Corridor de Vasari, photographié quelques jours avant la réouverture le 19 décembre 2024, après 8 ans de travaux.
© ANDREAS SOLARO / AFP
À Florence, un joyau de la Renaissance ressort de l’ombre ! Après huit longues années de fermeture pour travaux de consolidation, rénovation et mise aux normes, l’incroyable « corridor de Vasari » a enfin rouvert ses portes ce 21 décembre. Édifié il y a 500 ans pour les Médicis par le célèbre peintre, architecte et écrivain de la Renaissance Giorgio Vasari (1511–1574), cet ingénieux passage secret aérien de 760 mètres de long, qui serpente au-dessus de la ville de Florence, est désormais accessible sur réservation à tous les visiteurs moyennant l’achat d’un billet à 43 euros qui comprend la visite du musée des Offices et ses nombreux chefs-d’œuvre.
Conçu en 1565 en seulement cinq mois, l’ouvrage est un véritable tour de force architectural. Commandé par Cosme Ier (duc de la république de Florence et futur grand-duc de Toscane) à l’occasion du mariage de son fils, ce passage secret avait pour mission de relier le Palazzo Pitti, nouvelle résidence privée des Médicis, au Palazzo Vecchio, siège du gouvernement. La puissante famille cherchait ainsi à se déplacer en toute sécurité sans se mêler au peuple afin d’éviter les attentats, redoutés depuis l’assassinat de Julien de Médicis en 1478.
« Les visiteurs pourront apprécier dans toute son étendue l’immensité, la cohérence et la richesse de la citadelle médicéenne du pouvoir et des arts. »
Simone Verde
Percé de 73 fenêtres, ce tunnel suspendu offre des vues uniques sur la ville de Florence qu’il permet d’observer incognito. Le parcours de près d’un kilomètre commence au premier étage de la galerie des Offices, depuis l’espace situé devant l’entrée de la chapelle vénitienne. Porté par des arches le long de l’Arno, le corridor longe ensuite la galerie des Offices avant d’enjamber le fleuve par-dessus le Ponte Vecchio et ses boutiques, puis transperce plusieurs maisons et contourne la tour Mannelli grâce à un système d’encorbellement, avant d’entrer dans l’église Santa Felicita, où une ouverture percée au-dessus de l’entrée offre une vue aérienne sur sa nef – un moyen discret pour les Médicis d’assister à la messe ! Le passage secret débouche enfin dans les jardins de Boboli, près de la grotte en rocaille de Buontalenti.
Fermée depuis 2016, la galerie aux murs de plâtre et sols en terre cuite, recouverte d’une toiture en tuiles typique de Florence, a été consolidée et rénovée par le musée des Offices et la Surintendance (organe du ministère des Biens et Activités culturels et du Tourisme) pour un coût total de 10 millions d’euros, au terme d’études laborieuses. Équipée d’un nouvel éclairage, de toilettes et de sorties de secours, elle est désormais accessible aux fauteuils roulants grâce à un système intégré de rampes, plateformes et ascenseurs.
Cette réouverture « rend à Florence et à l’Italie un chef-d’œuvre dans un chef-d’œuvre […], une promenade panoramique à couper le souffle au cœur d’une ville sans pareille », s’est réjoui le nouveau ministre de la Culture italien Alessandro Giuli. « Les visiteurs pourront […] apprécier dans toute son étendue l’immensité, la cohérence et la richesse de la citadelle médicéenne du pouvoir et des arts », a renchéri le directeur des Offices, Simone Verde.
Le corridor se visite désormais du mardi au dimanche, par groupes de 25 personnes maximum, avec des entrées toutes les 20 minutes de 10h15 à 16h35. Auparavant, il accueillait plusieurs centaines d’autoportraits de grands artistes comme Rembrandt, Vélasquez, Titien et Raphaël, issus de la plus grande collection d’autoportraits au monde. Mais après la crue de l’Arno en 1966, les œuvres ont commencé à être déplacées vers le musée des Offices, pour finalement toutes y être transférées en 2016.
Ce passage secret – emprunté par des personnages du film Païsa de Roberto Rossellini (1946) et par Tom Hanks dans l’adaptation au cinéma du roman Inferno de Dan Brown (2016) – s’inspire du « Passetto di Borgo », couloir de secours surélevé de 800 mètres reliant le Vatican au château Saint-Ange, dans lequel le pape Clément VII (de son vrai nom Jules de Médicis) était resté coincé durant sept mois suite au sac de Rome de 1527. Dès l’année de son dévoilement, le corridor de Vasari a donné à Catherine de Médicis l’idée d’un passage couvert reliant le Louvre au palais des Tuileries : la future Grande Galerie du Louvre !
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