Le musée du Hiéron à Paray-le-Monial
© Christian Guy / hémis
C’est une dure semaine pour le patrimoine français qui vient de s’achever. Ce jeudi 21 novembre, au lendemain du vol qui a secoué le musée Cognacq-Jay à Paris, un autre braquage similaire, mais encore plus violent, a eu lieu au musée du Hiéron à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire).
Vers 16h, quatre braqueurs casqués, encagoulés et gantés sont arrivés à moto devant ce petit musée municipal bourguignon, peu connu du grand public, mais apprécié des connaisseurs pour son exceptionnelle collection d’art sacré. Pendant que l’un d’eux faisait le guet à l’extérieur, les trois autres ont débarqué dans l’établissement en tenant en joue, avec une arme d’épaule, une vingtaine de visiteurs et les employés. Plusieurs coups de feu ont été tirés, heureusement sans faire de blessés.
Visiblement très préparés, les braqueurs se sont ensuite dirigés directement vers une œuvre bien précise : Via Vitæ (« Chemin de vie » en latin), la pièce maîtresse du musée. Classée trésor national, cette précieuse sculpture de près de trois mètres de haut est l’œuvre de l’orfèvre-joaillier Joseph Chaumet (1852–1928), qui l’a élaborée de 1894 à 1904 dans ses salons parisiens de la place Vendôme.
Joseph Chaumet, Via Vitae, « Chemin de vie », Œuvre réalisée en 1904 et classée trésor national en 2000
Orfèvrerie • 270 × 300 cm • Coll. musée du Hiéron, Paray-le-Monial • © L. Chaintreuil
Estimée entre 4 et 7 millions d’euros, cette montagne en marbre et albâtre d’un poids de trois tonnes raconte la vie de Jésus en neuf scènes animées de 138 personnages – de délicates statuettes chryséléphantines (composées d’or et d’ivoire). Au sommet se dresse une Trinité en gloire composée d’argent patiné et doré et de cristal de roche, surmontée de deux figures allégoriques tenant une hostie sertie de 195 diamants et 288 rubis.
L’opération n’aura duré au total que trois minutes.
Après avoir scié à la tronçonneuse les vitres blindées qui protégeaient la sculpture et découpé une partie de son socle en marbre, les voleurs se sont emparés de ses statuettes et de ses pierres précieuses. Une opération qui n’aura duré au total que trois minutes. Alors qu’ils s’enfuyaient à moto avec leur butin, les malfaiteurs ont réussi à semer les voitures de gendarmerie en crevant leurs pneus grâce à des clous jetés au sol.
Ce vendredi 22 novembre, au lendemain du braquage, le musée a confirmé dans un communiqué « le vol d’une partie » de cette œuvre « d’une très grande valeur historique et patrimoniale ». « Le musée du Hiéron condamne fermement cet acte criminel et réaffirme son soutien à toutes les personnes présentes qui ont fait preuve d’une attitude exemplaire face à cette situation », a-t-il ajouté. Précisant que l’enquête et « l’évaluation de cet immense préjudice » étaient « en cours », l’établissement a également déclaré qu’il restait « fermé jusqu’à nouvel ordre ».
« Je condamne avec la plus grande fermeté ces actes inacceptables qui portent atteinte à notre patrimoine. Merci aux forces de l’ordre pour leur intervention rapide. Tout mon soutien aux équipes du musée et à la collectivité », a renchéri la ministre de la Culture Rachida Dati dans un post sur le réseau social X.
Lorsque les descendants de Joseph Chaumet avaient décidé de vendre Via Vitae à un collectionneur suisse, le ministère de la Culture s’y était opposé. L’œuvre avait alors été classée trésor national en 2000, puis acquise par la ville de Paray-le-Monial (troisième ville de pèlerinage en France après Lourdes et Lisieux) pour 750 000 euros, financés presque intégralement par l’État et le mécénat. Elle avait fait son entrée au musée en 2005, date de la réouverture de l’établissement après rénovation.
Au vu de certains points communs entre les deux vols perpétrés en l’espace de deux jours, certains se demandent s’il s’agirait du même gang que les voleurs des tabatières du musée Cognacq-Jay. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que le musée du Hiéron est pris pour cible. En juillet 2017, deux couronnes de Romay de l’orfèvre Paul Brunet (des trésors en or et pierres précieuses prêtés pour une exposition par la paroisse du Sacré-Cœur en Val d’Or) y avaient été dérobées durant la nuit par un voleur qui avait utilisé un parapluie pour se protéger des caméras. Dans la nuit du 24 au 25 septembre 2022, trois cambrioleurs avaient essayé de s’introduire dans la salle abritant Via Vitae. Ayant déclenché une alarme, ils s’étaient enfuis bredouilles en laissant leur échelle derrière eux…
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