Les murs parisiens ont parlé ! Du 13e arrondissement à la proche banlieue, en passant par le centre historique de la capitale, le street art a écrit ses lettres de noblesse au fil des années où il est peu à peu sorti de la clandestinité. JR, Jérôme Mesnager, Miss.Tic – pour ne citer qu’eux – ne sont plus vus comme des vandales !
Lors de ses balades, la rédaction de Beaux Arts a repéré pour vous les meilleurs quartiers, galeries et centre d’art, qui laissent exploser la créativité urbaine : c’est de la bombe !
La monumentale fresque de Seth « Enter The Vortex » dans le 13e arrondissement de Paris
© Julien Malland
Avec plus de 160 fresques répertoriées, soit la plus forte densité d’œuvres d’art urbain au kilomètre, le 13e arrondissement de Paris est le poumon du street art parisien. Depuis 2009, la galerie Itinerrance, dirigée par le passionné Mehdi Ben Cheikh, en partenariat avec la mairie d’arrondissement, a transformé ses rues en un véritable musée à ciel ouvert. Le boulevard Vincent-Auriol est particulièrement remarquable, avec pas moins de 26 œuvres monumentales, de D*Face à Seth.
À gauche : « La Madre Secular 2 » de INTI ; à droite: « Etreinte et Lutte » de Conor Harrington
© Joel Saget / AFP
Pour une vue imprenable, prenez le métro ! Vous croiserez par exemple le regard de la femme rebelle de Shepard Fairey (alias Obey) à l’angle de la rue Jeanne-d’Arc (au niveau du 93) et du boulevard Vincent-Auriol. Place d’Italie, Invader a dévoilé fin 2024 sa plus grande mosaïque d’aliens au monde. Les nostalgiques finiront la balade dans le quartier de la Butte-aux-Cailles en quête des pochoirs poétiques de Miss.Tic qui y avait son atelier.
Les silhouettes blanches de Jérôme Ménager réalisées en 1995 rue de Ménilmontant, Paris
Courtesy Jérôme Ménager
Le bon vent vient de l’est ! Les quartiers d’Oberkampf, Belleville et Ménilmontant sont des zones privilégiées de l’art de rue. Grâce au travail d’associations comme Art Azoï et Le M.U.R. (Modulable, Urbain, Réactif), certaines façades orchestrent leur propre programmation artistique et font des rues une véritable galerie à ciel ouvert. C’est le cas au 107 rue Oberkampf, réinvesti à peu près tous les quinze jours par une nouvelle signature. Graffiti, pochoirs, collages… On croise de nombreux street artistes de renom dont Nemo, Invader, Seth, Hopare… Incontournable : remontez la rue de Ménilmontant pour admirer une fresque aux emblématiques silhouettes blanches de Jérôme Mesnager.
À gauche : « Chuuuttt!!! » de Jef Aerosol. À droite : « Knowledge + Action » de Shepard Fairey, 2011 et 2019
Fontaine Stravinsky • © Dominique Faget / AFP
Les murs sont aussi très bavards dans les quartiers prisés des touristes, aux alentours de Beaubourg et de Montmartre. Derrière le Centre Pompidou, tout se passe principalement place Stravinsky, où coule la célèbre fontaine de Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely. Cette dernière est dominée par trois pépites monumentales : Chuuuttt !!! de Jef Aerosol, une grande mosaïque d’Invader et une fresque aux nuances de bleu de Shepard Fairey (Obey). Le charme bohème de la butte Montmartre opère aussi chez les artistes urbains qui en ont fait leur terrain de jeu favori, de M. Chat, avec ses facétieux félins, à Gregos et ses masques en 3D. Pour ne rien rater, ne zappez pas le passage des Abbesses, la rue André-Antoine ou la rue Drevet.
La fresque de l’artiste brésilien Meton Joffily de Alencar au spot 13
© Spot 13
Créé en 2017, Spot 13 est un lieu éphémère en plein air dédié au street art géré par une association. S’y trouvent deux espaces en entrée libre (qu’on peut aussi louer pour des tournages ou des shootings) : une zone underground, avec des œuvres sur les murs de terrains vagues, et une partie figurative qui tient dans quatre salles installées sous les rails du tram T3a. Les fresques des artistes locaux ou internationaux changent régulièrement, certaines disparaissant au bout de seulement dix jours… On ne s’en lasse jamais !
La fresque réalisée par l’artiste Hera du duo allemand Herakut au bord du Canal Saint-Denis
© StreetArtAvenue2024
Vous en voulez encore ? C’est parti pour cinq kilomètres ! S’étendant entre la Villette, Aubervilliers et la porte de Paris à Saint-Denis, la Street Art Avenue offre un parcours d’art urbain unique en Île-de-France en suivant (à vélo c’est encore mieux) les berges du canal Saint-Denis. Lancée en 2016, le projet s’étoffe chaque année et compte aujourd’hui plus de 40 œuvres avec une large palette d’art urbain, des « blaze » du 93 (FD Crew, Lady K, Rebus) ou ceux plus reconnus tels Kashink, Marko 93, voire internationaux comme Inti (Chili).
