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Une conservatrice du Rijksmuseum fait une découverte inattendue sur « La Ronde de nuit » de Rembrandt

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Anne Lenders, conservatrice, devant le dessin d’Adrien van de Venne et “La Ronde de nuit”
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Anne Lenders, conservatrice, devant le dessin d’Adrien van de Venne et “La Ronde de nuit”, 2025

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Photo Rijksmuseum / Kelly Schenk

Même dans les tableaux les plus célèbres, il faut parfois du temps pour qu’un détail, présent sous nos yeux depuis des siècles, soit remarqué ! Une découverte surprenante vient d’être faite concernant La Ronde de nuit (1642) de Rembrandt (1606–1669) par une conservatrice attentive du Rijksmuseum d’Amsterdam, où est conservée cette peinture monumentale de plus de trois mètres sur quatre représentant des mousquetaires de la milice d’Amsterdam – une œuvre entourée d’un certain mystère qui a même inspiré un film à Peter Greenaway.

Ce mardi 23 septembre, le musée néerlandais a révélé que le chien d’aspect effacé, presque fantomatique, qui aboie dans la pénombre vers un groupe de personnages depuis le coin inférieur droit de la composition, avait été copié par Rembrandt quasiment trait pour trait sur une illustration d’un autre artiste hollandais du Siècle d’or : un dessin préparatoire du peintre, poète et graveur Adriaen Pietersz van de Venne (1589–1662), réalisé en 1619 (soit plus de 20 ans avant La Ronde de nuit) pour le frontispice de Self-Strijt (1620), un ouvrage populaire du poète Jacob Cats narrant un épisode biblique, l’histoire de Joseph et de l’épouse de Potiphar.

Rembrandt, La Ronde de nuit
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Rembrandt, La Ronde de nuit, 1642

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Huile sur toile • 363 × 437 cm • Coll. Rijksmuseum Amsterdam

« C’est remarquable que de nouvelles découvertes puissent encore être faites dans les peintures les plus étudiées au monde. »

Taco Dibbits

« C’était tout à fait inattendu. Je me promenais dans la galerie de l’exposition Adriaen van de Venne au musée Zeeuws à Middelbourg (Zélande), quand soudain, mon regard s’est posé sur un livre de Jacob Cats », raconte Anne Lenders, curatrice de l’opération « Ronde de nuit », grand projet d’étude inédit du tableau de Rembrandt lancé en 2019, qui a permis plusieurs découvertes sur cette peinture, et même la restauration de ses pourtours perdus grâce à l’intelligence artificielle. En voyant le chien, la spécialiste pense immédiatement à celui de La Ronde de nuit et décide de les comparer

De surprenantes ressemblances

Dans le dessin préparatoire d’Adriaen van de Venne, qui fait partie des collections du Rijksmuseum, l’animal – un smous des Pays-Bas ou un loup de Bretagne français, hésitent les spécialistes canins – affiche en effet une ressemblance, bien trop frappante pour être accidentelle, avec celui de Rembrandt.

À gauche, détail du chien de la “Ronde de nuit” de Rembrandt. À droite, détail du chien du Frontispice pour Jacob Cats d’Adriaen Pietersz van de Venne
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À gauche, détail du chien de la “Ronde de nuit” de Rembrandt. À droite, détail du chien du Frontispice pour Jacob Cats d’Adriaen Pietersz van de Venne

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© Rijksmuseum Amsterdam

Son collier, les contours de son corps et de sa tête, tournée exactement de la même façon… Tout est presque identique, à quelques exceptions près : dans La Ronde de nuit, son museau est un peu plus aplati, ses oreilles plus longues, et sa gueule légèrement plus ouverte, laissant sortir une langue. Enfin, il est debout sur ses quatre pattes, alors que l’original est accroupi sur ses pattes avant. Cependant, l’esquisse cachée sous la peinture, révélée grâce à la spectrométrie de fluorescence des rayons X, montre que le peintre l’avait initialement représenté dans la même posture que son modèle.

Une pratique très répandue à l’époque

D’autres éléments de ce dessin se retrouvent dans des tableaux de Rembrandt représentant Joseph et la femme de Potiphar, peints en 1634 et 1655. Rien d’étonnant au XVIIe siècle, époque où le concept de propriété intellectuelle tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas, et où la copie, considérée comme une pratique noble, était un phénomène très courant. Rembrandt, lui-même très copié, a repris de nombreuses figures, extirpées notamment d’œuvres de Rubens, Mantegna, Raphaël et Caravage.

Adriaen Pietersz van de Venne, Frontispice pour Jacob Cats
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Adriaen Pietersz van de Venne, Frontispice pour Jacob Cats, 1619

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Plume et encre brune, avec lavis gris et traces d’aquarelle • 17,8 × 14,7 cm • Coll. Rijksmuseum Amsterdam

« C’est remarquable que de nouvelles découvertes puissent encore être faites dans les peintures les plus étudiées au monde, près de 400 ans après leur réalisation. Cette découverte nous renseigne davantage sur le procédé de création de Rembrandt », s’est réjoui le directeur du musée, Taco Dibbits.

Auteur de nombreuses scènes de genre et de peintures allégoriques, Adriaen Pietersz van de Venne est, contrairement à Rembrandt, peu connu du grand public actuel, mais était reconnu en son temps, et membre de la prestigieuse guilde de Saint-Luc de La Haye. Également conservée au Rijksmuseum, son œuvre la plus célèbre reste une représentation ironique de la guerre de Quatre-Vingts-Ans qui opposa protestants et catholiques, La Pêche aux âmes (1614), elle-même influencée par Pieter Brueghel l’Ancien.

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Rijksmuseum

Retrouvez dans l’Encyclo : Rembrandt

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