel », selon les signataires de la tribune, qui souhaiteraient de leur côté que Renault « confie ces œuvres à des musées français » pour qu’elles profitent au plus grand nombre. Ils appellent pour cela « les pouvoirs publics à intervenir »…
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique