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Un précieux tableau caravagesque du Siècle d’or découvert chez un couple

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Hendrick ter Brugghen, Esaü vendant son droit d’aînesse
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Hendrick ter Brugghen, Esaü vendant son droit d’aînesse, vers 1627

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123 x 162 cm • Courtesy Hôtel des Ventes du Marais

Ils ne la pensaient pas si précieuse. S’étant simplement laissé tenter par une journée d’expertise gratuite, un couple de la région du Forez (Loire) a poussé la porte de l’hôtel des ventes du Marais, à Saint-Étienne, avec quelques photographies d’une peinture ancienne non signée qui se trouvait dans leur famille depuis un siècle. Bien leur en a pris : les experts l’ont identifiée comme un tableau inédit du maître néerlandais du Siècle d’or Hendrick ter Brugghen (1588–1629), estimé entre 220 000 et 250 000 euros !

Tout de suite, la commissaire-priseur Agnès Carlier flaire un tableau intéressant de l’école caravagesque d’Utrecht – un groupe de peintres néerlandais qui, partis à Rome au début du XVIIe siècle pour parfaire leur formation artistique, furent très influencés par les clairs-obscurs de Caravage (1571–1610) et de ses suiveurs italiens, qu’ils imitèrent une fois de retour à Utrecht entre 1620 et 1630.

Un épisode de la Genèse dans un style caravagesque

« Ce tableau est remarquable par nombre de beaux détails. »

René Millet

Consulté par l’établissement stéphanois, l’expert parisien René Millet hésite au départ devant la photographie du tableau, jauni et encrassé. Mais une fois face à lui et après un rapide nettoyage, il est saisi par sa beauté et y reconnaît la patte du principal représentant de l’école caravagesque d’Utrecht, Hendrick Ter Brugghen, qui séjourna à Rome de 1607 à 1614. Une théorie qu’il parvient à confirmer après avoir étudié en détail la peinture et écumé plus de 10 000 ouvrages, catalogues raisonnés et documents d’archives.

Cette scène éclairée à la chandelle, qu’il date autour de 1627, représente un épisode de la Genèse, dans lequel Ésaü (à gauche), accompagné de ses deux chiens et portant un lièvre en bandoulière, rentre affamé de la chasse et demande à son frère Jacob (à droite) de lui préparer un plat de lentilles. Ce dernier accepte à condition qu’Ésaü lui cède en retour son droit d’aînesse. Marché conclu ! À l’arrière-plan à droite apparaît leur père Isaac et, juste derrière eux, leur mère Rébecca.

Un tableau qui se rapproche d’autres œuvres d’Hendrick ter Brugghen

« Ce tableau est remarquable par nombre de beaux détails : le père quasi aveugle sorti de la composition, la beauté des visages tournés vers la flamme, le jeu des mains qui concentrent l’action », s’enthousiasme René Millet, qui le rapproche de deux variantes de la même scène (elles aussi titrées Esaü vendant son droit d’aînesse) peintes par Ter Brugghen, l’une conservée à la Gemäldegalerie de Berlin (vers 1625), l’autre au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid (vers 1627). Dans cette dernière, on repère exactement le même chandelier au centre de la toile. Selon lui, le Jacob du tableau stéphanois ressemble aussi beaucoup au jeune garçon de droite dans L’Adoration des Mages (1619) du même artiste conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam, et sa composition en triangle à celle du Concert (1627) de la National Gallery de Londres.

Hendrick ter Brugghen, Esaü vendant son droit d’aînesse
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Hendrick ter Brugghen, Esaü vendant son droit d’aînesse, 1627

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Huile sur toile • 106,7 × 138,8 cm • Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid • © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

Après avoir appartenu à un collectionneur anglais au début du XXe siècle, le tableau avait été déposé deux fois chez Christie’s à Londres, d’abord en 1913, puis en 1918. Mais à chaque fois, la famille, peut-être prise de regrets, l’avait finalement retiré de la vente. Il aura fallu attendre plus d’un siècle pour que la transaction finisse par se faire : l’œuvre sera exposée à l’hôtel des ventes du Marais de Saint-Étienne le 4 décembre de 14h à 17h et le 5 décembre de 9h à 11h, avant d’y être vendue aux enchères le 5 décembre.

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