Le tableau “Fuck Abstraction” de Miriam Cahn a été vandalisé ce 8 mai 2023 ; l’œuvre sera dorénavant exposée en l’état
© Capture d'écran FRANCE INFO
Dimanche 7 mai, vers 15h30, une œuvre d’art a été vandalisée au Palais de Tokyo… Et elle n’était pas protégée par une vitre. Présenté au sein de l’exposition « Ma pensée sérielle », inaugurée le 17 février dans l’établissement parisien, le tableau Fuck Abstraction ! de l’artiste suisse Miriam Cahn a été abondamment aspergé de peinture violette par un octogénaire qui avait dissimulé le liquide dans un flacon de sirop médicamenteux glissé dans sa poche. Arrivé discrètement et sans sac pour éviter la fouille, l’homme a profité de l’affluence dominicale et agi si vite que le gardien n’a pu l’intercepter qu’une fois le méfait accompli. Toujours en garde à vue, il risque sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.
Son identité a été officiellement confirmée aujourd’hui : il s’agit d’une personnalité d’extrême droite, Pierre Chassin, ancien élu du Front national et ex-membre du conseil municipal des Yvelines. Interpellée, Marine Le Pen a, de son côté, nié toute implication, évoquant un « comportement individuel ».
Le Palais de Tokyo redoutait un tel acte, car cette œuvre, qui représente une personne aux mains liées contrainte de pratiquer une fellation, était depuis plusieurs mois au cœur d’une intense polémique. Amplifié par une vidéo d’une députée du Rassemblement national, un mouvement appelait sur les réseaux sociaux au décrochage du tableau, accusé d’être de nature pédopornographique. L’artiste avait répliqué que la toile ne représentait pas un enfant mais un adulte très frêle, et avait été peinte pour dénoncer les viols et autres crimes de guerre commis contre les civils ukrainiens par les troupes de Vladimir Poutine.
Vue de l’exposition de Miriam Cahn « Ma pensée sérielle » au Palais de Tokyo
© Sandrine Marty / Hans Lucas via AFP
Attaqué en justice le 23 mars par l’association Juristes pour l’enfance, le Palais de Tokyo, qui avait ajouté un panneau d’avertissement à l’entrée de la salle, un cartel explicatif à côté de l’œuvre et engagé des médiateurs pour répondre aux interrogations du public, avait finalement obtenu gain de cause auprès du tribunal administratif de Paris le 28 mars : le tableau ne serait pas décroché… Au grand dam de ses détracteurs.
Informée de cet acte de vandalisme, la ministre de la culture Rima Abdul Malak s’est immédiatement rendue sur les lieux en signe de soutien. Le lendemain, le président Emmanuel Macron a lui-même condamné le geste dans un tweet. « S’en prendre à une œuvre, c’est attenter à nos valeurs. En France, l’art est toujours libre et le respect de la création culturelle, garanti. » a-t-il déclaré.
Le musée a quant à lui porté plainte pour dégradation et atteinte à la liberté d’expression, et renforcé la sécurité de la salle en question. À la demande de Miriam Cahn, le tableau restera accroché en l’état, éclaboussé, jusqu’à la fin de l’exposition, qui s’achèvera le 14 mai. Gardant ainsi sur lui la marque des passions qu’il a su déchaîner !
Ma pensée sérielle. Miriam Cahn
Du 17 février 2023 au 14 mai 2023
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
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