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Photographie

Un œil neuf sur la photographie

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lls sont originaires de France, d’Iran ou du Chili, s’illustrent dans le portrait réaliste ou le photomontage, manient la technologie ou s’inspirent de pratiques vintage. Leur point commun ? Un univers visuel original, repéré dans les grands festivals, d’Hyères aux Rencontres d’Arles, récompensé par des prix et exposé dans des galeries. Focus sur sept talents de la photo à suivre.

1. Paul Rousteau, camaïeux oniriques et flashy

De la douceur avant toute chose. Dans un éclatement de couleurs déconcertant de délicatesse, Paul Rousteau, finaliste du concours photo du Festival de mode et de photographie d’Hyères 2017, nous transporte à la frontière entre peinture et photo. Il est passé docteur ès fondus chamarrés sans avoir recours à Photoshop, à travers des jeux de filtres, de miroirs déformants, de papiers spéciaux, et surtout une aversion pour le noir. Parmi les sujets qui ont fait sa notoriété, on trouve de petits oiseaux très colorés (les diamants de Gould), des fleurs de Giverny, et des représentations d’eurythmie, une danse synesthésique. Certains y voient l’influence de son éducation particulière, dans un établissement Steiner. La presse et la mode ne s’y sont pas trompées : il fait régulièrement la une avec ses portraits oniriques et vitaminés de personnalités, un camaïeu pour signature. Une véritable happiness therapy ! C. J.

Né en 1985, à Beauvais. Vit et travaille à Paris.

Paul Rousteau, Étude de nu #2
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Paul Rousteau, Étude de nu #2, 2016

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© Paul Rousteau

2. Daragh Soden, une jeunesse irlandaise en demi-teinte

Il y a de l’insouciance dans les portraits de Daragh Soden. Une pointe de mélancolie aussi, que la lumière enveloppante de l’été ne parvient pas à masquer. C’est qu’aux éclats de rire francs de l’adolescence se mêlent les regards inquiets des lendemains incertains. Grand Prix au 32e Festival d’Hyères, la série Young Dubliners dépeint une jeunesse métissée et désenchantée, en proie à la morosité économique et sociale de son pays. Sur les murs de la Villa Noailles, le photographe irlandais y revisitait sa propre adolescence en inscrivant, près de ses photos, anecdotes et souvenirs autobiographiques. Brouillant les pistes entre fiction et documentaire, les mots et les images ne formaient alors plus qu’un seul et même récit. Une rencontre entre photo et prose que l’on retrouve dans un nouvel ouvrage de la collection Portraits de villes, dans lequel il dessine les multiples visages de Toulon, cité escale où cohabitent jeunes immigrés, marins en transit et touristes de l’été. L. F.

Né en 1990, à Dublin. Vit et travaille à Londres.

Grand Prix du jury photographie au 32e Festival de mode et de photographie d’Hyères, 2017.

Daragh Soden, Young Dubliners
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Daragh Soden, Young Dubliners, 2014

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© Daragh Soden

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À lire

Portraits de villes – Toulon

3. Matthew Porter, photosculpté

Les photographies de Matthew Porter, réalisées dans le studio de son père sculpteur, ont pour objet les débris de fabrication des oeuvres de ce dernier. Roue dentée, feuille de métal découpée blanchie par la lumière, pièces de bois et clé à molette sont les sujets de compositions minutieuses auxquelles les multiples expositions et traitements numériques confèrent un rendu sensible, quasi palpable. L’Américain absorbe l’histoire de l’art et la photographie d’avant-garde, joue sur les frontières entre anciennes et nouvelles technologies, toile et pellicule, pour offrir une autre vie à ces objets du quotidien. Une manipulation de l’image que l’on avait entraperçue à la fondation Cartier dans l’exposition « Autophoto », avec ses voitures en plein vol dans les rues de San Francisco, où il était question de spectacle, mais aussi – et déjà – de nostalgie. L. F.

Né en 1975, en Pennsylvanie. Vit et travaille à Brooklyn.

Représenté par les galeries M+B (Los Angeles) et Invisible-Exports (New York).

Matthew Porter, Granite, Wood, Marks
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Matthew Porter, Granite, Wood, Marks, 2018

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Courtesy Matthew Porter et galerie Xippas, Paris

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Matthew Porter. The links Are Joined and Form a Ring

Du 14 avril 2018 au 26 mai 2018

4. Fatemeh Baigmoradi, souvenirs brûlants

Sur une photo de mariage, trois flammèches semblables à celles nimbant le Prophète dans les miniatures persanes dévorent le visage de trois hommes. Belles comme des diadèmes de feu. Sur une autre image, un homme tient un oud et une plume de paon, aux côtés d’une femme élégante, qui sourit peut-être. Difficile de le savoir : le feu leur a coupé la tête. La responsable ? Une jeune Iranienne de 34 ans, vivant aux États-Unis : Fatemeh Baigmoradi (3e Prix dans la catégorie série des Exposure Awards 2018 de LensCulture, elle était aussi l’une des photographes de l’exposition collective « Iran, année 38 » aux Rencontres d’Arles, l’an dernier). Son père ayant brûlé tous les clichés susceptibles de compromettre sa famille après la révolution islamique, l’artiste s’est approprié des photos-souvenirs d’autres familles, qu’elle a reproduites et à son tour détruites, pour voir ce qu’il restait de leur « aura ». Les cendres, elles, ont été précieusement recueillies dans une fiole en verre scellée, comme une pièce à conviction de ces images à jamais manquantes. It’s Hard to Kill est le titre de sa série. N. N.

