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Pierre Puvis de Chavannes en 2 minutes

En bref

Peintre spirituel, maître des grandes décorations, Pierre Puvis de Chavannes (1824–1898) est relativement inclassable dans l’art français du XIXe siècle. Symboliste avant l’heure, il n’est guère compris par ses contemporains. Le peintre est un lettré, un rêveur, un idéaliste, un allégoriste. Son style révèle la recherche constante de l’harmonie à travers des sujets empruntés à la littérature et aux légendes. Présenté comme un homme bienveillant et modeste, Puvis de Chavannes n’a jamais cherché le succès à tout prix. La reconnaissance vient à lui assez tard, et principalement comme peintre de décors.

Anatole Louis Godet, Pierre Puvis de Chavannes
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Anatole Louis Godet, Pierre Puvis de Chavannes, 1882

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Photographie • Paris, BnF

Il a dit

« Pour toutes les idées claires, il existe une pensée plastique qui les traduit. »

Sa vie

Né à Lyon, dans une vieille famille bourgeoise d’ascendance bourguignonne, Pierre Puvis de Chavannes reçoit une éducation classique. Elle le prépare à l’École polytechnique où il doit suivre les traces de son père. Mais une longue maladie interrompt ses études pendant deux années. Le jeune garçon part alors en Italie, pays qui voit naître sa vocation de peintre.

À Paris, entre 1844 et 1852, Puvis de Chavannes fréquente plusieurs ateliers : ceux d’Henry Scheffer, d’Eugène Delacroix puis celui de Thomas Couture. Mais le jeune homme est très indépendant d’esprit, assez solitaire, et ne se fixe vraiment auprès d’aucun maître. Il est guidé par son propre idéal, recherchant une expression sincère, observant le réel mais pour n’en retenir que l’essentiel. Par ailleurs, il ne recherche nullement le succès et la visibilité. S’il peint, c’est d’abord pour lui-même.

En 1847, Puvis de Chavannes loue un gymnase vacant dont il fait son atelier. Plus tard, il trouve un lieu plus adéquat vers la place Pigalle, qu’il ne quittera plus (tout en ayant un autre espace à Neuilly). Il y organise une académie fréquentée par de jeunes peintres dans un esprit de camaraderie. Puvis de Chavannes est décrit comme un homme particulièrement doux, très sensible et assez rétif à l’industrialisation naissante. Dans les années 1850, il se lie avec Marie Cantacuzène, une princesse roumaine qui devient sa muse et son épouse sur le tard. Elle lui sert de modèle pour certaines allégories, Puvis de Chavannes n’étant que rarement portraitiste.

Malgré son isolement institutionnel, Puvis de Chavannes présente une première œuvre au Salon de 1850. Personne, au sein du jury ou de l’administration, ne le connaît. Par la suite, il est souvent refusé au Salon. Que lui reproche-t-on ? Son dessin (jugé trop simplifié) et sa couleur (trop adoucie). Les réalistes se moquent généralement de sa peinture, qu’ils considèrent comme éthérée, et de son recours à l’allégorie, qualifiée de démodée.

L’amitié de Théodore Chassériau encourage Puvis de Chavannes à se tourner vers la peinture décorative. En 1861, il expose avec succès deux œuvres monumentales, La Guerre et La Paix, et obtient une deuxième médaille. L’État lui achète la première toile, et l’artiste lui fait don de la seconde. Deux ans plus tard, il peint Le Repos et Le Travail et les offre au musée de Picardie. Ces toiles trouvent parfaitement leur place dans le cadre architectural de l’escalier d’honneur.

Enfin, le talent du peintre est reconnu, au titre de grand décorateur. Plusieurs villes de province – Poitiers, Rouen, Lyon, Marseille – font appel à ses talents pour orner les murs de leur musée ou de leur hôtel de ville. À Paris, il travaille pour le Panthéon sur le thème de la vie de sainte Geneviève. Mais son décor le plus célèbre reste sans doute celui réalisé pour le musée de Lyon, Le Bois sacré cher aux arts et aux muses [ill. plus bas], répliqué à plus grande échelle pour l’amphithéâtre de la Sorbonne.

Une médaille d’honneur est décernée à Puvis de Chavannes au Salon de 1882. Le peintre a déjà soixante ans. En 1890, il contribue alors à fonder le Salon de la Nationale des Beaux-arts, plus ouvert aux jeunes tendances que le Salon officiel.

Le symbolisme novateur de Puvis de Chavannes marque les nouvelles générations. Odilon Redon, Paul Gauguin, Georges Seurat ou Pablo Picasso louent ce peintre atypique, à la marge de l’école académique de son temps et qui sut s’imposer par son originalité.

Ses œuvres clés

Pierre Puvis de Chavannes, L’Espérance
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Pierre Puvis de Chavannes, L’Espérance, 1871–1872

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Huile sur toile • 70,5 × 82,2 cm • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © RMN

L’Espérance, 1872

Une jeune fille nue est assise sur une draperie au cœur d’un paysage marqué par la ruine et les tombes. Allégorique, elle symbolise l’espoir de la paix (comme le prouve le rameau d’olivier qu’elle tient) après la guerre de 1870. Au loin, dans le ciel, des lueurs se dessinent et des fleurs commencent à pousser entre les vieilles pierres. Cette œuvre est assez typique du style de Puvis de Chavannes : les formes sont simples, peu modelées et élégantes, les détails trop nombreux bannis au profit de la lisibilité de la scène, les couleurs sont mates.

Pierre Puvis de Chavannes, Le Pauvre pêcheur
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Pierre Puvis de Chavannes, Le Pauvre pêcheur, 1881

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Huile sur toile • 155 × 193 cm • Paris, musée d’Orsay

Le Pauvre pêcheur, 1881

Exposé au Salon de 1881, ce tableau ne fait pas l’unanimité. Le thème, en effet, est sombre : un pauvre homme, résigné, se tient dans une barque tandis que ses deux enfants semblent à l’abandon sur la rive. Est-il un alter ego du Christ ? Le mât de sa petite barque, croisant la langue de terre, forme le motif de la croix dans ce paysage plein de désolation. Les couleurs verdâtres et le refus de la perspective traditionnelle (coutumière chez le peintre) déplaisent à la critique. Le tableau n’est acheté que six ans plus tard par l’État.

Pierre Puvis de Chavannes, Le Bois sacré cher aux arts et aux muses
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Pierre Puvis de Chavannes, Le Bois sacré cher aux arts et aux muses, 1884

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Huile sur toile marouflée • escalier monumental dans l’angle sud-est du Musée des Beaux-Arts de Lyon • © Lyon MBA – Photo G.Dufrene

Le Bois sacré cher aux arts et aux muses, 1884

Conçue pour le musée des Beaux-arts de Lyon qui passe commande à l’artiste, cette œuvre évoque les Lettres, les Sciences et les Arts. Les neuf muses sont réunies dans un décor arcadien et intemporel. Elles discourent librement, s’alanguissent, pudiques comme des vénus antiques. Un parfum d’idéal flotte dans l’air. Le décor est complété par trois autres toiles qui forment un ensemble. Ce thème a été traité à plusieurs reprises par le peintre, notamment pour concevoir l’immense décor du grand amphithéâtre de la Sorbonne (1886–1889).

Par • le 23 mai 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Pierre Puvis de Chavannes

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