Beaux-Arts de Paris

David, Matisse, César… Que faisaient les grands artistes quand ils étaient élèves aux Beaux-Arts ?

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Comment peignait Delacroix quand il était jeune ? À quoi ressemble un Cézanne à ses débuts ? Pour le savoir, filez aux Beaux-Arts de Paris ! Une grande exposition y dévoile actuellement les œuvres de ses anciens élèves. Une leçon magistrale en 260 œuvres dont nous avons sorti quelques savoureux exemples.

De Jacques-Louis David à César, de Georges Seurat à Louise Bourgeois, d’Henri Matisse à Ellsworth Kelly, en passant par Pierre Soulages, Daniel Buren, Bernard Buffet, Gina Pane… L’exposition « Souvenirs de jeunesse » revient sur deux siècles d’enseignement des Beaux-Arts de Paris, où sont passés plusieurs dizaines de milliers d’aspirants artistes.

Offrant quelques trouvailles singulières (et quantité de nus masculins), l’accrochage convoque plus de 260 œuvres et documents provenant des collections des Beaux-Arts de Paris et d’une trentaine de prêteurs. Entre prix, concours et vie d’atelier, c’est une plongée foisonnante au cœur de l’histoire de l’art et de la transmission entre maître et élève. Morceaux choisis parmi des noms passés à la postérité.

1. La souffrance du jeune David, recalé du prix de Rome

Jacques-Louis David, La Douleur
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Jacques-Louis David, La Douleur, 1773

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Pastel • 53,5 × 41 cm • © Beaux-Arts de Paris

Qu’il a souffert Jacques-Louis David (1748–1825) pour devenir artiste ! Cette Douleur à la pierre noire, rehaussée de pastel, paraît refléter son sentiment trouble au sein de l’Académie. Remarquée au concours de la tête d’expression de 1773, cette figure est une consolation après son deuxième échec, la même année, au prix de Rome – dont les lauréats accédaient à une bourse royale finançant leur séjour à l’Académie de France à Rome. Son premier échec en 1772, au bout des quatre mois de travail acharné, avait été tellement violent que David songea à mettre fin à ses jours. La quatrième tentative, en 1774, sera la bonne. Revenu de Rome, David ouvre son atelier où il institue, contrairement à l’enseignement de l’Académie, un rapport qui développe le talent personnel de l’élève. En 1793, David obtient la suppression de l’Académie royale de peinture et de sculpture, selon lui « dernier refuge de toutes les aristocraties. »

2. Dans l’atelier de Paul Delaroche, la pépinière des Beaux-Arts

Anonyme, Portrait des élèves de l’atelier Paul Delaroche
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Anonyme, Portrait des élèves de l’atelier Paul Delaroche, 1835–1845

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Huile sur toile • 133 × 143 cm • © CCO Paris Musées / Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, PPP 900

Avant la réforme des Beaux-Arts de Paris en 1863, qui en assouplit les règles, les apprentis peintres partagent leur temps entre séances de copie au Louvre et des cours dans les incontournables ateliers privés. Celui dirigé par Paul Delaroche (1797–1856) depuis 1835, héritier d’Antoine-Jean Gros, est l’un des plus courus de Paris et une vraie pépinière pour les Beaux-Arts. En 1842, 18 % des admis sont passés par ce phalanstère artistique. Ce trombinoscope représente 45 figures, chacune d’une main différente, pour montrer la diversité des élèves. En partant de la gauche, au bord supérieur, on identifie l’orientaliste Jean-Louis Gérôme. S’y trouve aussi le peintre mondain Auguste Toulmouche, le paysagiste François Henri Nazon, ou l’irrévérencieux caricaturiste Cham.

3. Millet ou la tentation du paysage

Jean-François Millet, Saint Jean prêchant dans le désert
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Jean-François Millet, Saint Jean prêchant dans le désert, 1839

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Huile sur toile • 32,5 × 40 cm • Beaux Arts de Paris

Admis à l’École des beaux-arts en 1837, sur les recommandations de Paul Delaroche, Jean-François Millet (1814–1875) n’a pas su à quel saint se vouer en tentant le prix de Rome dans les deux années qui suivirent – sans succès ! Le futur maître de Barbizon franchit toutefois la première étape du concours de 1839, avec le sujet tiré au sort de « la prédication de saint Jean-Baptiste ». Ici le traitement du paysage, sombre et tourmenté, témoigne de ses heures passées à copier Le Concert champêtre de Titien au Louvre. De cette période, son ami Alfred Sensier note « un peintre qui bégaye de belles choses ».

