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LE TOPO

Toyen en 2 minutes

En bref

Peintre visionnaire, femme libre, indépendante et engagée, féministe avant l’heure, Toyen ou de son vrai nom Marie Čerminova (1902–1980) est l’une des figures incontournables de l’avant-garde artistique européenne du XXe siècle. Elle n’a cessé de se réinventer et de renouveler sa peinture, indifférente à l’opposition entre abstraction et figuration. Après avoir créé en 1926, avec son fidèle compagnon Jendrich Štyrský, le mouvement « artificialiste », à la croisée de la peinture et de la poésie, elle cofonde, en 1934, le Groupe surréaliste en Tchécoslovaquie. Adoubée par André Breton et Paul Éluard, elle participe à toutes les expositions internationales du groupe. Son œuvre, d’une très grande force évocatrice, puise dans un imaginaire fertile, et nous invite dans un monde onirique, érotique et poétique…

Marie Čermínová, à 17 ans. Elle a déjà quitté sa famille mais ne s’appelle pas encore Toyen.
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Marie Čermínová, à 17 ans. Elle a déjà quitté sa famille mais ne s’appelle pas encore Toyen.

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Coll. particulière, Paris / © Sylvain Tanquerel et Katrin Backes/presse. © Adagp, Paris, 2022

Elle a dit

« Dans la salle obscure de la vie, je regarde l’écran de mon cerveau. »

Sa vie

D’origine tchèque, Marie Čerminova est née le 21 septembre 1902, à Prague. Elle n’a que 16 ans quand elle décide de quitter sa famille. Elle fréquente les milieux anarchistes et s’adonne déjà à la peinture, ce qui la pousse à s’inscrire à l’École des arts décoratifs. Elle n’y fait qu’un passage éclair, jugeant l’institution trop académique. L’été 1922 scelle son destin. Toyen le passe en Croatie, où elle fait la connaissance du peintre, tchèque lui aussi, Jindřich Štyrský, de trois ans son aîné. C’est avec lui qu’elle rejoint dès 1923 le groupe Devetsil, qui se réclame des avant-gardes européennes en général et du constructivisme russe en particulier. À l’occasion d’une exposition du groupe, elle choisit son nom de scène et prend pour pseudonyme « Toyen », en référence aux citoyens de la Révolution française, libres et égaux en droits.

Entre 1925 et 1927, Toyen et Jindřich Štyrský voyagent à travers l’Europe, puis s’installent à Paris jusqu’en 1929. S’ils sont séduits par le surréalisme, ils en rejettent néanmoins la notion d’automatisme et fondent leur propre mouvement. « L’artificialisme » naît en 1926 dans leur atelier de Montrouge. Selon leur manifeste, le but est « de libérer au maximum l’imagination ». En faisant du peintre un poète, ce mouvement refuse une approche esthétique de l’art au profit d’une exploration de l’invisible et de l’indicible. Alors qu’elle avait adopté un style naïf à son arrivée à Paris, Toyen fait naître sur la toile des formes organiques et des volumes courbes, anticipant d’une vingtaine d’années l’abstraction lyrique.

À partir des années 1930, Toyen se tourne progressivement vers le surréalisme qui se traduit par des motifs tels que des algues, des cristaux, des yeux, des coquillages ou encore des bustes de femmes. C’est en 1934, avec le poète Nezval et le théoricien Teige, que Toyen et Štyrský fondent le Groupe surréaliste en Tchécoslovaquie. Il faut toutefois attendre 1935 pour que Toyen rencontre Breton et Éluard, avec qui elle se liera d’amitié. Dès lors, sa peinture se peuple d’êtres étranges et fantomatiques, de mondes nocturnes, de créatures chimériques…

Si depuis ses débuts Toyen s’empare de la question de l’érotisme, la découverte des écrits subversifs du marquis de Sade au début des années 1930 marque profondément son œuvre. Elle illustre ses textes, ainsi que ceux de Restif de la Bretonne, Byron et Baudelaire publiés dans la revue Eroticka, fondée par Štyrský. Elle y publie également ses propres dessins érotiques, entre humour, légèreté et candeur.

