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Grande figure méconnue de la « street photography », Vivian Maier (1926–2009) fut un talent discret. Photographe « amateur » de la vie aux États-Unis, mais aussi dans d’autres villes du monde, elle a immortalisé le théâtre de la rue peuplé d’enfants, de marginaux ou de personnes âgées anonymes. Son œuvre, riche de 120 000 images, dessine un autoportrait en creux d’une femme qui fut aussi gouvernante d’enfants à New York puis Chicago dans les années 50. En partie d’origine française, Vivian Maier a vécu plusieurs années dans la région des Hautes-Alpes. Son œuvre humaniste, sensible, qui s’inscrit dans la lignée de celles de Doisneau, Willy Ronnis ou Helen Levitt, n’a pourtant été découverte qu’en 2007.
Vivian Maier, Chicago, 1956 (autoportrait)
Tirage argentique • © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY
« Je suppose que rien n’est destiné à durer éternellement. »
Issue d’une famille d’immigrants européens débarquée à Ellis Island, puis naturalisée, Vivian Maier a passé son enfance à New York dans une ambiance cosmopolite. Un grand frère traverse avec elle l’épreuve du divorce de leurs parents. La jeune enfant et sa mère partent s’installer chez une amie française, Jeanne Bertrand, photographe et sculptrice. Cette rencontre est la première de Vivian avec l’œil photographique.
Dans les années 1930, la mère et la fille voyagent jusqu’en France. Elles se rendent dans les Alpes, auprès d’une tante propriétaire du domaine de Beauregard. La petite fille s’y plaît beaucoup. Sa mère la photographie parmi les enfants du village.
En 1938, mère et fille retournent aux États-Unis. Parlant parfaitement le français, Vivian doit se réhabituer à la langue anglaise et se rapproche de sa famille paternelle. Elle commence à travailler comme vendeuse puis comme nourrice pour des familles aisées. Dans les années 1950, sa grand-tante, morte sans enfants, lui lègue son domaine : la jeune femme munie de son passeport décide de retourner en France.
Ayant décidé de vendre le domaine, elle passe le temps en photographiant la région. Seule, elle arpente les chemins, immortalisant à l’aide de son kodak les villageois et les paysans. Très active, elle visite sa famille française et s’éprend du mode de vie des montagnards. Mais la France est une parenthèse enchantée. En 1951, Maier reprend le bateau pour rejoindre New York. Grâce à l’argent de la succession, elle peut financer sa passion pour la photographie. Elle devient de nouveau nourrice puis s’installe chez la famille Gensburg où elle obtient le poste de gouvernante auprès de trois enfants : John, Lane et Matthew.
En 1956, Vivian Maier s’établit à Chicago, dont elle photographie les rues et les passants ; puis se lance dans une série de voyages. Amérique centrale, Amérique du Sud, Cuba, le Canada, puis l’Afrique, l’Italie… elle séjourne dans de nombreuses villes du globe.
Revenue à Chicago, elle passe les dernières années de sa vie sans réelles ressources financières. Restée très discrète quant à sa vie et à son œuvre, jamais Vivian Maier n’exposa de son vivant. Tombée dans la misère, la solitude et, semble-t-il, la paranoïa, elle est retrouvée et prise en charge par les enfants Gensburg, jusqu’à son décès en 2009.
Ce n’est qu’en 2007 que son impressionnant corpus de 120 000 images (noir et blanc mais aussi couleurs) est découvert par hasard, par un jeune agent immobilier lors d’une vente aux enchères de photographies anonymes jusque là conservées dans un box dont la location n’était plus payée. Il ne trouvera l’identité de la photographe qu’en 2009, quelques jours après le décès de celle-ci. Depuis lors, l’œuvre de Vivian Maier suscite la fascination et fait l’objet d’expositions, de publications et de documentaires.
Vivian Maier, Chicago, 16 mai 1957
tirage argentique • © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY
Chicago, 16 mai 1957
Vivian Maier affectionne le genre du portrait (ainsi que de l’autoportrait). Il s’agit souvent de gens modestes, de travailleurs, qu’elle photographie avec empathie. Une certaine chaleur se dégage de ce portrait, à l’image peut-être de la rencontre entre le modèle et la photographe. Cette jeune femme noire, élégante, n’est nullement un symbole, l’égérie d’une cause politique (les Noirs souffrent de la ségrégation aux États-Unis dans les années 1950). Elle exprime tout simplement la grâce féminine.
Vivian Maier, Bibliothèque publique de New York, vers 1954
tirage argentique • © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY
Bibliothèque publique de New York, vers 1954
Dans la ville, le regard empathique et humaniste de Vivian Maier se tourne vers les marginaux, les minorités autant que vers les représentants des classes privilégiées. Dans leur solitude, leur fuite, leur empressement ou leur égarement, elle leur rend un fond commun d’humanité. Ici, le profil d’une beauté élégante, digne d’une star hollywoodienne, est saisi au vol par la photographe. Où va-t-elle ? Quelle est sa vie ? La photographie déclenche un récit fictionnel qui n’appartient qu’au spectateur.
Vivian Maier, New York, 1953
tirage argentique • © Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY
New York, 1953
Le thème de l’enfance – comme le procédé du miroir – est omniprésent dans l’œuvre de Vivian Maier. Jouant dans les rues, parfois effarés ou stoïques, les enfants sont rarement représentés avec des adultes. Elle capture souvent la complicité qui naît instinctivement entre les enfants, leurs peines, leurs joies, leurs jeux. Son attirance pour ce thème peut être liée au souvenir de sa propre enfance, mais aussi à son expérience de gouvernante.
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