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Emblématique de la capitale irlandaise, le quartier de Temple Bar regorge de pubs fort sympathiques, qui nous attirent particulièrement le soir venu. Pour le moment, commençons par un breakfast gargantuesque dans l’une des institutions du genre, The Stage Door Cafe. La décoration très kitsch, la bonne humeur des serveurs et l’assiette remplie d’œufs brouillés offrent le viatique nécessaire pour une riche journée de visite. À quelques pas de là, changement de décor radical au sein du Library Project, une librairie-galerie exigeante où bouquins d’architecture côtoient illustrations et tirages photographiques. Très chic, et un poil snob. Avec, juste en face, la Gallery of Photography : sur trois étages et entièrement gratuite, celle-ci propose des expositions temporaires généralement consacrées à des photographes irlandais. Le bâtiment, signé par le cabinet d’architecture O’Donnell + Tuomey, possède une belle façade, façon cadrage géométrique élégant.
The Library Project, Dublin
© Aisling McCoy
Non loin de là, ne manquez pas la cinémathèque locale, le Irish Film Institute. Installé dans un bâtiment du XVIIe siècle réhabilité par O’Donnell + Tuomey (encore eux !), l’institut fait dialoguer lignes contemporaines, hauteur sous plafond vertigineuse et briques anciennes. On y accède par une entrée très discrète suivie d’un long couloir, avant d’atteindre la lumière et la billetterie. Au programme ? Des rétrospectives alléchantes, des festivals de documentaires et de films étrangers, une bibliothèque et… un restaurant très correct, qui nous donne des envies de pauses déjeuner cinéphiles. Pour 18 euros, un plat et une place de cinéma : on n’hésite pas un seul instant à s’accorder ce petit plaisir !
Aujourd’hui riche de près de 3000 peintures et 400 sculptures – sans compter les œuvres d’art graphique et les photographies –, la National Gallery of Ireland fut fondée en 1854 à quelques mètres seulement du prestigieux Trinity College. Elle présente une belle et solide collection d’art européen, somme toute très classique. On y flâne volontiers durant un après-midi entier, s’attardant devant les chefs-d’œuvre de Vermeer (Femme écrivant une lettre et sa servante, 1670–1671), de Goya (sublime Portrait de Doña Antonia Zárate, 1805) et du Caravage (l’Arrestation du Christ, 1602). Envie d’art local ? Les quelques toiles de William John Leech (1881–1968), un peintre irlandais amateur de charmantes scènes de campagne, vous raviront. Et n’oubliez pas de passer par la galerie des portraits, qui fait dialoguer avec génie œuvres académiques, photographies et peintures contemporaines, la plupart irlandaises.
Francisco José de Goya y Lucientes, Portrait de Doña Antonia Zárate, Vers 1805
Huile sur toile • 103.5 × 82 cm • © National Gallery of Ireland
On traversera simplement la rue pour se rendre au Trinity College, emblématique université irlandaise fondée en 1592 par la reine Élisabeth Ière – et, surtout, seul endroit de la ville où vous trouverez des touristes par centaines. On aurait tort de se priver toutefois d’une petite balade au sein de ses bâtiments anciens, où Samuel Beckett fit ses classes. Les quelques étudiants qui révisent au pied des arbres ou jouent au tennis plantent le décor studieux de l’une des plus prestigieuses universités du monde, construite et pensée sur le mode des exemplaires Cambridge et Oxford. L’ancienne bibliothèque (Old Library) se visite pour un prix exorbitant, et cela dans une foule très dense. Longue, entièrement de bois brun, vertigineuse, elle vaut le détour pour admirer le fameux Book of Kells, fabuleux manuscrit illustré du IXe siècle et trésor national.
Vue de la bibliothèque du Trinity College, Dublin
© Mattes René / Hemis
Pour dîner irlandais, dînez tôt. On retournera donc tranquillement vers Temple Bar, épicentre des nuits dublinoises, en levant le nez sur l’architecture géorgienne de la ville. Celle-ci date des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles et doit son nom à la succession des quatre premiers rois anglais qui se prénommaient tous George. Étrangement, une atmosphère joyeuse semble chevillée à la ville. Sous le ciel gris et lourd, que de couleurs ! De la brique partout, des portes bariolées, des motifs fantasques en pierre, des fleurs dégoulinant des rebords de fenêtres, des façades de pubs brillantes – qui semblent avoir été repeintes la veille tant elles sont rutilantes… On s’amusera également à observer les courbes des typographies de ces dernières, lettres dorées qui annoncent le charme d’une soirée au goût de la Guinness locale, et au son de toutes sortes de groupes amateurs. Ah, et pour dîner ? Fish & chips sur un comptoir, n’importe lequel !
