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GUIDE

Petit tour de France des joyaux de l’art brut et singulier

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Publié le , mis à jour le
Cap sur les folies douces nées dans l’esprit d’artistes à part : loin du circuit officiel de l’art mais au plus près des rêves, ces œuvres et ces constructions hors normes nous racontent des histoires aussi singulières que leurs auteurs.

1. Des visages dans la pierre à deux pas de Saint-Malo

La tâche, démentielle, a duré de 1894 à 1907. Penchés sur la Manche, les dizaines de rochers patiemment sculptés par un certain Adolphe Julien Fouré (1839–1910) à Rothéneuf laissent le vent et l’eau éroder leurs formes fantasmagoriques… Mais il faut voir, dans ces motifs animaliers et ces visages tournés vers la mer, les anciens détails patiemment polis par l’abbé artiste. Il faut aussi imaginer que ces sculptures et ces bas-reliefs étonnants étaient couverts de couleurs, voire rehaussés de goudron, et qu’ils formaient ensemble une fresque de figures de l’époque, de marins, d’épisodes de guerre, de colonels et de saints. Trois cents personnages et bestioles sculptés au fil des jours, qui disparaissent petit à petit et prennent une allure toujours plus mystérieuse…

Les rochers sculptés de Rothéneuf à Saint-Malo
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Les rochers sculptés de Rothéneuf à Saint-Malo

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Photo Cedric PASCINI / Hemis

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Rochers sculptés de Rothéneuf

2. Un palais fait de rêves et de cailloux dans la Drôme

L’histoire du Facteur Cheval (1836–1924) est bien connue et n’a cessé d’inspirer les artistes, des surréalistes au plasticien Pierre Ardouvin. Intrigué par un drôle de caillou pendant l’une de ses tournées, Ferdinand Cheval se met à collecter des pierres de toutes sortes pour construire, dans son potager, un palais à l’image de ses rêves. Il lui faudra trente-trois ans pour bâtir et décorer cet édifice, recouvert de sculptures animalières, mythologiques et anthropomorphes… Qui, depuis peu, dialoguent avec des expositions d’art contemporain (en ce moment, la correspondance de la cinéaste et artiste Agnès Varda). Une pépite à visiter au cœur de la Drôme.

Le Palais idéal du Facteur Cheval
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Le Palais idéal du Facteur Cheval

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© Frederic Jouhanin Le Labo

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Le Palais idéal du facteur Cheval

3. Au musée Robert Tatin de Cossé-le-Vivien, les figures de ciment parlent au ciel

Moins célèbre que le Palais idéal du facteur Cheval, le musée Robert Tatin résulte pourtant de la même folie douce, et surtout de la même volonté singulière de construire une architecture-œuvre. Très chevelu, la voix forte, le verbe rieur, Robert Tatin (1902–1983) ne passait pas inaperçu. Sa vie, il la partagea entre l’art, le bâtiment (il possédait une entreprise prospère), l’artisanat et les voyages – dans les grandes villes du monde. Nourri d’expériences, de visions et de philosophies diverses, il revint à l’âge de 60 ans en Mayenne, sa terre natale, pour y construire un « environnement d’art ». Aujourd’hui, les figures de ciment, parfois coloré, montrent leurs drôles de faces à des passants intrigués et muets de surprise. Est-ce que ce sont des monstres ? des démons ? des divinités ? Peuplé de géants, de dragons, de serpents et de créatures hybrides, le lieu apporte bien plus de questions que de réponses…

À gauche, la Maison d’habitation de Robert Tatin et à droite, la Porte du Soleil située dans le Jardin des Méditations
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À gauche, la Maison d’habitation de Robert Tatin et à droite, la Porte du Soleil située dans le Jardin des Méditations

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© Musée Robert Tatin

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Musée Robert Tatin

À 70 kilomètres de Rennes.

4. Dans le Pas-de-Calais, la Bible grandeur nature !

C’est l’œuvre d’une vie. Quatre décennies de travaux, jusqu’à ce qu’un jour de l’année 1906, l’abbé Lecoutre (né en 1830) tombe de l’échafaudage sur lequel il était perché pour peindre la voûte de son église, et meurt sur le coup. Grâce à lui, Saint-Quentin de Wirwignes vaut le détour dans l’extrême nord de la France : une église tout à fait banale de l’extérieur, avec son clocher pointu et ses murs de briques rouges, mais grandiose à l’intérieur, où l’abbé bâtisseur a conçu huit chapelles et peint la moindre surface. Aidé d’un ingénieur et d’un peintre verrier, Lecoutre a métamorphosé l’église avec toutes sortes de motifs colorés et de fresques évoquant ses pèlerinages à Lourdes et en Terre sainte, ainsi que des épisodes de la Bible dont la Passion du Christ. De l’art naïf classé depuis 2006 – parfois fermé, demandez la clé au restaurant voisin Chez Mémère Harlé ou téléphonez avant d’arriver.

Église Saint-Quentin de Wirwignes
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Église Saint-Quentin de Wirwignes, XIXe siècle

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Courtesy Réseau Eglises Ouvertes Nord de France / © MCH-EO

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Église Saint-Quentin de Wirwignes

5. Une habitation-sculpture en Lozère

Les années 1970 n’ont pas seulement accouché de papiers peints fleuris et de mobilier en plastique : en témoigne l’utopie réalisée de Jo Pillet, artiste, et de sa femme Dominique, en plein cœur de la Lozère. Lui voulait construire « un habitat genre architecture vitale », sans ligne droite et tout en courbes, pour respecter le rythme d’une vie douce, et elle l’a suivi dans son projet. Après avoir acheté un terrain en 1974, le couple mature l’idée et débute la construction en 1979, puis travaille durant une décennie entière à l’édification d’igloos de parpaings et de pierres. Les années passent, les touristes aussi : Jo se prend de passion pour l’accueil d’étrangers et ajoute à Utopix des parcs de jeux avec minigolf et parcours de billes, des bestioles sculptées, une petite buvette. Dominique quant à elle accueille volontiers les visiteurs avec quelques explications, et c’est presque en famille que l’on visite cet endroit tout en rondeurs.

La planète Utopix de Jo Pillet
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La planète Utopix de Jo Pillet

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Photo René Mattes / Hemis

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Utopix

6. Un chef-d’œuvre de Jean Dubuffet dans le Val-de-Marne

Rendez-vous en plein cœur du Val-de-Marne pour découvrir, comme figé dans un temps sans époque, les paysages blancs et noirs de la Closerie Falbala. Conçue par le théoricien de l’art brut Jean Dubuffet (1901–1985) entre 1971 et 1973, cette œuvre monumentale de plus de 1 600 mètres carrés de béton recouvert de peinture polyuréthane blanche et de lignes noires abrite le « Cabinet logologique » de l’artiste – un lieu de méditation hors normes. Le « sol mouvementé » voulu par Dubuffet, entouré de « sinueuses découpes verticales », se parcourt comme une image dans laquelle on serait entré par effraction. Extrêmement photogénique, cet environnement sculptural déroute par son gigantisme : un paysage mental grandeur nature.

Jean Dubuffet, Closerie Falbala
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Jean Dubuffet, Closerie Falbala, 1971–1973

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Résine époxy et béton projeté peints • Fondation Dubuffet, Périgny-sur-Yerres (Val-de-Marne) • © Fondation Dubuffet, Paris / ADAGP, Paris, 2020 / Photo Belzeaux

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Closerie Falbala

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut

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