4. Gustave Moreau, l’élève devenu maître

Gustave Moreau, La Mort
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Gustave Moreau, La Mort, 1848

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Huile sur toile • 32,4 × 40 cm • Paris, musée Gustave Moreau

À même pas 20 ans, il montrait déjà de sérieuses aptitudes pour le dessin. Gustave Moreau (1826–1898) est à bonne école dans l’atelier renommé de François-Édouard Picot, lui-même ayant appris avec Jacques-Louis David. Admis à l’École en 1847, Gustave Moreau reçoit des médailles d’encouragement pour ses compositions. Il tente aussi le concours du prix de Rome par deux fois. En 1848, le thème est la « mort de Démosthène », héros grec qui s’est empoisonné pour échapper à ses ennemis. Cette huile, faisant partie de ses exercices dans l’atelier de Picot, laisse planer le drame dans les couleurs. Pas suffisant, Moreau échoue au concours. Ce qui ne l’empêchera pas plus tard de devenir le pédagogue le plus apprécié de l’École !

5. Le nu pas très convaincant de Matisse

Henri Matisse, Nu debout
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Henri Matisse, Nu debout, 1892

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Fusain sur papier • © Succession Henri Matisse

C’est sur les recommandations de William Bouguereau et de Gabriel Ferrier, dont il a fréquenté les ateliers, que Henri Matisse (1869–1954) se présente au concours d’entrée de l’École des beaux-arts en 1892. Mais son Homme nu debout au fusain ne satisfait pas le jury. Celui-ci, composé en majorité d’académiciens, n’a que peu goûté les libertés prises dans les proportions. Recalé, Matisse s’inscrit à l’École des arts décoratifs où il rencontrera Albert Marquet et Henri Manguin, acteurs du fauvisme dont il sera le chef de file. En 1893, Matisse finit par rejoindre l’atelier libre de Gustave Moreau aux Beaux-Arts. Il se plaît tellement dans l’établissement qu’il faut le pousser vers la sortie en 1900 : à 31 ans, Matisse avait dépassé la limite d’âge…

6. L’esturgeon soudé de César

César Baldaccini, Esturgeon
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César Baldaccini, Esturgeon, 1954

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Fer forgé et soudé • 81 × 340 × 58 cm • Paris, Centre Pompidou • © SBJ / Adagp, Paris

Pour repousser son service militaire obligatoire, César (1921–1998), après avoir fréquenté les Beaux-Arts de Marseille, réussit en 1943 le concours d’entrée à Paris. Il fréquentera à l’École tous les ateliers de sculpture durant la dizaine d’années passées rue Bonaparte. Sa scolarité est marquée par un renvoi en 1952 alors qu’il est Grand Massier des sculpteurs. En 1954, César est récompensé du prix des Trois Arts (collaboration entre élèves architectes, peintres et sculpteurs) pour cet esturgeon en métal de récupération soudé, destiné à orner temporairement une ville portuaire. Cette œuvre acquise par l’État signe la première reconnaissance du sculpteur, lequel revient en 1970 aux Beaux-Arts comme chef d’atelier.

7. Le surprenant nu féminin d’Ellsworth Kelly

Ellsworth Kelly, Nude
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Ellsworth Kelly, Nude, 1949

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Huile sur toile • © Ellsworth Kelly Studio and Jack Shear © Allsworth Kelly Foundation

Mobilisé en 1943, l’Américain Ellsworth Kelly (1923–2015) est soldat dans la capitale en juin 1944. Il y revient en 1948 et s’inscrit aux Beaux-Arts. S’il fréquente assez peu les lieux, sa présence apparaît encore dans les registres en 1950–1951. Kelly y produit deux peintures dont ce nu féminin de 1949 qu’il a conservé et qui détonne sérieusement dans l’œuvre du futur maître de l’abstraction minimale. Aux Beaux-Arts, Kelly en profite pour s’essayer à la lithographie où l’on décèle sa recherche de formes élémentaires.

8. Les carnets aquarellés de Gina Pane

Gina Pane, Carnet « lavis-aquarelle »
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Gina Pane, Carnet « lavis-aquarelle », 1963

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Aquarelle • © Gina Pane, Adagp, Paris, 2024 / photo. Archives Mannour / Courtesy Anne Marchand and Mennour, Paris

De 1960 à 1966, Gina Pane (1939–1990) fréquente l’atelier de Jean Souverbie, grand décorateur et professeur émérite des Beaux-Arts, puis d’Edmée Larnaudie, ancienne élève de Maurice Denis. Quelques carnets de 1963 témoignent de cet apprentissage, entre portrait au fusain ou au pastel, mais aussi études de paysages à l’aquarelle. Plusieurs pages montrent des agencements plus abstraits et sa quête du rapport à l’espace et à la couleur.

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Souvenirs de jeunesse - Entrer aux Beaux-Arts de Paris 1780 - 1980

Du 16 octobre 2024 au 12 janvier 2025

beauxartsparis.fr

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