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Un éperon sur le Dijver, célèbre canal de Bruges, tout près de l’hôtel de ville et de la basilique du Saint-Sang
© VisitBruges/JanDHondt
Certaines villes traînent une réputation encombrante. C’est le cas de Bruges, dont les belles demeures de briques aux fenêtres biseautées et les églises pleines de retables renvoient à un passé ancien – le Moyen Âge des marchands drapiers ou la Renaissance des frères Van Eyck. Passé fantasmé aussi : celui de « Bruges la morte », chantée par Georges Rodenbach et les peintres symbolistes, où l’eau noire des canaux, un peu immobile, un peu inquiétante, évoque la décadence et l’épuisement des fins de siècle… La septième ville de Belgique pourrait parfaitement se satisfaire de ce statut. Il lui attire des touristes à foison – plus de 1,7 million de nuitées par an, davantage que toute autre agglomération belge à l’exception de Bruxelles-Capitale. Mais elle en est parfois un peu agacée et voudrait montrer qu’elle sait également être moderne et audacieuse.
C’est avec sa Triennale, organisée depuis 2015, que Bruges est le plus à même de nous surprendre.
Certes, on peut toujours apprécier ses maisons-Dieu et ses musées (notamment le Groeninge et l’ancien hôpital Saint-Jean), longer les canaux jusqu’à Damme et Ostende, acheter la fameuse dentelle, et se bercer des souvenirs glorieux du XIVe siècle quand la toute jeune cité, idéalement placée face à l’embouchure de la Tamise, attirait tous les talents d’Europe : théologiens parisiens, chantres saxons ou banquiers florentins… On peut aussi choisir des chemins de traverse plus originaux – par exemple se recueillir dans les maisons d’artistes, comme celle du poète populaire Guido Gezelle (1830–1899) avec son jardin bucolique, ou Arentshuis, où naquit le peintre anglais Frank Brangwyn (1867–1956).
Mais c’est avec sa Triennale, organisée depuis 2015, que Bruges est le plus à même de nous surprendre. Dans l’introduction à la deuxième édition, le maire, Renaat Landuyt, ne mâche d’ailleurs pas ses mots : « La Triennale Bruges et les pré-triennales revêtent une importance considérable pour la ville, la débarrassant ainsi de sa notion de « patrimoine culturel » et de la perception typique de Bruges. » La thématique choisie, « Ville liquide » (ou « Liquid City » pour être plus politiquement « global ») semble parfaitement adaptée à cette géographie de canaux et de quais. En réalité, elle s’inspire plutôt de la pensée du philosophe polonais Zygmunt Bauman (1925–2017) pour qui la mondialisation donne une fluidité jamais vue aux échanges – source d’opportunités mais également de dangers.
Jarosław Kozakiewicz, BRUG Groenerei, 2018
© Jarosław Kozakiewicz
Si quelques expositions et colloques sont programmés par les commissaires Till-Holger Borchert et Michel Dewilde, ce sont surtout les installations temporaires qui vont donner sa physionomie à l’événement. Il ne s’agit pas que d’esthétique et l’on y pose évidemment des questions de fond, sur la nature, le réchauffement climatique et le développement durable. Comment vivre, par exemple, dans des villes menacées par la montée des eaux ? Peter Van Driessche et l’Atelier 4 proposent des pistes pour un urbanisme amphibie. L’Argentin Tomás Saraceno voit plus haut et imagine des cités volantes… Comment gérer nos montagnes de déchets, qui asphyxient la vie terrestre et marine ? Le Studio KCA de Brooklyn plante, face à la statue de Jan Van Eyck, l’inventeur de la peinture à l’huile qui n’aurait sans doute pas imaginé une humanité aussi déconnectée de son environnement, une baleine bleue faite de déchets récupérés dans l’océan de plastique…
Studio KCA, Skyscraper (The Bruges Whale)
Installé en 2018 sur la place Jan Van Eyck, tout près de l’Aerocene Tower de Tomás Saraceno, le cétacé bondissant se reflète dans le canal Sainte-Anne (St. Annarei).
© StudioKCA
Même si les structures sont vouées à l’éphémère, on n’hésite pas à jouer en grand. Jarosław Kozakiewicz jette un pont à deux pas du Burg, le cœur ancien de Bruges et son hôtel de ville. Le Nigérian Kunlé Adeyemi (longtemps collaborateur de l’agence OMA et Lion d’argent à la Biennale d’architecture de Venise en 2016) ancre son école flottante sur le Minnewater (ou « lac d’Amour »), près du Béguinage dont on goûtera le silence immémorial. Quant à la tour de quinze mètres de John Powers, elle est plantée sur Minneboplein, tout près de l’église Sainte-Anne, dont on ira admirer les stalles de bois sculptées et le choeur tout de marbre. N’est-ce pas ainsi – en invitant à jeter un oeil neuf sur le patrimoine d’autrefois – que le contemporain prend tout son sens ? Forte de son expérience (Capitale européenne de la culture en 2002), Bruges s’essaie avec entrain à lancer ces nécessaires passerelles.
Triennale de Bruges
du 5 mai au 16 septembre
Y aller
En Thalys, depuis Paris-Gare du Nord, une vingtaine de départs par jour
Informations www.visitbruges.be
Se loger
De Tuilerieën
Dijver 7 • 8000 Bruges • +32 50 34 36 91
Élégant boutique-hôtel dans une demeure du XVe siècle, tout près du Burg et à 300 mètres des installations de Ruimteveldwerk (une oasis de silence) et de Peter Van Driessche-Atelier 4.
Van Cleef
Molenmeers 11 • 8000 Bruges • +32 50 34 64 14
Ouvert en 2015 par les anciens animateurs du Pand Hôtel. Décor baroque (sculptures, tentures) avec une touche de déco cosmopolite. Tout près de la tour Lanchals de John Powers.
Se restaurer
De Mangerie
Oude Burg 20 • 8000 Bruges • +32 50 33 93 36
Gastronomie et décor contemporains avec vue sur la cuisine. Classiques belges mâtinés d’exotisme : ceviche de bar de ligne, bouillon de marron, filet de barbue à la noisette…
Huyze Die Maene
Markt 17 • 8000 Bruges • +32 50 33 39 59
En pleine Grand-Place, une adresse historique dont on fait remonter l’ouverture à 1302, où la tradition est logiquement à l’honneur avec <em>waterzooi</em> et croquettes de crevettes.
Triennale de Bruges
Du 5 mai au 16 septembre
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