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Joshua Reynolds, Le Colonel Acland et Lord Sydney : Les Archers, 1769
Huile sur toile • 236 x 180 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais
Les arts de Joshua Reynolds et de Thomas Gainsborough sont-ils aussi différents qu’on l’affirme souvent ? Assurément, tout semble a priori séparer les deux portraitistes. Pour Reynolds, le président de la Royal Academy qui, toute sa carrière durant, n’a de cesse de vouloir s’imposer comme un véritable peintre d’histoire, comparable aux grands maîtres italiens et flamands et à ses homologues français, le portrait n’est qu’un pis-aller. C’est la raison pour laquelle il cherche constamment, par des références aux statues antiques ou aux grands maîtres, à rapprocher ses portraits du grand style pour sa propre peinture.
Thomas Gainsborough et Joshua Reynolds, « Autoportrait » et « Autoportrait », 1774–1788 et vers 1775
Huiles sur toile • 76,6 × 63,5 cm et 73,7 × 61 cm • Coll. Courtaud Gallery, Londres et Coll. Tate, Londres. • © Samuel Courtauld Trust, The Courtauld Gallery, London, UK/Bridgeman Images. © Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais.
Gainsborough n’a pas nourri les mêmes ambitions. Contrairement à son confrère, il n’a jamais cru que la peinture d’histoire avait quelque chance de s’imposer en Grande-Bretagne : « Avec ses amis, Sir Joshua oublie ou choisit de ne pas voir que toute son éducation était faite pour faire de lui un peintre d’histoire, dont il doit pourtant savoir que ce pays ne veut pas. » Pour Gainsborough, le portrait est un art à part entière. Il doit non seulement restituer la ressemblance du modèle, mais aussi sa présence et sa vie, grâce à un coloris resserré, unissant la figure au fond, permettant d’attirer immédiatement l’attention du spectateur, et, d’une touche vive et visible, donner le sentiment que le tableau continue de se peindre devant les yeux du spectateur.
Les différences entre Reynolds et Gainsborough s’arrêtent toutefois là, car par bien des aspects, ces rivaux sont plus proches qu’on pourrait l’imaginer. De la même génération, les deux peintres partagent un grand nombre de goûts en commun. Ils ont notamment lu avec passion les livres du portraitiste et théoricien Jonathan Richardson, raffolent aussi bien des petits formats d’Antoine Watteau que des grands décors de Peter Paul Rubens, et sont surtout des admirateurs sans réserve du coloris des peintres flamands, hollandais et vénitiens, en particulier de Titien. Reynolds et Gainsborough ne furent pas de farouches concurrents parce qu’ils étaient foncièrement différents, mais parce qu’ils visaient, par des chemins certes distincts, les mêmes objectifs artistiques. Ce sont sans doute ces points communs, plutôt que les différences, qui les ont ainsi conduits à exprimer à plusieurs reprises leur admiration réciproque.
Joshua Reynolds et Thomas Gainsborough, “Miss Crewe”et “Les Filles de l’artiste avec un chat”, 1775 et vers 1760-1761
Huiles sur toile • 75,6 x 62,9 cm et 137 x 112 cm • Coll. Tate, Londres et Coll. The National Gallery, Londres. • © Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais. © The National Gallery, London/Scala
Selon James Northcote, Gainsborough aurait un jour affirmé que « les tableaux de Sir Joshua, même dans leur état le plus mauvais, étaient meilleurs que ceux de quelque autre artiste, même mieux conservés ». Quant à Reynolds, il rendit le plus vibrant hommage que l’on puisse imaginer à Gainsborough, lors de son avant-dernier discours devant les membres de la Royal Academy, quatre mois après la mort de son confrère, trop tôt disparu : « Si notre nation parvient un jour à produire assez de génie pour mériter qu’on nous distingue du titre honorable d’École anglaise, le nom de Gainsborough sera transmis à la postérité, dans l’histoire de l’art, parmi les premiers de cette École naissante. »
L'âge d'or de la peinture anglaise
Du 11 septembre 2019 au 16 février 2020
Musée du Luxembourg • 19, rue de Vaugirard • 75006 Paris
museeduluxembourg.fr
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