La Seconde Guerre mondiale vient mettre un coup d’arrêt à l’élan du surréalisme. Toyen est isolée. Avec Jindřich Heisler, jeune poète juif, de douze ans son cadet, qu’elle cache durant toute la guerre dans sa salle de bain, elle résiste. Ensemble, ils créent des œuvres hybrides, objets-poèmes dénonçant les horreurs de la guerre. Toyen est une dessinatrice hors pair, elle livre pendant la guerre plusieurs séries glaçantes exécutées au crayon ou à l’encre noire (« Tir », 1939–1940; « Cache-toi, guerre ! », 1944). Toyen n’y représente jamais directement la brutalité du conflit, mais la suggère par des images troublantes et angoissantes. Quelques tableaux émergent de cette période : Relâche (1943), Le Château la Coste (1946), L’Heure dangereuse (1942), Jour Triste (1942), qui évoquent la mort de son âme sœur, Jendrich Štyrský, d’une crise cardiaque.

Après l’exposition que Breton organise pour elle en 1947 à la galerie Denise René, Toyen décide, face à la montée du péril stalinien, de s’exiler avec Heisler. Ils émigrent à Paris, où ils vivront, un temps, dans une certaine précarité. Heisler s’éteint en 1953, laissant une nouvelle fois Toyen seule. Ses dernières œuvres sont toutes habitées d’étrangeté, d’ombres évanescentes, de formes érotiques, d’animaux sauvages, de papillons nocturnes ou d’oiseaux… Elle noue de grandes amitiés créatrices, notamment avec le poète croate Radovan Ivšić, venu rejoindre le surréalisme en 1954. Avec lui, elle fondera les éditions Maintenant et imaginera de nombreux livres, ainsi qu’avec sa compagne, Annie Le Brun. En 1967, elle s’installe dans le 9e arrondissement, dans l’ancien atelier d’André Breton, et s’y éteint le 9 novembre 1980.

Ses œuvres clés

Toyen, La Dormeuse
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Toyen, La Dormeuse, 1937

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huile sur toile • 81,5 × 100,5 cm • Collection particulière • © ADAGP, Paris, 2022. © Photo : Oto Palán.

La Dormeuse, 1937

Toyen a plongé définitivement dans le surréalisme en 1934, et ne cessera d’en donner une vision personnelle. À mesure que la guerre approche, son œuvre se fait plus sombre, plus inquiétante, les couleurs deviennent dissonantes. Dans un paysage désertique, des vêtements privés de corps flottent dans l’espace : il n’en faut pas plus à la peintre pour réveiller nos angoisses profondes. Le titre du tableau aurait été trouvé avec l’aide de l’artiste surréaliste Yves Tanguy, il n’est en effet pas rare chez Toyen que le titre soit donné par un autre.

Toyen, Dessin du cycle « Tir »
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Toyen, Dessin du cycle « Tir », 1939

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encre de Chine • 31 × 39,5 cm • Paris, collection particulière • © ADAGP, Paris 2022 © Photo Katrin Backes et Sylvain Tanquerel.

Dessin du cycle « Tir », 1939

Dessinatrice virtuose, Toyen réalise plusieurs cycles de dessins durant la Seconde Guerre mondiale, tous glaçants, dont « Tirs », série de 12 dessins réalisés dans la clandestinité et publiés seulement en 1946. Son titre joue en effet sur un double sens : il renvoie à la fois au stand de tir des fêtes foraines et aux champs de tir installés juste en face de son appartement par l’occupant nazi. Pour dire l’horreur de la guerre, plutôt que de montrer le conflit, Toyen choisit d’évoquer ce qui est en train de disparaître : l’innocence, l’enfance, la nature, la vie.

Toyen, Le Paravent
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Toyen, Le Paravent, 1966

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Les œuvres des années 1960 montrent des formes à la sensualité trouble, où les corps féminins sont associés aux fauves. Ici, ils sont même enchevêtrés, le félin devenant robe et armure, tandis qu’un papillon de nuit vient bousculer un peu plus notre perception.

huile et collage sur toile • 116 × 73 cm • Coll. et © Paris Musées, musée d’Art moderne, Dist. RMN-Grand Palais / image Ville de Paris/presse. © Adagp, Paris, 2022

Le Paravent, 1966

Les dernières années, l’œuvre de Toyen accède de plus en plus au monde intime de l’éros, tout en gardant un caractère d’inquiétante étrangeté. Elle aura toujours mis au centre de sa peinture la femme. Ici, Toyen, dans des associations d’éléments hétéroclites, crée une créature hybride, mi-femme mi-fauve, dont un collage de la bouche rouge rend encore plus mystérieuse l’interprétation.

Par • le 4 avril 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Toyen

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