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Week-end culturel

L’Ouzbékistan, au pays de l’or bleu

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Publié le , mis à jour le
Le musée du Louvre consacrera une exposition à ce pays d’Asie centrale en 2021. Beaux Arts s’est rendu de Samarcande à Boukhara pour vous guider vers les splendeurs de la route de la soie.
La madrasa (école coranique) Mir-i-Arab, à Boukhara.
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La madrasa (école coranique) Mir-i-Arab, à Boukhara.

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© Photo Jean-Michel Pancin.

Le regard s’y perd ; il s’essouffle à suivre la ligne en ses volutes d’or sur océan de cobalt, il traque la logique dans ces labyrinthes où la géométrie s’affole, il caresse les lettrages sinueux où volutent cursive mongole et koufique angulaire…. En Ouzbékistan, quelques centimètres carrés suffisent à donner le vertige. Une simple frise de céramique, et l’œil frôle l’infini ; des nids-d’abeilles creusant la courbe d’une coupole, et c’est le cosmos qui fond sur Terre. Quel autre pays au monde pourrait se targuer de conserver autant de joyaux du patrimoine islamique ? Au gré des riches khanats (principautés) de Boukhara, Samarcande et Khiva, la perle de l’Asie centrale a su préserver quelques stupéfiants fragments de son passé. Ils sont à couper le souffle, souvenirs d’un temps où elle régnait sur la route de la soie.

L’histoire récente n’a pas été clémente pour ce vaste territoire coincé, au sud du Kazakhstan, entre les montagnes kirghizes et les rives turkmènes de la mer Caspienne. Réduit par la planification soviétique à un immense champ de coton, quitte à assécher complètement la mer d’Aral, il est à peine indépendant en 1991, à la chute de l’URSS, qu’il se retrouve sous le joug d’un autre dictateur, Islam Karimov. Il lui fallut attendre un quart de siècle pour reprendre espoir. Depuis 2016, le pays tente de s’ouvrir davantage au monde. Les touristes commencent à affluer. Mais le fantasme des Mille et Une Nuits perdure.

Les ruines de la forteresse Djanpik (IX<sup>e</sup>-X<sup>e</sup> siècle), dans le désert de Kyzylkum.
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Les ruines de la forteresse Djanpik (IXe-Xe siècle), dans le désert de Kyzylkum.

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© Sergey Dzyuba / Alamy / Hemis.

Depuis 2016, le pays tente de s’ouvrir davantage au monde. Les touristes commencent à affluer. Mais le fantasme des « Mille et Une Nuits » perdure.

Envolés, asséchés, les quinze jardins qui cernaient Samarcande et ont fait sa renommée de paradis sur terre. Mais la cité aux pêches d’or a préservé quelques-unes de ses ruelles en méandres, dédale de murs blancs derrière lesquels se réfugient colombes, grenades et vignes vierges dans le secret des cours. Il suffit d’un brin d’imagination, et vous voilà transporté au temps de Tamerlan (1336–1405). Appelé aussi Timour Leng ou Timour le boiteux, cet infatigable guerrier des steppes renversa le pouvoir moghol des héritiers de Gengis Kahn pour édifier un empire sur toute l’Asie centrale, jusqu’à la Perse, la Turquie et la Syrie. De Samarcande, sa capitale, il fit la vitrine de son pouvoir, et l’une des cités les plus imposantes du XIVe siècle. Les caravanes y affluent de Russie et d’Ispahan, de Xi’an et de Delhi. Jusqu’en 1507, la dynastie timouride fit prospérer une véritable Renaissance transoxiane.

Le bleu, seul rival possible à la lumière si dure de la vallée

L’art timouride, comme le décrit l’historien Yves Porter, compose « un paradis de terre et de papier ». Déportés d’Hérat (Afghanistan), de Kashan (Iran) ou de Damas (Syrie), la crème des maçons, céramistes et peintres pare la ville d’infinies nuances de bleu, seul rival possible à la lumière si dure de la vallée. Le poète Kesaï avait prédit cette splendeur à venir, dès le Xe siècle, quand il chantait : « Je sais l’enchantement de tes pierres et ce qui chante de ce seul nom : Samarkand. » Sur la vaste place du Régistan, trois madrasas composent un ensemble unique dominé par la madrasa aux étoiles, qui fut l’une des plus grandes universités de son temps. Bâtie par Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan, elle éclate de constellations gravées dans le stuc et les émaux marquetés, entrelacs hypnotiques de feuilles, de fleurs, d’astres et de croix, blanc et or, turquoise et marine.

Surgissant entre des rues marquées par l’urbanisme soviétique et un bazar où affluent encore quelques nomades, la mosquée Bibi-Khanym porte l’or bleu à l’incandescence.

