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Arts & Crafts en 2 minutes

En bref

« N’ayez rien dans votre maison que vous ne sachiez utile ou que vous ne jugiez beau », proclame William Morris (1834–1896), personnalité majeure du mouvement Arts and Crafts. Annonciateur du développement de l’Art nouveau en Europe, cette mouvance est née dans les années 1850 en Angleterre, dans le contexte d’essor de l’industrialisation. Réagissant à l’ère naissante du machinisme, et inspirés par les théories de John Ruskin (1819–1900), Morris et ses amis (les peintres préraphaélites, des architectes, des artisans) plaident pour une revalorisation de l’artisanat d’art, du beau métier, contre la décadence de l’esprit petit-bourgeois et la standardisation mécanique. Oui, les objets du quotidien, mais aussi l’architecture, peuvent à la fois être fonctionnels, utiles et beaux !

Vue extérieure de la Red House (Londres), dessinée par Philip Webb et décorée par William Morris et Edward Burne-Jones
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Vue extérieure de la Red House (Londres), dessinée par Philip Webb et décorée par William Morris et Edward Burne-Jones

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Photo Wikimedia Commons

Histoire du mouvement

Dans les années 1850, l’Angleterre est une nation puissante, dont la suprématie est assurée par les effets naissants de la Révolution industrielle. L’essor rapide des méthodes de production industrielle, dans un contexte de forte demande de renouveau de l’urbanisme et du décor intérieur, entraîne une baisse de qualité dans la fabrication des objets du quotidien, du mobilier, jugés de mauvais goût par un certain nombre d’intellectuels et d’artistes. Par ailleurs, la main-d’œuvre ouvrière est en souffrance, souvent servile et mal rémunérée.

Mené par le designer William Morris et l’écrivain John Ruskin, tous deux préoccupés par la réforme sociale, un mouvement s’engage en faveur du renouveau de l’artisanat, du travail manuel, des techniques traditionnelles. Il ne s’agit pas de produire des objets dispendieux, réservés à une élite, mais de donner naissance à des objets de qualité, de formes simples et universelles. Le but de l’Arts and Crafts est d’allier les beaux-arts aux arts décoratifs. C’est toute une philosophie qui s’exprime ici : le bien-être de l’artisan, des conditions de travail saines et sereines, la qualité des matériaux, l’utile indissociable de l’esthétique. L’inspiration des artisans et artistes attachés au mouvement est souvent en lien avec l’imaginaire médiéval, romantique ou folklorique. Les architectes sont aussi concernés par ce renouveau décoratif, à l’instar d’Augustus Pugin et de Philip Webb, revenant à des formes pittoresques et vernaculaires.

William Morris est la personnalité marquante du mouvement Arts and Crafts. Entouré d’un groupe d’étudiants de l’Université d’Oxford, il s’intéresse aux idées de Ruskin qui critique la division du travail et la production mécanisée. Morris s’implique personnellement dans la création de meubles et de décors pour les intérieurs. En 1860, il termine le projet de la Red House, dessinée par l’architecte Philip Webb et ornée de fresques et vitraux réalisés par le peintre Edward Burne-Jones [ill. ci-dessus]. Selon Morris, l’artisan doit mener sa création d’un bout à l’autre, être occupé à toutes les étapes conceptuelles et de finalisation des objets.

Son répertoire formel est audacieux, les couleurs vives, l’ornement réfléchi. Passionné depuis son plus jeune âge par le Moyen Âge, proche des peintres préraphaélites, Morris défend des principes autant éthiques qu’esthétiques. En 1861, associé à six amis artisans et artistes (Peter Paul Marshall, Ford Madox Brown, Charles Joseph Faulkner, Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti et Philip Webb), il fonde la Morris, Marshall, Faulkner & Co. Elle propose aux clients tout un ensemble pour la décoration d’intérieur, de la sculpture au mobilier, de la vaisselle au papier peint.

Connaissant un grand succès, cet élan vers le renouveau de l’artisanat de qualité fait naître des vocations. Des écoles se fondent, des communautés s’établissent, remettant au gout du jour le système de l’atelier médiéval. Ces artisans entendent redonner leurs lettres de noblesse à la menuiserie, la tapisserie, l’ébénisterie, le vitrail… Des expositions, organisées à Londres, sont consacrées au mouvement Arts et Crafts, qui essaime progressivement en dehors de la Grande-Bretagne, gagne des adeptes aux États-Unis (Charles Limbert et Gustav Stickley) et annonce différents courants européens : l’art nouveau en France, le Jugendstil en Allemagne, puis le groupe hollandais De Stijl, la Sécession viennoise, le mouvement Mingei au Japon…

Ses œuvres clés

William Morris, The Strawberry Thief
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William Morris, The Strawberry Thief, 1883

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Impression sur coton, design textile • Collection privée • © Bridgeman Images / © William Morris

William Morris, Strawberry Thief, 1883

Morris a conçu des motifs de tissus d’ameublement et de papiers peints devenus des icônes du style Arts and Crafts. Le Stawberry Thief en fait partie. Il s’agit d’une étoffe assez onéreuse à fabriquer, en raison de la qualité du coton choisi par Morris. Mais les clients n’ont pas été rebutés par cet aspect. Utilisé pour confectionner des rideaux, des dessus de lit, il se caractérise par un univers ornemental chargé, prenant pour source d’inspiration la campagne et l’imaginaire des tapisseries médiévales.

Charles Limbert, Chaise de Café
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Charles Limbert, Chaise de Café, Années 1890

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Chêne, similicuir, laiton • © Rago / Wright/ Toomey

Charles Limbert, Chaise de Café, années 1890

Meneur du mouvement Arts and Crafts aux États-Unis, Charles Limbert est un créateur de mobilier, en particulier de chaises très recherchées. Dans les années 1980, il les commercialise grâce au magasin de Grand Rapids, dans le Michigan. Plus tard, le designer ouvre sa propre fabrique de meubles dans cette ville. Certaines étapes sont réalisées à l’aide de machines, mais les travaux d’assemblage et de finition sont exécutés à la main.

Edward Burne-Jones, Enoch
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Edward Burne-Jones, Enoch, entre 1874 et 1909

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Panneau de vitrail • 128,5 × 50 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • Coll. Musée d’Orsay, Paris / © RMN-GP / Photo Sophie Crépy

Edward Burne-Jones, Enoch, 1874–1909

Appartenant à un ensemble de vitraux dessinés dans les années 1870 par le peintre préraphaélite Edward Burne-Jones, et réalisé plus tardivement pour la chapelle du Cheadle Royal Hospital de Manchester (Angleterre), ce vitrail atteste de l’intérêt du peintre pour les arts décoratifs. Burne-Jones travaille aux côtés de Morris, lui fournissant des cartons de vitraux dans le cadre de son entreprise de décoration. L’artiste est influencé par les modèles de la Renaissance italienne, avant Raphaël, et donne une grande part à l’ornement floral, typique du mouvement Arts and Crafts.

Par • le 24 octobre 2022

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