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Vue du siège social de l’entreprise GA Smart Building
©11h45
On connaissait la construction hors sol, l’érection de bâtiments dénués de tout rapport avec leur contexte. Il va maintenant falloir faire avec la construction hors site. Sous cette dénomination obscure se cache en vérité une scie de la discipline : la préfabrication. À l’horizon 2035, 50 % des édifices devraient en être les fruits, et ce pour une raison a priori non contestable : la réduction drastique de l’empreinte carbone des chantiers.
En confiant aux architectes le soin d’assembler sur place des poutres, poteaux, portes, murs, fenêtres, escaliers et autres balcons réalisés en usines, on sacralise le chantier sec. Fini le coulage du béton, la ronde des camions toupies, les nuisances sonores, la poussière et la boue, les accidents du travail… Sauf que vertu n’est pas talent et que l’urbanisme en kit a des allures de toc. Exemple.
Courageux, voire téméraire, l’architecte Orash Montazami a convié quelques journalistes à découvrir l’immeuble Niwa (« jardin » en japonais), siège social de l’entreprise GA Smart Building, édifié par ses soins en collaboration avec la très bonne agence japonaise Tezuka Architects. L’affiche était alléchante, et d’abord par son site. L’édifice s’élève dans le nouveau quartier universitaire toulousain de Montaudran qui se déploie sur 3 000 m2 le long de l’ancienne piste d’atterrissage de l’Aéropostale, longue de 2,2 km.
Vue du siège social de l’entreprise GA Smart Building
À Toulouse, dans le quartier de Montaudran en pleine mutation, le siège social de GA Smart
Building sert de vitrine à l’activité de l’entreprise :
il a été réalisé selon le principe de la construction
hors site (modélisation, fabrication, assemblage).
© 11h45
Rebaptisée « piste des Géants », cette avenue d’asphalte est la colonne vertébrale d’un quartier dont le plan directeur confié à David Mangin défrise d’entrée. Car en sus d’un immeuble récent assez raté du même Mangin, ce dernier a décidé de végétaliser des portions de la piste, cassant ainsi sa dorsale. Quand on se souvient du soin qu’avait mis Lina Ghotmeh à caler sous une piste d’aviation le Musée national estonien, à Tartu, on se pince. Or donc, dans ce secteur en plein boom, voici le siège d’une société dont l’activité justement est de fabriquer des éléments d’architecture hors site.
L’immeuble, davantage qu’un siège social, est selon ses utilisateurs « un démonstrateur » – comprenez un showroom en version XXL. Et de fait, dans ce bâtiment d’assemblage, tout sent son Lego. En dépit de qualités multiples – diversités des façades, compacité du projet pour dégager des surfaces de jardin, éclairage naturel par les quatre façades, jonction subtile au territoire, espaces intérieurs vastes et lumineux, performances énergétiques –, l’impression générale est… comment dire… sous blister.
Si demain ce procédé devient la norme, on peut s’attendre à voir bourgeonner des villes sans âme.
Dans ce hors site, l’individu se sent légèrement hors sujet, vaguement Playmobil. Et ce n’est pas une bonne nouvelle car si demain ce procédé devient la norme pour les raisons vertueuses susdites, on peut s’attendre à voir bourgeonner des villes sans âme. La vie a besoin de surprises non cataloguées et, pour mesurer le temps, rien de mieux parfois qu’une porte qui grince. Bref, il fut un temps où la préfabrication était affaire d’architectes. Les balcons des immeubles haussmanniens étaient préfabriqués mais leurs auteurs étaient multiples et les variations signées par ces maîtres d’œuvre, audacieuses.
Demain, on peut craindre que des architectes aux ordres soient sommés de piocher dans des catalogues les éléments de leurs projets. Aussi, et pour conclure avec optimisme, disons que Studio Montazami et Tezuka Architects ont à Toulouse essuyé les plâtres (il y en avait fort peu). Ils ont fait du mieux possible et leur performance est à saluer car elle doit nous servir d’avertissement. Un futur cuisiné sur catalogue aura toujours un fumet micro-ondes.
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