Trajet : de la Villette (Paris) au Stade de France (Saint-Denis)
Visites guidées sur réservation :
Office de tourisme Plaine Commune Grand Paris
01 55 870 870
La péniche de Fluctuart – Centre d’art urbain sur la Seine à Paris
© Photo Sergio Grazia
Située au pied du pont des Invalides, dans le 7e arrondissement de Paris, la péniche de Fluctuart peut s’enorgueillir d’être le premier centre d’art urbain flottant au monde… Gratuit et ouvert à tous, ce spot en or nous régale aussi depuis son ouverture en 2019 d’une belle programmation avec vue sur la Seine. Récemment ? Speedy Graphito puis Tania Mouraud. On apprécie aussi son rooftop, sa librairie, son bar… On peut aussi s’y restaurer et y faire la fête dans le cadre d’événements.
Constitué autour de la collection de Nicolas Laugero Lasserre, passionné d’art urbain et par ailleurs cofondateur et directeur artistique de Fluctuart (lire plus haut), ART42 est le premier musée gratuit et permanent de street art en France. Il est installé dans le 17e arrondissement de la capitale, au sein de l’école d’informatique 42. Sur 4 000 m² répartis en trois étages, on y admire (un mardi par mois seulement) plus de 150 œuvres d’art urbain créées par quelque 50 artistes. Et pas des moindres ! Puisque le musée compte les productions d’artistes tels que JR, Shepard Fairey, Invader, Jef Aérosol ou encore Banksy.
L’œuvre monumentale réalisée par l’artiste Sifat au tunnel des Tuileries, Paris
© Clément Dorval / Ville de Paris
Sous le bitume, la mer ? Immergez-vous dans le tunnel Henri IV, situé dans le 4e arrondissement, qui a été investi en 2023 par la Polynésie ! Cet hommage en couleurs de 1 700 m2, qui nous alerte sur l’urgence climatique, est l’œuvre de l’artiste Sarah Viault, originaire de l’archipel, et du street artiste francilien Babs. Depuis 2022, le lugubre tunnel des Tuileries est un lointain souvenir… Plus de dix fresques monumentales d’artistes européens se côtoient dans ce passage souterrain piéton et cyclable de 800 mètres.
L’éclatante fresque de l’artiste Pía au 27 Pantin
© Pía / 27 Pantin
Depuis que l’initiative artistique et participative a été lancée en 2021, plus d’une centaine d’artistes ont déjà participé à l’embellissement du quartier autrefois enclavé de L’îlot 27 à Pantin, avec des œuvres renouvelées tous les trois ans. Le mieux est de se laisser guider par un conférencier (un dimanche par mois) pour apprécier la découverte de cette aventure résiliente qui a fait se rencontrer et s’impliquer des habitants, des écoliers et des artistes. Tous les styles sont représentés, de la militante pour l’égalité des genres Kashink à Moyoshi, inspiré par la culture nipponne. De la grande fresque au petit pochoir, on vient ici du monde entier pour prendre des photos !
Vue de l’exposition éphémère « La chambre des mémoires à-venir » qui s’est tenue aux sous-sols de Paris-La Défense, 2023
© Malika Bauwens
On vous prévient tout de suite : les lieux sont totalement fermés au public ! Ceci dit, il arrive que les sous-sols de la Défense soient ouverts, le temps d’une exposition éphémère d’artistes contemporains… Amateurs d’art urbain et d’urbex, guettez donc précieusement chaque annonce d’événement tant la découverte des entrailles du quartier d’affaires vaut l’attente. Des onze cavernes monumentales totalisant 45 000 m2, vous n’explorerez qu’une seule partie – suffisamment toutefois pour admirer quelques graffitis. Si vous avez de la chance, vous pourrez peut-être voir aussi le « Monstre », une sculpture de 30 mètres de long créée par Raymond Moretti qui vit ici depuis les années 1970.
La fresque de Tank & Popek invités par le groupe Frey au Clos du Chêne, en Seine-et-Marne
© FREY
Qui a dit que la France des centres commerciaux était moche ? Ce ne sera sûrement pas votre avis après avoir flâné au Clos du Chêne, en Seine-et-Marne, où l’on croise en faisant ses courses en plein air pas moins de 95 œuvres monumentales signées par plus de 40 artistes. Chaque année depuis 2019, le groupe Frey organise le festival Street Art et invite des artistes urbains de renommée internationale à investir la zone commerciale. Ce qui permet aujourd’hui de consommer (sans modération) des fresques de Hopare, Rero, Chanoir, ou encore Kashink, Vinie et Lady M côté filles.
Clos du Chêne – centre commercial
Avenue de la Ferme Briarde • 77144 Montévrain
Vue de l’exposition « L’ABC de Jef Aérosol » à la galerie Mathgoth, Paris, 2024
Courtesy Galerie Mathgoth, Paris
Pour les amateurs d’art urbain, en dehors de la foire District 13, les galeries Itinerrance, Mathgoth, Magda Danysz et Chenus Longhi (OpenSpace) sont des incontournables pour découvrir et acquérir des œuvres de street art. Elles organisent régulièrement des expositions qui font l’actualité.
Galerie Magda Danysz
Ouvert du mardi au vendredi de 11 h à 19 h
et le samedi de 14 h à 19 h
78, rue Amelot • 75011 Paris
magdagallery.com
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