Née en 1984, en Iran. Vit et travaille aux États-Unis.

Fatemeh Baigmoradi, Photos de la série « It’s Hard to Kill »
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Fatemeh Baigmoradi, Photos de la série « It’s Hard to Kill », 2017

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© Fatemeh Baigmoradi

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À lire

Iran, année 38

par Anahita Ghabaian et Newsha Tavakolian

Coéd. Textuel / Arte éditions • 192 p. • 45 €

5. Nicolas Boutruche, fenêtre sur cour

Si c’est le regardeur qui fait l’oeuvre selon Marcel Duchamp, dans la série Du voyeurisme au 1/10e de Nicolas Boutruche, c’est plus précisément le voyeur qui fait la photo. En confisquant les façades d’un grand hôtel, d’une maison bourgeoise, d’une caravane, le photographe nous invite dans l’intimité pure et crasse de familles anonymes. Et il ne fait pas dans l’économie de moyens : une centaine de modèles, des mois, voire des années de travail selon la composition, une palette inépuisable de textures et de décors, pour aboutir à ces tableaux artificiels et fantasmés. À la manière des papiers découpés de Matisse, il crée lui-même sa matière première. Ainsi les protagonistes de l’orgie au 2e étage du Grand Hôtel ne se sont jamais touchés ni même rencontrés, leurs ébats étant le fruit d’un collage digital. C. J.

Né en 1977 au Mans, où il vit et travaille.

Nicolas Boutruche, <em>Grand Hôtel</em>, série <em>Du voyeurisme au 1/10<sup>e</sup></em>
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Nicolas Boutruche, Grand Hôtel, série Du voyeurisme au 1/10e, 2015

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Courtesy galerie Courcelles Art Contemporain, Paris

6. Andrés Durán, détournement monumental

Certes moins mélancoliques que les Lénine déboulonnés retrouvés dans les arrière-cours et les remises de l’histoire par le duo Niels Ackermann & Sébastien Gobert en Ukraine (Rencontres d’Arles 2017), les statues d’Andrés Durán meurent aussi. Coffrés dans leur propre socle-tombeau, ces monuments sud-américains à la gloire de différents héros de l’Indépendance vivent sous nos yeux leurs derniers instants, bravant parfois pathétiquement du bout de leur sabre les retouches numériques du photographe. Un dernier sursaut de vie qui révèle avec un grand sens de la dérision les fondements absurdes de toute construction d’identité nationale. Car ces statues ont été dessinées et moulées en Espagne, dans une esthétique européenne triomphante très XIXe siècle. Loin des styles bolivien, chilien, argentin ou péruvien qu’elles auraient pu exalter. Monumento editado a reçu le prix Découverte 2016 de la foire madrilène PhotoEspaña. N. N

Né en 1974 au Chili, où il vit et travaille.

Andrés Durán, Photos de la série « Monumento editado, Chile-Perú-Bolivia-Argentina »
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Andrés Durán, Photos de la série « Monumento editado, Chile-Perú-Bolivia-Argentina », 2014–2017

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© Courtesy PhotoEspaña, Madrid

7. John Chiara, une chambre noire pour caravane

C’est un Méliès de la photo couleur, un alchimiste du Do it yourself qui fixe depuis des années la splendeur solaire des paysages californiens dans l’obscurité de camera obscura qu’il bricole et tracte comme des caravanes. Exposé au Salon d’honneur de Paris Photo en 2017, John Chiara a publié en octobre dernier chez Aperture le fruit de ce road-trip hallucinant. L’un des plus beaux livres de l’année, où chaque page s’ouvre sur une image géante forcément unique, à l’exposition si longue (une demi-journée en moyenne) que la vie même semble s’y dissoudre. Des solarisations acides du désert aux transparences fluorescentes du Pacifique, tout y irradie avec la même intensité qui éclaboussait hier de rose les plages de Gauguin. Architecture et nature fusionnant sans film ni complexe, dans des surexpositions et sous-expositions multiples qui vous feront aussitôt l’effet d’une drogue dure. N. N.

Né en 1971, à San Francisco. Vit et travaille en Californie.

John Chiara, Laney at 5th, Oakland, CA
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John Chiara, Laney at 5th, Oakland, CA, 2011

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© John Chiara

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À lire

California

par John Chiara, essai de Virginia Heckert

Coéd. Aperture / Pier 24 Photography • 164 p. • 69 €

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