La cour vitrée du Palais des Études de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts
© Bertrand Gardel / hémis
La mythique École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) et sa voisine l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Paris-Malaquais – deux établissements situés rue Bonaparte et comptant respectivement 600 et 900 étudiants – vont-elles être réunies en un seul et même « campus d’art et d’architecture » ? Ce projet, lancé il y a plusieurs mois par la ministre de la Culture Rachida Dati, provoque la colère et l’inquiétude des professeurs et des étudiants des Beaux-Arts…
« Ce projet devra proposer plusieurs pistes d’évolution et interroger les conditions de création de nouveaux parcours inter-établissements, de nouvelles formations à la croisée des compétences et de nouvelles pédagogies innovantes répondant aux besoins de la société », a précisé Rachida Dati dans sa lettre de mission adressée le 5 juillet dernier au président du conseil d’administration des Beaux-Arts, Laurent Dumas, et au sociologue Pierre-Paul Zalio, membre du conseil d’administration de l’École d’architecture, qui enchaînent les réunions depuis mai.
« C’est un véritable démantèlement des Beaux-Arts qui est en cours, contre la volonté de sa communauté et de sa direction. »
Vivement critiqué, ce projet a entraîné la publication d’une pétition intitulée « Sauvons les Beaux-Arts de Paris ! », qui a récolté à ce stade plus de 1 500 signatures, dont celles de l’ensemble des professeurs des Beaux-Arts, d’une partie de ceux de l’École d’architecture, et de nombreux artistes reconnus comme Jean-Michel Alberola, Annette Messager, Nina Childress, Hélène Delprat, Claude Closky, Hervé Di Rosa et Giuseppe Penone.
« On parle de délocaliser les collections, de réformer le modèle pédagogique, de déplacer certains ateliers en banlieue, s’insurge la pétition. C’est un véritable démantèlement des Beaux-Arts qui est en cours, contre la volonté de sa communauté et de sa direction. Il s’inscrit dans une politique de normalisation et de diminution de l’enseignement artistique qui touche toutes les écoles d’art en France ».
Les professeurs et les étudiants des Beaux-Arts craignent en effet que la fusion se fasse au détriment de leur école, tant en termes d’espace que de moyens et de partage des matériaux et des équipements, alors même que les écoles d’art traversent une grave crise économique et font face à une remise en cause de leur utilité – Rachida Dati avait d’ailleurs annoncé en mars dernier la future fermeture de plusieurs d’entre elles.
Mais les signataires ont surtout peur de voir les Beaux-Arts perdre leur identité, en raison du projet de parcours communs et autres changements pédagogiques annoncés. En particulier, ils craignent de voir disparaître le système historique qui veut que l’étudiant choisisse un atelier d’un artiste professeur au sein duquel il étudie durant cinq ans. Un fonctionnement propre aux Beaux-Arts, mis en place depuis la fondation de l’école en 1817, qui puise son origine dans celui de son ancêtre, l’Académie royale de peinture et de sculpture créée en 1648.
Espace pour les étudiants dans l’atelier de Jean-Michel Alberola, bâtiment Chimay à l’ENSBA
© Bertrand Rieger / hemis
Certaines spécificités de l’École des beaux-arts ont déjà commencé à lui être retirées ces dernières années : ainsi, le baccalauréat qui n’était pas exigé auprès des futurs élèves, l’est désormais depuis l’instauration du recrutement par Parcoursup.
Autre sujet de crispation, les travaux urgents qui doivent être réalisés aux Beaux-Arts, et plus précisément dans le palais des Études, dont un morceau s’est déjà effondré en raison de problèmes structurels. Car ce sont ces travaux, évalués à 30 millions d’euros, qui ont poussé le ministère de la Culture à réfléchir à un projet de campus commun, élargissant l’enveloppe des travaux à 100 millions. Ce que l’École des beaux-arts ressent comme un chantage : la rénovation (qui doit être réalisée le plus vite possible sous peine d’un arrêté de péril) et ce budget amélioré seraient conditionnés à une acceptation rapide du projet de fusion…
« Nous ne toucherons pas aux ateliers et au modèle pédagogique des Beaux-Arts », a tenté de rassurer le ministère de la Culture dans Libération ce lundi 18 novembre. « Les Beaux-Arts de Paris et l’École d’architecture Paris-Malaquais ont une histoire commune et des destins spécifiques que le ministère de la Culture entend bien respecter. L’avenir des écoles d’art est distinct de celui des écoles d’architecture, et réciproquement. Cela n’empêche pas de travailler à des synergies, comme il y en a d’ailleurs souvent avec d’autres établissements », a-t-il également clarifié dans Le Quotidien de l’Art ce 18 novembre.
Selon le ministère, il s’agit avant tout de « répondre aux besoins des deux écoles », toutes les deux « à l’étroit », en « créant de nouveaux espaces », et en leur permettant d’avoir des « équipements en commun, pour améliorer les conditions de vie étudiantes et enseignantes ». En attendant, les discussions se poursuivent et un conseil d’administration se tiendra le 4 décembre prochain pour décider de la mise en place du fameux campus.
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