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Eames Lounge Chair Ottoman crée en 1956 : modernisation du traditionnel fauteuil club anglais
© Vitra International AG / Photo Florian Böhm / © Charles & Ray EAMES
S’asseoir sur le Lounge Chair, les jambes étendues sur son repose-pied, c’est se délester des tracas quotidiens et laisser son corps flotter sur un nuage : le confort à l’état pur dans un monstre d’élégance. « Les gens l’ont immédiatement adoré », confirme Eames Demetrios, petit-fils de Charles et Ray Eames et directeur du Eames Office… Et c’est une histoire qui dure ! Depuis 1956, le mythique fauteuil s’est vendu à plus de 6 millions d’exemplaires à travers le monde, devenant ainsi une icône du mobilier moderne.
Photographie des designers américains Charles & Ray Eames, 1975
© AKG Images / Photo Erich Lessing
C’est le début d’une folle aventure amoureuse et la formation d’un duo de créateurs parfaitement assorti.
Tout a commencé par un coup de foudre : en 1940, l’artiste Bernice Alexandra Kaiser, dite Ray Kaiser, entre à l’Académie d’art de Cranbrook, dans le Michigan, afin de se former à la construction et se perfectionner en artisanat. Là-bas, elle tombe sous le charme du professeur de design Charles Eames, architecte de formation qui vient juste de divorcer de sa première femme. C’est le début d’une folle aventure amoureuse et la formation d’un duo de créateurs parfaitement assorti : elle est exubérante, éprise de peinture abstraite et de danse ; lui est curieux de nature et se passionne surtout pour les processus techniques.
L’année suivante, le couple se marie et s’installe à Los Angeles, où le développement du cinéma et l’ébullition culturelle font de la ville un foyer d’innovation. C’est aussi là que se situe le plus important complexe militaro-industriel des États-Unis. Alors que le pays entre en guerre en 1942, la US Navy commande à Charles et Ray Eames des attelles pour remplacer celles des soldats blessés au front, dont le métal rigide ne fait qu’empirer leurs souffrances. Le défi est lancé. Les Eames travaillent à parfaire leur technique de bois en contreplaqué moulé, un procédé qui permettrait d’enrober et d’immobiliser une jambe blessée…
La lounge chair de Charles & Ray Eames produite par Vitra depuis les années 1950
© Vitra
Mais comment donner forme à des pans de bois collés les uns sur les autres sans les casser ? Pour y parvenir, le couple invente une sorte de four artisanal fabriqué à partir de déchets et de pièces détachées de bicyclettes. Son nom ? La Kazam ! Machine. Actionnée par une pompe à vélo et chauffée à l’aide de bobines électriques, elle permet aux Eames de mouler leurs attelles d’après la jambe de Charles, qui sert de modèle ! Résultat : 150 000 exemplaires voient le jour, facilitant considérablement la rééducation des soldats. S’ensuivent alors la fabrication en contreplaqué moulé de brancards, de jouets ou encore de fuselages d’avions, jusqu’à la première chaise nommée LCW (Lounge Chair Wood), en 1946.
« Quand Charles et Ray créent quelque chose, ils s’entêtent jusqu’à la perfection. »
Eames Demetrios
« Et si nous modernisions le traditionnel fauteuil club anglais ? » propose un jour Charles à sa femme Ray, inspiré par les confortables assises en cuir galbé souvent capitonnées des intérieurs britanniques. Le concept est inédit : grâce à leur invention du bois en contreplaqué moulé, ils imaginent une chaise longue dotée de coques en palissandre, recouverts de moelleux coussins de cuir sur lesquels on peut aisément s’enfoncer. Selon Charles, il faut retrouver « l’aspect souple et accueillant d’un gant de baseball usé » pour atteindre un maximum de confort.
Eames Lounge Chair Ottoman crée en 1956 : modernisation du traditionnel fauteuil club anglais
© Vitra / Photo Florian Böhm / © Charles & Ray EAMES
Penser production de masse et non fabrication exclusive, sans oublier d’y insuffler de la qualité, tel est le mantra du couple Eames, persuadé que le design peut améliorer notre quotidien…
Version après version, des dizaines d’accoudoirs et pièces d’assise plus tard, le couple tente sans relâche de donner vie à leur extraordinaire vision faite de cuir et de bois. Le projet traîne durant deux ans et impatiente le fabricant Herman Miller, qui envoie un représentant chez les Eames pour s’assurer du bon déroulement des opérations. Le duo tâtonne, expérimente, souhaite à tout prix atteindre son idéal : « Quand Charles et Ray créent quelque chose, ils s’entêtent jusqu’à la perfection », souligne Eames Demetrios.
Le Lounge Chair, large fauteuil incliné en arrière et doté de son repose-pied, voit enfin le jour en 1956. Lors des premières productions, ses créateurs s’attachent encore à parer aux moindres défauts, veillant à la qualité des plumes et à la solidité du cuir. C’est finalement une fabrication en quarante-sept étapes qui sera validée et restera inchangée depuis, nécessitant quelques interventions à la main. Ultime vérification : il faut s’y asseoir confortablement et se basculer légèrement trois fois en arrière pour s’assurer de la souplesse du fauteuil…
« Ray disait qu’en déployant la même énergie à réaliser du mobilier fait main qu’à résoudre des problèmes de production industrielle, on pourrait aider bien plus de gens », se souvient Eames Demetrios. Penser production de masse et non fabrication exclusive, sans oublier d’y insuffler de la qualité, tel est le mantra du couple Eames, persuadé que le design peut améliorer notre quotidien… C’est désormais certain : seule une ambition aussi bienveillante et intemporelle que celle-ci pouvait donner naissance à l’indémodable Lounge Chair, ce « refuge contre les tensions de la vie moderne », selon les mots de Charles.
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