Le pape François face aux œuvres de Claire Tabouret dans le pavillon du Vatican à la biennale d’Art contemporain de Venise, 28 avril 2024
© Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP
Ce mardi 22 avril au matin, le Vatican a diffusé les premières images du corps du pape François, né Jorge Mario Bergoglio, reposant dans son cercueil ouvert. Ce dernier sera transféré à la basilique Saint-Pierre de Rome mercredi 23 avril avant ses obsèques ce samedi.
Le décès du souverain pontife, qui a succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC) ce lundi 21 avril au matin, en pleine fête de Pâques, à l’âge de 88 ans, a provoqué une vague d’émotion dans le monde, chez les fidèles mais aussi ceux qui appréciaient son engagement en faveur des démunis, de la paix et de l’environnement. Un certain progressisme qui s’était également exprimé à travers son implication particulière dans le domaine des arts.
« L’art n’est pas une fuite » mais « une responsabilité, un appel à l’action, un avertissement, un cri. Le monde a besoin d’artistes prophétiques, d’intellectuels courageux, de créateurs de culture ».
En avril 2024, l’Argentin avait marqué les esprits en devenant le premier pontife de l’histoire à visiter la Biennale de Venise, célèbre rendez-vous de l’art contemporain créé en 1895. Il y avait découvert l’exposition du pavillon du Saint-Siège, « De mes propres yeux », installée dans une prison pour femmes encore en activité sur l’île de la Giudecca. Conçue sous l’égide de Chiara Parisi (directrice du Centre Pompidou-Metz) et de Bruno Racine (directeur du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana), celle-ci rassemblait des œuvres d’artistes comme Maurizio Cattelan, Claire Tabouret et Simone Fattal, élaborées en collaboration avec les détenues.
Le pape François prononçant son discours à l’intérieur de la prison pour femmes qui accueille le pavillon du Vatican de la Biennale de Venise, 28 avril 2024
© Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP
Auteur d’un livre sur sa vision en la matière (Le Pape François – Mon idée de l’art, 2015, Mondadori/Éditions des musées du Vatican), écrit avec Tiziana Lupi et adapté en documentaire, le Saint-Père insistait sur l’importance d’ouvrir les portes des musées de l’Église au public le plus large possible, notamment aux jeunes et aux plus démunis, se posant ainsi en défenseur de la démocratisation culturelle. Dans cet ouvrage, il avertissait également contre les dérives du marché de l’art, apte selon lui à corrompre la « créativité » et « l’innocence » en dictant sa loi. En 2023, il s’était aussi démarqué en annonçant sa décision de restituer à la Grèce trois fragments des marbres du Parthénon conservés au Vatican, se positionnant ainsi en faveur de la restitution des biens artistiques pillés, alors que le British Museum refuse toujours de rendre les siens à Athènes.
« L’art n’est pas un luxe » mais « une nécessité de l’esprit », avait déclaré l’Argentin en février dernier lors du jubilé des artistes à Rome. « Il n’est pas une fuite » mais « une responsabilité, un appel à l’action, un avertissement, un cri. Le monde a besoin d’artistes prophétiques, d’intellectuels courageux, de créateurs de culture », avait-il poursuivi, exhortant les esprits créatifs à « ne jamais cesser de chercher, de questionner, de risquer ».
Le Saint-Père se révélait aussi très sensible à la peinture de Marc Chagall, son tableau favori étant la Crucifixion blanche, dont il admirait la sérénité nimbée d’espérance.
Toujours dans ce discours, le pape avait affirmé que les artistes sont « les gardiens de la beauté qui savent se pencher sur les blessures du monde, […] écouter le cri des pauvres, des souffrants, […] des persécutés, des réfugiés » et que leur mission n’est « pas seulement de créer de la beauté, mais de révéler la vérité, […] de donner une voix aux sans-voix, de transformer la douleur en espérance ». « Votre don n’est pas un hasard, c’est une vocation. Répondez avec générosité, avec passion, avec amour », avait-il ajouté.
Deux ans plus tôt, en février 2023, le pape avait également reçu en audience les membres de la fondation italienne Ente dello Spettacolo, engagée dans la diffusion et la valorisation de la culture cinématographique en Italie. Dans son discours, il avait attribué aux artistes le devoir de « raviver l’émerveillement », sans lequel « il n’y a pas de foi ».
Lecteur assidu d’Hölderlin et de Dostoïevski, et grand amateur du film Andreï Roublev du cinéaste soviétique Andreï Tarkovski (1966) – biopic avant-gardiste (considéré comme l’un des meilleurs du genre) d’un mystérieux moine russe peintre d’icônes ayant vécu au XIVe siècle –, le Saint-Père se révélait aussi très sensible à la peinture de Marc Chagall, son tableau favori étant la Crucifixion blanche (1938), dont il admirait la sérénité nimbée d’espérance.
Portrait du Pape François à la Cathédrale Saint-Jean de Varsovie
Photographie couleur • © Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Après ses funérailles, les cardinaux réunis en conclave devront élire son successeur. Parmi les favoris souvent cités, figurent deux amoureux des arts. En particulier, le cardinal français Jean-Marc Aveline (né en 1958), archevêque de Marseille, qui valorise le patrimoine méditerranéen et perçoit l’art comme un vecteur essentiel de compréhension mutuelle entre les cultures, et comme un moyen d’expression de la foi. Autre successeur potentiel, le cardinal italien Matteo Maria Zuppi (né en 1955), archevêque de Bologne, qui soutient les initiatives culturelles dans sa ville et reconnaît l’importance de l’art dans la vie spirituelle.
Malgré cette ouverture à l’art contemporain qui contribue à renforcer sa nouvelle image progressiste, l’Église catholique perd chaque année de nombreux fidèles (500 000 rien qu’en Allemagne en 2022). Cette désaffection s’explique notamment par des positions jugées encore trop rétrogrades. Choqués par les paroles du pape François prononcées en septembre 2024 en Belgique concernant le rôle de la femme (circonscrit à celui d’épouse et de mère) et l’avortement (les médecins le pratiquant ayant été qualifiés de « tueurs à gages »), plusieurs centaines de Belges avaient ainsi entamé des démarches pour se débaptiser. L’Église se trouve dans une position délicate, entre la nécessité de ne pas s’aliéner sa base conservatrice et le besoin crucial d’évoluer avec son temps, au sein d’une société marquée par des fractures idéologiques de plus en plus profondes.
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