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Palais Galliera

La collection Azzedine Alaïa : les trésors cachés d’un couturier collectionneur

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Publié le , mis à jour le
Il ne pouvait pas se résoudre à les voir disparaître… Admirateur discret mais passionné du travail de ses pairs, le grand couturier Azzedine Alaïa a réuni une exceptionnelle collection de plus de 20 000 pièces, que le Palais Galliera dévoile pour la première fois.
Azzedine Alaïa, Robe drapée
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Azzedine Alaïa, Robe drapée, Haute couture, printemps-été 1991

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jersey de soie blanc • © Colin Gray / SCAD FASH Museum

Il a passé sa vie à confronter son travail à celui de ses maîtres pour parfaire sa maîtrise architecturale du vêtement, sculpté directement sur le corps de ses clientes. Les débuts modestes et l’ascension du grand couturier Azzedine Alaïa sont connus, de sa petite chambre de bonne à sa première boutique rue de Bellechasse, à Paris, ouverte grâce au soutien et à l’affection de femmes telles que Simone Zehrfuss, épouse de l’architecte Bernard Zehrfuss et tunisienne comme lui, ou l’écrivaine Louise de Vilmorin.

Alaïa avait en revanche choisi de cacher au monde son côté collectionneur, né quasiment par hasard. À 20 ans déjà – et sans le sou –, il se passionnait pour les objets rares. Il s’offrit ainsi une antiquité copte, avant de découvrir des années plus tard que l’objet avait appartenu à la comtesse Greffulhe, qui inspira à Marcel Proust le personnage de la duchesse de Guermantes. Simone Zehrfuss l’aida à meubler sa chambre de bonne en lui donnant un lit, une table, un fauteuil et une bibliothèque moderniste, faisant d’Alaïa un amateur averti de design – il deviendra l’un des premiers collectionneurs de mobilier de Jean Prouvé, bien avant que celui-ci n’affole le marché de l’art…

Une époque où la notion d’archives n’existe pas dans la mode

Azzedine Alaïa en 2017
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Azzedine Alaïa en 2017, 2017

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© AFP / Photo Michele Bancilhon

Mais c’est la mode qui lui permit d’assouvir la vigueur de son tempérament de collectionneur. En 1968, lorsque Cristóbal Balenciaga décide de fermer sa Maison, Alaïa est invité à venir choisir les modèles qu’il pourrait récupérer pour leur tissu avant qu’ils ne soient jetés au rebut. Il est stupéfait par ce qu’il découvre. De là naîtra son approche patrimoniale de la mode, à une époque où la notion d’archives n’existe encore que très rarement dans les maisons de couture.

Azzedine Alaïa s’érige alors, en parallèle de sa propre activité de couturier, en passeur de mémoire. Il devient un collectionneur passionné et compulsif, réunissant plus de 20 000 pièces retraçant l’histoire de la mode, de la naissance de la haute couture jusqu’aux créations de certains de ses contemporains, voire d’anonymes.

La liste est longue : Charles Frederick Worth, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Paul Poiret, Gabrielle Chanel, Madeleine Vionnet, Elsa Schiaparelli, Christian Dior, mais également Jean Paul Gaultier, Comme des Garçons, Alexander McQueen ou Thierry Mugler. Cette culture du passé lui a aussi permis de développer sa propre singularité.

Madeleine Vionnet, Robe du soir Petits cheveaux
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Madeleine Vionnet, Robe du soir Petits cheveaux, Automne-hiver 1921–1922,

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Crêpe de soie écru et broderies Lesage • © Patricia Schwoerer / rgmparis

Si Balenciaga, maître de l’utilisation de couleurs audacieuses sur des lignes fluides et architecturalement parfaites, est devenu une inépuisable source d’inspiration pour Alaïa, ce fut aussi le cas d’Adrian, auteur d’une esthétique du vêtement puissante et sculpturale, qui a habillé les stars de l’âge d’or d’Hollywood et dont Alaïa était l’un des plus grands collectionneurs au monde. Quant à Madame Grès, dont l’historien de la mode Olivier Saillard rappelle que bon nombre de ses créations ont été jetées à la poubelle lors du rachat de la Maison par Bernard Tapie dans les années 1980, son œuvre lui a permis de développer sa propre approche du drapé, appliqué avec audace au jersey et au cuir.

Un secret bien gardé

Azzedine Alaïa avait rarement évoqué publiquement ce formidable rôle mémoriel, tout juste suggéré par son souhait de créer une fondation après l’émotion ressentie lors de la première rétrospective que lui avait consacrée le Palais Galliera en 2013. Sa pléthorique collection (et son niveau muséal) ne fut découverte qu’à sa mort, en 2017, non sans stupéfaction.

A gauche : Rei Kawakubo pour Comme des Garçons Robe, look 12 / À droite : Jean Patou – Robe et gilet
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A gauche : Rei Kawakubo pour Comme des Garçons Robe, look 12 / À droite : Jean Patou – Robe et gilet, À gauche : printemps-été 2014 / À droite : Haute couture, vers 1935–1938

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À gauche : noeuds, tulle, jersey, viscose, franges dans un monochrome de noirs. Forme pyramidale, col montant et sans manches / À droite : Crêpe de soie bleu clair, incrustations bleu céladon et roses. Encolure bateau avant et plongeant au dos, épaules légèrement drapées, taille soulignée de crêpe rose à motifs découpés. Caraco de crêpe de soie bleu céladon et bleu ciel à manches longues, épaules bouffantes • © Patricia Schwoerer / rgmparis

Acquise compulsivement et avec une très grande régularité, auprès de maisons de ventes mais aussi d’antiquaires ou de brocanteurs, elle visait avant tout à assurer le destin patrimonial de pièces d’exception vouées à disparaître. Dix ans après sa rétrospective, cette nouvelle exposition au Palais Galliera, présentée en collaboration avec sa fondation, permet avec bonheur de mesurer, en une sélection pointue de 140 pièces exceptionnelles et rarement vues, l’ampleur de la vision d’Azzedine Alaïa.

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Azzedine Alaïa, couturier collectionneur

Du 27 septembre 2023 au 21 janvier 2024

www.palaisgalliera.paris.fr

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Alaïa/Grès - Au-delà de la mode

Du 11 septembre 2023 au 2 juin 2024

fondationazzedinealaia.org

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