Edgar Degas, Éloge du maquillage
Pastel sur carton • 48 x 62,5 cm
Un acheteur catalan a fait une bonne affaire sur Internet : après avoir déboursé 926 euros pour un pastel, il a fait expertiser l’œuvre qui a été finalement identifiée comme un authentique dessin d’Edgar Degas, estimé entre 7 et 8 millions d’euros !
Figurant deux femmes en train de se poudrer, l’œuvre sur papier de 48 cm sur 62,5 était présentée comme une copie de Degas, d’où sa mise à prix à seulement un euro sur Todocolección, site espagnol d’enchères entre particuliers. La transaction miraculeuse, réalisée en 2021, vient d’être mise en lumière mardi 27 mai lors d’une conférence de presse à l’Institut français de Madrid.
La Librairie Bastinos à Barcelone
Coll. Arxiu Històric de la Ciutat de Barcelona
Tournés vers un miroir placé à droite, les profils de deux femmes rousses se détachent sur un fond vert tendre. Le visage de celle de droite est souligné par la blancheur neigeuse d’une houppette à poudre tenue contre sa joue – un objet dont la douceur est rendue par la texture du pastel, et dont la couleur immaculée tranche avec les nœuds noirs graphiques de la robe vue de dos. Cette scène de maquillage a été croquée dans une maison close – un décor dont Degas était familier, l’artiste y étant souvent allé chercher l’inspiration entre 1875 et 1885. Parmi les experts qui ont authentifié l’œuvre figure Michel Schulman, un spécialiste de l’artiste qui a analysé ses pigments, et l’a étudiée minutieusement à l’aide de photographies et de radiographies. Schulman a déterminé qu’elle devait dater de 1879 environ, et lui a donné un titre inspiré d’un poème de Charles Baudelaire : Éloge du maquillage.
Au fil d’une enquête qui aura duré un an, l’expert a également pu retracer avec précision l’histoire de ce pastel. Ce dernier avait été acheté une première fois en 1887 (une transaction évoquée par Degas lui-même dans une lettre) par le peintre barcelonais Juliàn Bastinos, qui se trouvait entre 1872 et 1900 à Paris, où il fréquentait des peintres espagnols comme Adolfo Guiard, que Degas connaissait bien. Vers 1901, Bastinos, installé au Caire pour travailler à la Cour internationale, avait emmené le dessin avec lui à Alexandrie et l’avait fait encadrer, comme l’atteste encore une étiquette. Le pastel avait ensuite été récupéré par la famille de ce peintre après sa mort en 1918, puis protégé dans un monastère pendant la guerre civile espagnole.
Dîner en l’honneur de Joan Llonch i Salas pour la remise du prix Sant Lluc de l’Académie des Beaux-Arts
Coll. Archives familiales Joan Llonch i Salas
L’œuvre avait enfin été acquise en 1940 par un industriel amateur d’art, Joan Llonch Salas, ancien président de la banque et de l’académie des Beaux-Arts de Sabadell, qui l’avait exposée en 1952 dans une galerie d’art barcelonaise, la Salle Gaspar, aux côtés d’œuvres de Pablo Picasso, Auguste Renoir et Vincent van Gogh. Malgré la signature visible de l’artiste, les descendants de ce collectionneur doutaient de son authenticité, et l’avaient donc mise en vente en tant que « copie ». Une erreur qu’ils n’ont pu que regretter amèrement !
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