Article réservé aux abonnés
Pour commencer, un incontournable ! Au sein des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, le musée Fin-de-Siècle accueille une collection de tableaux, dessins, sculptures, maquettes et objets d’art à la charnière entre XIXe et XXe siècles. Des œuvres représentatives d’une période effervescente, qui permettent de réviser les bases de l’art nouveau et le contexte artistique qui l’a vu naître. Et ce à toutes les échelles, du luminaire à la façade de maison, grâce aux reconstitutions 3D. Ne manquez pas La Nature (1899), chef-d’œuvre d’Alphonse Mucha, un buste de femme en bronze surmonté d’un précieux œuf en malachite. Le mouvement ondulant de sa chevelure et sa force symbolique sont emblématiques de l’art nouveau.
À gauche : Henri et Désiré Muller, « Sans titre » (1906–1907). Au centre : Alphonse Mucha, « La Nature » (1899–1900). À droite : Antonin Daum, « Mousseron » (1910).
Région Bruxelles-Capitale, dation d’Anne-Marie et Roland Gillion Crowet, 2006. En dépôt aux MRBAB • © MRBAB Gillion Crowet, photo : Bruno Piazza et J. Geleyns
Au cœur de Schaerbeek, cet hôtel particulier de 1893 porte toutes les promesses de l’Art nouveau. L’ingénieur Eugène Autrique confie sa réalisation à Victor Horta, trente-deux ans à l’époque, qu’il connaît pour appartenir à la même loge maçonnique. La commande est limpide, « aucune extravagance et aucun luxe », et c’est donc avec sobriété que le jeune architecte déploie les fondements d’un art qu’il n’aura de cesse d’explorer. Observez la façade : dissymétrie, ondulations des fenêtres, timides formes végétales, détournement du fer forgé emprunté à l’industrie. C’est une rupture, l’Art nouveau est né ! À la différence d’autres hôtels particuliers accessibles au public, la maison Autrique donne moins l’impression de s’immerger dans un musée que dans une réelle habitation. L’âme des lieux est célébrée par une scénographie et des textes sensibles, imaginés par les célèbres auteurs de BD Schuiten et Peeters. Bienvenue en Belgique !
À gauche : façade de la Maison Autrique. À droite : Vue depuis la chambre sur le cabinet de toilette de la Maison Autrique
© Wikimedia Commons
Façade du Musée des Instruments de Musique
DR
Arrêtez-vous devant l’étonnant musée des Instruments de musique, sis dans l’anciens magasin Old England. C’est à Paul Saintenoy qu’on doit cet imposant bâtiment de 1899, orné de superbes ferronneries végétales. Sa riche collection d’instruments vaut aussi le détour ! Passez ensuite chercher des fleurs chez Daniel Ost, rue Royale : sa devanture est dessinée par l’architecte Paul Hankar en 1896, pour ce qui était à l’origine une chemiserie. D’acajou et de verre, elle présente des formes florales, serties de fer forgé. Une vitrine aussi enchantée que raffinée.
Un manifeste de l’audace décorative de l’Art nouveau ! Le couple d’artistes-décorateurs Paul Cauchie et Caroline Voet réalisent leur habitation en même temps que leur atelier en 1905, près du parc du Cinquantenaire. Son impressionnante façade reflète le savoir-faire de ses habitants, qui y inscrivent fièrement le message : « Par Nous Pour Nous ». Elle privilégierait presque l’image à l’architecture, avec ses sublimes sgraffites. Cette technique de décoration, qu’on retrouve souvent dans l’Art nouveau bruxellois, joue sur différentes couches d’enduits. C’est un procédé de prédilection de Cauchie. Ils dévoilent ici de longues figures féminines aux accents préraphaélites. On y note une influence de la Sécession viennoise, mais aussi de l’architecte de l’École de Glasgow, Charles Rennie Mackintosh, et du mouvement Arts & Crafts (notamment dans la forme géométrique des roses). L’intérieur est tout aussi riche en ornements.
