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Un projet de mosaïque géante pour dénoncer les abus sexuels au sein de l’Église catholique lancé par l’artiste sœur Samuelle

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Sœur Samuelle lors du tournage de “La Symphonie des tesselles”, de Quentin Delcourt, dans l’Aube, le 21 avril 2025.
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Sœur Samuelle lors du tournage de “La Symphonie des tesselles”, de Quentin Delcourt, dans l’Aube, le 21 avril 2025.

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© IRRIX Films

Victime du prêtre jésuite et célèbre mosaïste slovène Marko Rupnik, accusé de violences sexuelles et psychologiques par une quarantaine de femmes, l’artiste et religieuse sœur Samuelle a annoncé ce lundi 21 avril, conjointement avec le cinéaste Quentin Delcourt, le lancement d’un projet réparateur intitulé Renaissance : une mosaïque géante créée collectivement avec d’autres victimes afin de dénoncer les nombreux abus sexuels au sein de l’Église catholique,  souvent étouffés par la hiérarchie.

La nouvelle a été communiquée quelques heures après la mort du pape François, à qui beaucoup (dont sœur Samuelle) ont reproché d’avoir couvert des prédateurs (parmi lesquels Rupnik, qui n’a été que temporairement excommunié en réponse au scandale) et fait montre d’une attitude ambiguë sur le sujet. Un timing qui dote le projet d’une force médiatique particulière. Mais l’artiste et le cinéaste insistent sur le fait qu’il s’agit d’une pure coïncidence : ils avaient en effet déjà, avant le décès du pontife, choisi la date du lundi de Pâques, en symbole de résurrection.

Une œuvre collaborative destinée à être répartie dans le monde entier

L’idée : une mosaïque géante de 50 m², dont sœur Samuelle a déjà réalisé le dessin, et que composeront ensemble une dizaine de religieuses et religieux victimes d’abus au sein de l’Église catholique, avec l’aide de journalistes, d’avocats et d’amis sympathisants de leur cause.

L’œuvre, qui représentera des chemins de terre asséchée, prolongés par des lignes ondulantes, symboles de libération et d’espoir, sera ensuite découpée en 200 morceaux, dans l’idée de pouvoir les déposer de façon permanente dans des lieux saints décorés par Marko Rupnik.

Religieuse et artiste mosaïste

Née en 1976, sœur Samuelle a la particularité d’être à la fois nonne (qui a fait le choix de mener une vie d’ermite dans le diocèse de Troyes, dans l’Aube, depuis 2014) et artiste, représentée par la galerie Durst. Formée à l’ébénisterie à l’école Boulle, puis à la mosaïque pendant dix ans à Rome – où elle a étudié de 2010 à 2014 dans l’atelier de Rupnik, le Centre Aletti –, et forte de sa participation à de nombreux chantiers de restauration d’églises, elle crée des mosaïques abstraites constituées de bois, d’ardoise ou d’or, ainsi que des sculptures minimalistes faites de rondins de bois soigneusement et partiellement recouverts de feuille d’or bruni à la pierre d’agate.

Sœur Samuelle avait gardé sous silence son traumatisme jusqu’à ce qu’une autre femme, Gloria Branciani, accuse Rupnik en 2022. Elle avait alors pris la parole en 2023 et rencontré le cinéaste Quentin Delcourt, qui lui a conseillé fin 2024 de se lancer dans une œuvre qui pourrait aider à la reconstruction.

Un film pour documenter le projet

« J’ai accepté, parce que la réparation que j’attendais de la part de l’Église ne venait pas, et je me suis dit que peut-être cela ne viendrait jamais », explique sœur Samuelle, citée dans Le Monde. Sa libération est également artistique. « L’art de Rupnik est indissociable d’une prédation. Pendant des années, Rupnik m’a dit que je ne pouvais rien faire sans lui, souligne-t-elle. Avec ce projet, je me dis : ‘Je peux être sans toi, je peux faire sans toi.’ »

Sœur Samuelle lors du tournage de « La Symphonie des tesselles », de Quentin Delcourt, dans l’Aube, le 21 avril 2025.
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Sœur Samuelle lors du tournage de « La Symphonie des tesselles », de Quentin Delcourt, dans l’Aube, le 21 avril 2025.

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© IRRIX Films

Un film du réalisateur Quentin Delcourt, La Symphonie des tesselles, documentera la réalisation de la mosaïque et donnera la parole à des religieuses victimes d’abus. Une opération de financement participatif a également été lancée sur la plateforme Proarti afin de lever les 300 000 euros nécessaires au projet, que le duo souhaiterait idéalement exposer dans un centre d’art en France, en même temps que les œuvres de sœur Elia, une autre religieuse artiste victime d’abus sexuels, décédée en février dernier d’un cancer.

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