Cinéma

Pourquoi faut-il aller voir « Mémoires d’un escargot », splendide film d’animation en stop motion ?

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Publié le , mis à jour le
Le réalisateur oscarisé Adam Elliot revient avec Mémoires d’un escargot, un film d’animation en stop motion et en argile qui a nécessité huit ans de travail. D’un humour noir savoureux, le film raconte l’histoire de Grace, une jeune femme solitaire qui collectionne les gastéropodes. Après avoir reçu le Cristal du long-métrage lors du 48e Festival du film d’animation d’Annecy en juin dernier, il sort enfin en salles ce mercredi 15 janvier.
Extrait de « Mémoires d’un escargot » d’Adam Elliot
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Extrait de « Mémoires d’un escargot » d’Adam Elliot

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© Arenamedia Pty Ltd

Il avait d’abord pensé à la coccinelle, avant de réaliser que son histoire se logeait dans la coquille d’un escargot. Quinze ans après Mary et Max, son très remarqué premier long-métrage d’animation, le réalisateur Adam Elliot nous conte les Mémoires d’un escargot.

En réalité, ce sont celles d’une jeune femme très angoissée, qui s’est petit à petit muée en collectionneuse compulsive de tout ce qui concerne les petits gastéropodes. Face aux tragiques aléas de la vie, Grace Pudel trouve du réconfort dans la constitution de cette improbable (et baveuse) collection.

Traumatisée par la mort de ses parents et la séparation forcée avec son frère jumeau Gilbert, Grace ne cesse de se replier dans sa coquille pour éviter de se frotter à un monde cruel, triste et désespérant. Mais sa rencontre avec Pinky, une extravagante octogénaire qui a vécu mille et une aventures (dont une mémorable partie de ping-pong avec Fidel Castro), va l’aider à s’épanouir.

« Tu sais, la vie, ce n’est pas regarder en arrière. Il faut vivre vers l’avant », lui glisse-t-elle, paraphrasant une célèbre citation de Kierkegaard – existentialiste avant l’heure qui a théorisé les concepts d’angoisse et de désespoir.

Entre comédie et tragique

Inspirés de sa propre vie et de ses rencontres, les personnages du réalisateur australien font partie de la grande famille des losers dépressifs ; marginaux cabossés par la vie qui n’en finissent pas de trébucher. Depuis son court-métrage Harvie Krumpet, pour lequel il a remporté un Oscar en 2004, Adam Elliot cultive ses sujets de prédilection – les traumatismes de l’enfance, l’alcoolisme parental, l’amitié intergénérationnelle, les échanges épistolaires –, et continue de déployer son sens aigu de la comédie noire (ou de la tragédie heureuse).

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© Arenamedia Pty Ltd

Le film a nécessité huit années de labeur et quatre ingrédients : de l’argile, du papier, du fil de fer et de la peinture.

Ses inspirations ? Les photos de Diane Arbus (qui capturait les « freaks »), les films surréalistes du réalisateur tchécoslovaque Jan Švankmajer, mais aussi ses souvenirs d’enfance en Australie dans les années 1970–1980, glissant dans Mémoires d’un escargot des références au parc d’attractions Luna Park ou à la Brunswick Street de Melbourne.

Une merveille d’animation en stop motion

Roi du stop motion dans sa forme la plus artisanale, le génial réalisateur éblouit encore une fois par sa capacité à produire une œuvre aussi bouleversante dans son récit que magistrale dans sa fabrication. Réalisé sans aucune image générée par ordinateur, le film a nécessité huit années de labeur et quatre ingrédients : de l’argile, du papier, du fil de fer et de la peinture. On pourrait en rajouter un cinquième, crucial en animation : un bon casting vocal. On vous laissera débusquer la sublime voix de Nick Cave qui incarne un personnage secondaire…

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Adam Elliot se définit lui-même comme un « clayographer » (contraction de clay, qui signifie « argile » en anglais, et de biography pour « biographie »). Célébrant les imperfections de ses personnages malmenés par la vie, il tient à laisser visibles les empreintes digitales de celles et ceux qui les ont modelés.

Atteint d’une maladie héréditaire qui lui provoque des tremblements musculaires, c’est aussi grâce à cette particularité qu’Adam Elliot a conçu avec brio cette esthétique si particulière, tout en rondeur, qu’il décrit comme « chunky wonky » (trapu et bancal). Distillant une puissante mélancolie, Mémoires d’un escargot est une merveille d’animation qui fait du bien à l’âme. Preuve qu’un bon cataplasme d’argile peut s’avérer parfois réellement efficace pour panser les plaies…

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Mémoires d’un escargot

Réalisé par Adam Elliot

94 min • 2024 • en salles le mercredi 15 janvier

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