Réputé pour avoir fait de Samarcande un haut lieu du savoir et de la poésie, le prince astronome aspira, à l’instar du poète perse Omar Khayyâm, « à découvrir par la science quelques nœuds d’obscurs secrets ». Pour ce faire, il bâtit un observatoire, remarquable bâtiment circulaire de trois étages dont il ne reste rien, si ce n’est les ruines du sextant géant d’où il releva la position exacte de 1 018 étoiles. Et quelques vers : « Je vois des astres, des étoiles, des constellations, je suis pris dans un prodigieux tournoiement de la roue au moyeu d’or, chantait-il en poète. Le ciel n’est-il qu’une immense fleur bleue, myosotis de l’infini ? » Pourrait-on mieux définir l’or bleu de Samarcande ? Surgissant entre des rues marquées par l’urbanisme soviétique et un bazar où affluent encore quelques nomades, la mosquée Bibi-Khanym le porte à l’incandescence. Sa coupole de céramique turquoise défie le ciel, miracle sur structure branlante. Tamerlan l’avait rêvé comme le plus beau monument de la Terre, et le plus grand, en hommage à son épouse mongole. « Victime de ses dimensions cyclopéennes qui posaient aux architectes de l’époque des problèmes techniques impossibles à résoudre, la mosquée s’était écroulée très tôt, avant même d’avoir été complètement achevée, narre l’écrivain Amin Maalouf. Un peu comme l’empire de Tamerlan. Comme l’homme et son rêve. »

Le palais Tosh-Hovli, à Khiva.
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Le palais Tosh-Hovli, à Khiva.

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Construit entre 1832 et 1841, le palais Tosh-Hovli, à Khiva, possède plus de 150 pièces réparties autour de neuf cours.

© Photo Jean-Michel Pancin.

À l’orée de la ville, la nécropole de Shah-i-Zinda est elle aussi un jardin d’émail bleu. Il se murmure dans les contes populaires qu’un cousin du Prophète, mort en martyr, hante toujours ces lieux, « roi vivant du Samarkand d’en dessous ». Qu’on croise ou non son fantôme, les allées de mausolées ensorcellent dans ce site de pèlerinage millénaire. Colline sacrée où souffle encore l’esprit soufi, où brûle encore la flamme des zoroastriens. Y sont enterrées nombre de femmes, auxquelles rendent hommage les ornements les plus délicats. Bois ciselés et frises végétales, étoiles à huit branches et soleil entouré de six planètes rivalisent de leur éclat saphir et lapis-lazuli.

Boukhara et ses 365 mosquées

La route de la soie se prolonge à Boukhara, ville sainte de l’islam dont l’Unesco a classé plus de 140 monuments au patrimoine mondial. Il se raconte que 365 mosquées la couvraient, avant que les Huns ne l’anéantissent en 1220. Seuls quelques mausolées en témoignent aujourd’hui, ainsi que sa tour de la mort, minaret de 48 mètres si arrogant que même Gengis Khan l’épargna. À ses pieds, l’immense mosquée Kalon et ses centaines de coupoles, océan beige sous un soleil de plomb.

Riche de dizaine de milliers d’âmes, cette singulière communauté des Juifs de Boukhara a profondément marqué la culture de la ville avant de réduire comme peau de chagrin.

À l’ombre des mûriers, la mosquée Bolo-Khaouz se reflète, elle, dans l’eau du bassin de la place Liab-i-Khaouz, si calme que l’on se prend à rêver du temps des caravansérails. Qu’importe s’ils sont aujourd’hui transformés en bazars à touristes, envahis de ces somptueux tapis brodés de fleurs en soleil que les nomades ouzbeks transportaient de désert en désert. Au gré des ruelles alentour, on peut s’efforcer aussi de retrouver la trace des Juifs de Boukhara. Riche de dizaine de milliers d’âmes, cette singulière communauté a profondément marqué la culture de la ville avant de réduire comme peau de chagrin. Son souvenir reste aujourd’hui enfoui sous l’ocre et le sable qui donnent à la ville sa douce teinte.

Rouge, en revanche, le désert du Kyzylkum, où mène ensuite la piste des caravaniers. Située au sud du fleuve Amou-Daria, Khiva en est la perle. Ville-musée, certes. Ni habitants, ni trafic au sein de ses fortifications. Mais quelle beauté ! Une concentration du génie artistique de l’islam sans équivalent en Asie, riche d’un patrimoine constamment réinventé du Xe au XIXe siècle. Très (presque trop) restaurée, la cité plusieurs fois rasée et reconstruite n’insiste pas sur son passé médiéval de place forte du commerce d’esclaves. Mais, à condition de s’extraire de la foule, elle ouvre elle aussi sur des infinis. À l’ombre des minarets sertis de motifs en anneaux qui rythment la brique, les faïences bleues du harem du palais Tosh-Hovli se perdent en circonvolutions. Chacun des 218 piliers de bois de la mosquée Djouma fait tourner la tête, telle une forêt en lévitation. Précieux alliage des cultures de la Perse, de l’Inde et de la Caspienne, Khiva est un rêve d’Orient.

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Comment s’y rendre ?

10 à 11 h de vol avec escale à Istanbul via Turkish Airlines.

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À lire : Samarcande

Par Amin Maalouf

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Où dormir ?

B&B Antica

Iskandarov, 58 • Samarcande

Un petit paradis aux parfums d’antan, tenu par de charmants hôtes dans le dédale de la vieille ville. Délicieux repas servis sous la pergola, dans le jardin. À partir de 50 €.

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Où manger ?

Chasmai-Mirob Restaurant

Khodja Nurobobod St. (en face du complexe Po-i-Kalya) • Boukhara

Un cadre idyllique, avec une vue imprenable sur les minarets de Boukhara, pour déguster des spécialités d’Asie centrale.

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En savoir plus :

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Retrouvez plus d’escapades dans notre supplément week-ends : le guide 2020 des plus beaux voyages culturels, gratuit en kiosque pour tout achat du n°429 de Beaux Arts Magazine.

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