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Des falaises abruptes bordées de forêts et de lacs, des villages de pêcheurs aux façades colorées, un vent salé qui décoiffe sous un soleil de fin d’été, des baleines et des macareux à l’horizon… À l’extrême-est du Canada, Terre-Neuve-et-Labrador ne se résume pas qu’à un décor grandiose. C’est un territoire habité, où l’art contemporain se frotte à la rudesse des éléments et où la mémoire autochtone reprend toute sa place.
De la Biennale de Bonavista aux résidences artistiques de l’île Fogo, en passant par les musées et galeries de St. John’s, chaque étape témoigne d’une histoire marquée par le moratoire sur la pêche à la morue de 1992, qui a profondément bouleversé l’économie de l’île. À seulement cinq heures de vol de Paris, cette île magnétique donne l’impression d’atteindre le bout du monde, au rythme des vagues et du vent. Prêt à embarquer ? Voilà cinq bonnes raisons d’y filer sans attendre.
Melissa Tremblett, Dreaming of caribou, 2025
Structure en plexiglas, aluminium et bois. Vue de l’installation, plateforme de pique-nique de South Bird Island • Photo Brian Ricks / Courtesy Bonavista Biennale
Sur la côte est, à trois heures de route de la capitale St. John’s, la Biennale d’art contemporain de Bonavista, qui s’est tenue cette année du 16 août au 14 septembre, ne ressemble à aucune autre. Ici, pas de pavillons alignés ni de têtes d’affiche tapageuses. L’expérience se vit en voiture ou à pied entre une vingtaine de lieux – salle communautaire, ancien magasin de sel, pré face à l’océan – le long de 165 kilomètres de côtes spectaculaires. Cette 5e édition, orchestrée par Rose Bouthillier et la commissaire inuite Heather Igloliorte, s’est déployée comme un vaste « jeu de ficelles » (« String Games »), tissant des liens entre œuvres, habitants et visiteurs. Au fil de la visite, le public pouvait découvrir les photographies granuleuses du Groenlandais Inuuteq Storch, les paysages intimes du Terre-Neuvien Ethan Murphy, ou encore Dreaming of Caribou, la sculpture en bois et plexiglas de l’artiste innue Melissa Tremblett, installée sur une aire de pique-nique face à la mer. Une biennale pensée comme un geste collectif, une résistance à l’oubli.
Biennale de Bonavista
Prochaine édition en 2027
Plus d’informations sur le site de la Biennale de Bonavista
Réserve écologique de Mistaken Point
Photo Barrett & MacKay Photography / © Mistaken Point Ambassadors Inc / UNESCO
Les paysages de Terre-Neuve-et-Labrador suffisent à donner le vertige. Sur la péninsule de Bonavista, le Discovery UNESCO Global Geopark se lit comme un livre ouvert sur l’histoire de la Terre. Plus au sud, dans la péninsule d’Avalon, Mistaken Point, site classé à l’UNESCO, aligne 17 kilomètres de falaises battues par les vents : on y marche en chaussettes sur les plus anciens fossiles multicellulaires connus. Et si vous avez encore des jambes, cap au nord vers le parc national du Gros-Morne, lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, avec ses fjords glaciaires, ses tourbières et ses montagnes plissées. Une leçon de géologie grandeur nature.
Discovery Global Geopark
Bonavista, Terre-Neuve-et-Labrador, Canada
Plus d’informations sur le site du Discovery Global Geopark
Mistaken Point
77 Main Road, Portugal Cove South, le long de la route 10 (Irish Loop), Terre-Neuve-et-Labrador, Canada
Plus d’informations sur le site du Mistaken Point
Parc national du Gros-Morne
Terre-Neuve-et-Labrador, Canada
Plus d’informations sur le site du parc national du Gros-Morne
Le centre ville de St John’s en été
© DSJ Photography
Perchée au nord-est de la péninsule d’Avalon, St. John’s est l’une des plus vieilles villes d’Amérique du Nord. Nichée dans une baie en forme de fjord, reliée à la mer par un étroit chenal, elle séduit au premier coup d’œil. Depuis Signal Hill, qui garde l’entrée du port, la vue embrasse les maisons multicolores surnommées « Jellybean Row », ainsi que le port animé et l’océan infini. Redescendez flâner sur le front de mer, entre marchés, bateaux et demeures en bois patinées par le temps. Poussez ensuite jusqu’à Cape Spear, à 11 km de là. Son phare de 1836, le plus ancien de Terre-Neuve, veille toujours sur la pointe la plus orientale du continent. Ici, face à l’Atlantique, on a vraiment l’impression d’être au bout du monde.
St. John’s
Plus d’informations sur le site touristique Destination St. John’s
Squish Studio de Saunder Architecture, Fogo Island
Photo Alex Fradkin / Fogo Island Arts
L’isolement a parfois du bon : ici, les artistes ont tout le temps et l’espace pour expérimenter. Sur l’île Fogo, les résidences de Fogo Island Arts – projet de la fondation Shorefast –, abritées dans des architectures design posées face à l’océan, accueillent des créateurs du monde entier. Jusqu’au 31 octobre, Sharon Lockhart y présente Windward, une installation filmique qui capte la lumière des paysages dans un silence presque sacré. À St. John’s, Eastern Edge Gallery, premier artist-run space de la province, s’agite au rythme d’expositions toujours engagées. Enfin, pour les voyageurs curieux, la Grenfell Art Gallery, située sur le campus de l’Université Memorial à Corner Brook, huit heures plus à l’ouest, propose des expositions audacieuses sur les enjeux de territoire et d’identité, au cœur des terres traditionnelles micmacs.
Spirit Song Festival, une célébration des arts et de la culture autochtones qui a illuminé St. John’s
© DSJ Photography
À St. John’s, impossible de manquer The Rooms, l’imposant musée de la province consacré à l’histoire, au patrimoine et à l’art de Terre-Neuve-et-Labrador. En ce moment, l’artiste inuite Shirley Moorhouse y présente « ᐃᔨ – Eyes », une exposition saisissante où perles, cuir de caribou et broderies racontent l’appartenance, la spiritualité et le lien au territoire. Toujours dans la capitale, le Spirit Song Festival (7–15 novembre 2025) fait résonner la ville au rythme des cultures autochtones, entre concerts, performances et expositions. Ici, l’art est indissociable de la mémoire vivante des Premières Nations, des Métis et des Inuits.
Spirit Song festival
Du 7 au 15 novembre 2025
Plus d’informations sur le site du Spirit Song festival
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