Série – Ces questions que vous vous posez sur l’art

Y a-t-il vraiment des « faux » dans les musées ?

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Cette question, qui taraude parfois les visiteurs, met mal à l’aise la plupart des institutions. Ce que nous voyons dans les musées est-il toujours authentique ? À l’occasion de notre série de rentrée qui répond à toutes ces questions que vous vous posez sur l’art, on vous donne un petit aperçu de la situation.
Han van Meegeren, Les Disciples d’Emmaüs
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Han van Meegeren, Les Disciples d’Emmaüs, 1937

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En 1937, le directeur du musée Boijmans, Dirk Hannema, achète l’œuvre qu’il croit être de Vermeer pour 540 000 florins et l’expose comme un fleuron de sa collection. Elle est en réalité de la main du célèbre faussaire Han Van Meegeren.

Huile sur toile • 115 × 127 cm • Coll. Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam • © GL Archive / Alamy / hemis

Autant le dire tout de suite : il y a bel et bien des faux dans les musées ! Mais n’allez pas non plus imaginer que les collections patrimoniales sont truffées de contrefaçons. Si les chiffres demeurent très difficiles à établir et à vérifier, l’historien de l’art américain Noah Charney, auteur de plusieurs essais et fictions sur la contrefaçon en art, avance toutefois le score rassurant de 95 % d’œuvres authentiques exposées dans les grands musées.

Les faux peuvent se nicher partout, toutes époques confondues. Le phénomène existe depuis l’Antiquité, où des filous s’employaient à tromper… En témoignent des inscriptions cunéiformes mentionnant quelques tentatives de faire passer du verre coloré pour du lapis-lazuli.

Copie or not copie ?

Kouros
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Kouros, vers 530 avant notre ère (et périodes plus modernes)

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Marbre • 206 × 54,6 cm • Coll. Getty Museum, Los Angeles

Très prisés des faussaires, les pièces archéologiques en toc sont légion et parviennent à blouser les plus grands experts ! Exemple des plus retentissants avec le J. Paul Getty Museum de Los Angeles acquéreur en 1985 d’un magnifique kouros pour 9 millions de dollars, lequel s’est depuis avéré plus que douteux.

L’ampleur du phénomène varie considérablement selon le musée et le types d’œuvres. Sans parler d’authenticité, certaines pièces, comme les tableaux anciens, peuvent aussi soulever des problèmes d’attribution. Il n’est pas rare en effet qu’une peinture que l’on croyait de la main de tel ou tel maître soit réattribuée à un autre artiste ou à son atelier : la copie est une pratique artistique très ancienne et brouille parfois les pistes.

Pour l’appât du gain, les grands peintres sont particulièrement ciblés par les faussaires. Parmi eux, on retrouve des signatures telles celles de Vincent van Gogh, Auguste Renoir, Salvador Dalí, Pablo Picasso, Paul Klee, Marc Chagall et Henri Matisse… Un ancien faussaire comme Guy Ribes – maître en la matière déclarant à son actif plus d’un millier de faux – affirme que certains de ses Degas trôneraient actuellement dans les musées anglais. Affirmation difficile à vérifier mais qui sème le trouble…

Des scandales à Versailles comme à Elne

À l’autre bout du spectre, les maîtres plus confidentiels constituent également des -proies idéales ; au détriment de musées comme celui consacré au peintre paysagiste Étienne Terrus (1857–1922), à Elne, en région Occitanie. En 2018, le musée Étienne Terrus découvrait que plus de la moitié de sa collection était composée de faux. Sur 142 œuvres, 82 s’avéraient être des contrefaçons : scandale dans le monde de l’art alors que près de 160 000 euros avaient été déboursés pour acquérir ces peintures, dessins et aquarelles attribuées à tort à l’artiste du Roussillon.

Attribué à Étienne Terrus, Vue d’Elne
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Attribué à Étienne Terrus, Vue d’Elne, Fin XIXe siècle

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Huile sur toile • © History and Art Collection / Alamy / hemis

Même les grands musées peuvent se faire berner, à l’instar du château de Versailles. Ce dernier a d’ailleurs été victime d’une escroquerie de faux meubles d’époque acquis entre 2008 et 2015 pour plusieurs millions d’euros. Au centre de l’affaire, Bill Pallot – surnommé « le Père la chaise » et jusqu’alors spécialiste français incontesté du mobilier royal du XVIIIe siècle – a agi avec son complice Bruno Desnoues, un ébéniste et meilleur ouvrier de France du Faubourg Saint-Antoine, à Paris.

Une question abordée désormais par les musées

Généralement réticents à aborder ouvertement la question des faux dans leurs collections, les musées commencent à traiter le sujet avec plus de transparence. Certains prennent même le sujet à bras-le-corps. Comme l’ont fait le musée national de la Renaissance, à Écouen, et le Louvre en 2022 en menant une vaste enquête sur les verres émaillés vénitiens du XVe siècle de leur collection. Devinez ? Après analyse du laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), les résultats ont révélé de nombreuses contrefaçons datant du XIXe siècle ! Le fruit de ces découvertes a donné lieu à une exposition mettant en lumière la difficulté de distinguer les pièces authentiques des imitations.

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