Vue du quartier Temple Bar, Dublin
© J-M Emportes
Après une soirée festive, longez calmement les bords joliment aménagés de la Liffey pour vous rendre à un point excentré mais indispensable de Dublin : le musée d’art moderne. Celui-ci est installé dans l’ancien hôpital Royal de Kilmainham, un bâtiment austère construit au XVIIe siècle au cœur d’un parc. Bien plus contemporaines que modernes, ses expositions se tournent vers l’international et n’hésitent pas à mettre en lumière des artistes méconnus. Aussi, événement exceptionnel, le musée a obtenu un prêt de cinquante œuvres du peintre Lucian Freud (1922–2011), sur cinq ans. Résultat ? Le Freud Project, une série d’expositions qui fait dialoguer les toiles de Freud avec les œuvres d’artistes contemporains plus ou moins célèbres. Un coup de maître !
À gauche : vue du musée irlandais d’Art moderne. À droite : vue de l’exposition « Freud Project, The Ethics of Scrutiny »
© Bridgeman Images / © Marc O’Sullivan
Changement total de quartier (mais n’hésitez pas à le faire à pied, Dublin n’étant pas si grande) pour se rendre à la galerie Hugh Lane. Celle-ci a ouvert ses portes en 1908 grâce au jeune marchand d’art Hugh Lane (1875–1915), ce qui fait d’elle la toute première galerie d’art moderne publique. Aujourd’hui, les expositions sont majoritairement consacrées à des artistes contemporains d’origine irlandaise ; surtout, on y visite l’atelier reconstitué du peintre Francis Bacon (1909–1992). Le décor ? Un désordre sans nom ! Les murs sont recouverts de tâches de peinture, le sol est invisible sous les pots empilés, les livres éparpillés et les pinceaux pointant en tous sens… L’artiste semble avoir quitté les lieux à l’instant. Impressionnant.
Reconstitution de l’atelier de Francis Bacon à la Galerie Hugh Lane, Dublin
© Bibikow Walter / Hemis
Dublin cultive particulièrement bien sa réputation de ville littéraire, où sont nés et où ont étudié de grands auteurs tels que Jonathan Swift, James Joyce et Brendan Behan. La ville possède notamment trois statues dédiées à Oscar Wilde dans le parc Merrion Square : celles-ci ont été conçues en 1997 par l’artiste anglais Danny Osborne et révèlent un écrivain ironique, alangui, et entouré de deux corps nus, l’un masculin et l’autre féminin. À cet hommage très sensoriel s’ajoute une indispensable visite, celle du musée des écrivains de Dublin. Il plaira notamment aux amateurs de reliques puisqu’on y trouve, entre autres merveilles, un manuscrit de Jonathan Swift, un exemplaire d’Ulysse dédicacé par James Joyce et la machine à écrire de Brendan Behan. À noter : un autre petit musée est entièrement dédié à James Joyce.
Le musée des Écrivains, Dublin
© M Ramírez / Alamy / Hemis
Il serait impossible de comprendre Dublin, et l’Irlande en général, sans revenir sur la part sombre de son Histoire. C’est pourquoi on terminera notre tour de la capitale par le Famine Memorial. Situé sur les quais de la Liffey, cet ensemble de sculptures date de 1997 et évoque la famine qui a lourdement touché l’Irlande de 1845 à 1849. La « Grande Famine » a été provoquée entre autres par la désastreuse politique économique anglaise – qui étranglait littéralement l’Irlande – et par l’apparition d’un parasite européen dans les cultures de pommes de terre irlandaises. Résultat ? Un million de morts. Le sculpteur contemporain Rowan Gillepsie a pensé de longues silhouettes émaciées qui avancent vers un but imprécis ; l’une d’elle porte le corps d’un petit enfant mort. Passer entre ces sculptures, un peu plus hautes qu’un homme, est une expérience poignante. On quittera ainsi la ville ému, et transporté par la joie à toute épreuve des Irlandais.
Sculptures de Rowan Gillepsie au Famine Memorial, Dublin
© Kay Roxby / Alamy / Hemis
Famine Memorial
North Dock, Dublin, Irlande • Dublin
En savoir plus
Paris-Dublin : plusieurs vols directs quotidiens avec Air France. Durée : 2 heures
Où se loger ?
The Clarence Hotel
Au cœur de Temple Bar, cet hôtel ultra-confortable possède de grandes chambres avec vue et un bar-restaurant chaleureux à souhait.
6-8 Wellington Quay, Temple Bar, Dublin 2, D02 HT44, Irlande
Tarif : à partir de 179 euros la nuit
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