Grande frise en sgraffite dans la salle de réception de la maison Cauchie à Bruxelles, 1905
© Wikimedia Commons
Dirigez-vous vers l’hôtel Solvay, sur la prestigieuse avenue Louise, pour clôturer cette première journée sous le signe de l’Art nouveau. Confiée à Victor Horta par Armand Solvay (le fils du chimiste et industriel Ernest Solvay) en 1894, la commande bénéficie d’un budget illimité. On comprend mieux sa démesure ornementale… Ici, Victor Horta est libre de déployer le répertoire de l’Art nouveau, tout en courbes et contre-courbes. Du choix des marbres et essences de bois au mobilier, de la lustrerie aux tapis, les tons rouge-orange s’épanouissent. La lumière devient matériau grâce à l’éclairage zénithal et latéral que rehaussent de superbes vitraux. Au-delà du programme ornemental qui fait tourner la tête, la rupture réside dans la volonté de décloisonner les espaces, mettre à l’honneur le métal à l’extérieur comme à l’intérieur, apporter une climatisation naturelle. L’Art nouveau n’est pas seulement beau, il est confortable ! Et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La cage d’escalier au dernier étage de l’Hôtel Solvay
© Hôtel Solvay / Brussels Museum
Avant d’exposer le neuvième art, cet imposant bâtiment livré par Victor Horta en 1906 abritait les magasins de textile du grossiste Charles Waucquez. Un clin d’œil, c’est à la même époque qu’émerge la bande dessinée moderne. Le long de sa façade monumentale, on retrouve les éléments chers à l’Art nouveau : rythme, ondulations de la pierre blanche, grilles en fer forgé aux motifs végétaux. À l’intérieur, tout aussi remarquable, place à la lumière avec une verrière et des escaliers monumentaux ! Profitez-en pour visiter l’exposition temporaire, toujours passionnante, et prendre un café dans la jolie brasserie Horta.
Victor Horta, Entrée du musée de la Bande Dessinée, 1906
©Martin Bertrand / Alamy / Hemis
En 1901, l’architecte bâtit son atelier en même temps que sa maison au cœur de la commune de Saint-Gilles, dans ce qui deviendra un emblème de l’Art nouveau. Œuvre d’art totale, de la cave au grenier, elle se distingue par la complexité de son organisation. Surmonté d’une verrière, l’escalier central, tel une colonne vertébrale, ne mène pas à des étages mais à des demi, tiers ou quart de niveaux. La maison paraît ainsi beaucoup plus vaste qu’en réalité. Prenez le temps d’observer son bureau, et l’œuvre qu’Horta s’est assigné dans tous ses élégants détails : mosaïques, poignées de portes, luminaires…
Musée Horta
© visit.brussels – Jean-Paul Remy
Les communes de Saint-Gilles et Ixelles abritent des joyaux de l’architecture Art nouveau. Des habitations privées qu’on ne peut pas toujours visiter, mais rien ne vous empêche de prendre le temps d’admirer leur façade. Rendez-vous à l’hôtel Ciamberlani, livré par Paul Hankar en 1897 pour le peintre symboliste Albert Ciamberlani. Ici l’Art nouveau se fait géométrique, avec des sgraffites d’inspiration orientale. La maison personnelle de Paul Hankar (1893) et ses jolies balustrades s’illustrent par la diversité d’inspirations : néogothique, néo-renaissance flamande ou encore japoniste. L’asymétrie et l’exubérance de la façade de la maison De Beck (1905), par l’architecte Gustave Strauven, ne laissent pas indifférent non plus.
Gustave Strauven, Façade de la maison de Beck (détail), 1905
© PjrTravel – Alamy Hemis
Hôtel Ciamberlani
48 Rue Defacqz • 1050 Ixelles
Maison Paul Hankar
71 Rue Defacqz • 1060 Saint-Gilles
Maison de Beck
9 Avenue Paul Dejaer • 1060 Saint-Gilles
Fraîchement restaurée, la maison Hannon vient d’ouvrir ses portes au public. Un programme onirique, pensé par Jules Brunfaut en 1902, qui opère la parfaite synthèse entre l’Art nouveau belge et l’Art nouveau français. Les époux Hannon, passionnés de botanique, de poésie, d’antiquité, commandent une véritable maison-portrait. Des fresques allégoriques de Paul Baudoüin, disciple de Puvis de Chavannes, ornent la cage d’escalier. Le couple avait l’habitude de s’arrêter sur la sixième marche pour y déclamer des poèmes. Une exposition temporaire dédiée aux Arts nouveaux belges rappelle toutes les expérimentations de ce style toujours inspirant.
Vestibule de la Maison Hannon
© Gregory De Leuuw
Pour déjeuner
Pop-Up Sablon
15-16 place du Grand Sablon, 1000 Bruxelles
https://www.instagram.com/popupsablon/
Pour bruncher
Clair Obscur
61-63 Rue de l’Aqueduc, 1060 Saint-Gilles
Pour l’apéro
Café de la Pompe
211 Chaussée de Waterloo, 1060 Saint-Gilles
Pour dormir
À savoir
Hors week-end, bien vérifier les jours et horaires d’ouvertures, souvent limités.
L’Art Nouveau Pass permet de combiner plusieurs visites.
Plus d’informations : https://www.brusselsmuseums.be/
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique