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Huit ans de travaux ont été nécessaires pour cette gare emblématique du Grand Paris Express, qui prévoit 100 000 voyageurs par jour. Pour l’instant, seule la ligne 14 y passe, en attendant la 15 Sud, prévue fin 2026.
© Photo Directrice : Dominique Thomas Michel Denancé
Un gratte-ciel à l’envers. C’est ainsi que Dominique Perrault a présenté la nouvelle gare de métro Villejuif-Gustave Roussy (Val-de-Marne) dont il est l’auteur. Si le vide est une matière, alors la métaphore prend tout son sens car, bardée de ses 32 escalators, cette cathédrale de métal à des allures de gouffre et de forage.
Tête en bas, l’édifice présente des parois réfléchissantes qui simultanément dynamisent et donnent le vertige. Loin des stations obscures éclairées à l’électrique, ce hub gigantesque use d’abord des éléments naturels comme d’un matériau. Couvert d’une verrière, il se douche d’une lumière qui s’épanche en cataractes sur l’architecture.
De projet en projet, l’architecte de la Très Grande Bibliothèque creuse un peu plus le sillon de l’underground qu’il a rebaptisé « groundscape ». Parkings souterrains, cryptes et tunnels, rien n’échappe à sa logique obsessionnelle d’une architecture qui se déploierait en creux, verticalement. Mises en pratique à Villejuif, ses recherches ont trouvé dans la topographie locale l’occasion de prendre corps car cette gare est par nécessité l’une des plus profondes qui soient en France.
50 mètres d’abîme, de quoi disposer une série d’anneaux superposés reliés les uns aux autres sur neuf étages enterrés. Magie de l’ensemble, la verrière plissée façon Issey Miyake, décollée du mur d’enceinte et tendue par des câbles, autorise une ventilation naturelle et supprime toute nécessité de désenfumage.
Rien que cette petite prouesse aura nécessité l’écriture d’un document de 160 pages. Couverte d’ETFE, un matériau translucide et résistant, cette coupole aux allures de parapluie offre aux 100 000 usagers par jour un accès visuel direct sur le ciel, une appréhension immédiate des conditions atmosphériques. Soleil ou pluie, neige ou grésil… : une météo à vue d’œil.
Ce projet titanesque à la silhouette légère se résume d’une image, celle de la roue de vélo.
Sise au ras du château fort de l’Institut Gustave-Roussy spécialisé dans le traitement du cancer, la géométrie de la gare rassure. Sa circularité de pavillon doté d’entrées multiples disposées en périphérie en fait un cœur palpitant, accueillant. Le fonctionnalisme a guidé sa forme car ce cylindre, ce fût de béton de 70 mètres de diamètre est stable et plus encore économe en matériau.
Cocon, son vide central de 40 mètres de diamètre est ceinturé d’une bande technique de 20 mètres de large, invisible pour le commun des mortels. Certains vilipendent un usage excessif de l’inox lissé, maillé, perforé, poli miroir, satiné… trop de gris en somme, trop de froidure en résumé. Il est vrai qu’avec tous les commerces des deux premiers niveaux accessibles sans billet mais encore clos pour l’instant, l’ambiance peut rappeler les scènes inaugurales du film Buffet froid. Gageons que l’agitation future en atténuera la sévérité. Les passagers auront alors tout loisir d’ajouter au décor nickelé les couleurs de leurs vêtements réfléchis par le métal.
S’il sourd de cette architecture une impression de sérénité, c’est que l’acoustique y est exceptionnelle. La finesse de cette gare engloutie se ressent au silence qui la berce. Les matériaux en sont responsables. L’artiste chilien Iván Navarro est venu ajouter à l’architecture ses 58 caissons lumineux. Les éclairages de Gaëlle Lauriot-Prévost complètent le dispositif.
En vérité, pour souder entre elles les lignes de métro se trouvant ici à des hauteurs différentes, ce projet titanesque à la silhouette légère se résume d’une image, celle de la roue de vélo. Dominique Perrault avait déjà usé de sa simplicité pour ériger un vélodrome à Munich. Ici, un coup de crayon suffirait encore pour résumer l’entreprise. Il ferait surgir un trou, un cône inversé, des escaliers baignés de lumière.
Quand l’extrême complexité d’un projet peut tenir sur un ticket de métro, c’est que le volume de travail investi dans l’opération est gigantesque. On le reconnaîtra sans crier gare.
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