À droite, portrait de Nick Cave par Megan Cullen (2023). À droite, “Portrait of a Devil” de Nick Cave (2024)
© Nick Cave / Courtesy Galerie Xavier Hufkens / Photo Megan Cullen
Celui qu’on a plutôt l’habitude de voir sur scène, crooner avec l’intensité d’un gourou en costume sombre, s’est récemment dédié… à la céramique ! Plus jeune, c’est pourtant la peinture qu’avait choisi d’étudier l’Australien Nick Cave à la Monash University de Melbourne, avant de se consacrer pleinement à la musique. Jusqu’au 11 mai 2024 la galerie Xavier Hufkens à Bruxelles dévoile sa première série, The Devil — A Life (2020–2024). Un récit initiatique touchant, dont une partie avait déjà été divulguée au Sara Hildén Art Museum en Finlande, aux côtés d’œuvres de l’artiste Thomas Houseago et d’un autre sculpteur inattendu, Brad Pitt.
Le leader du groupe culte Nick Cave and the Bad Seeds chronique ici les moments-clés que seraient ceux de la vie du diable. Cette procession de dix-sept faïences minutieuses, allant de 15 à 48 centimètres de haut selon le sujet, n’est pas sans rappeler la Cène. Élevé au sein d’une famille chrétienne anglicane, Nick Cave raconte à travers la céramique son rapport au sacré, à la religion et la spiritualité.
Enveloppé dans une tunique blanche, le teint rose et les joues rebondies, tendrement lové entre l’encolure et la croupe d’un cheval rouge sang, un joli diable en bas-âge se réveille (Devil Awakens)… plus proche d’un putto que de Satan ! Plus loin – comprendre plus tard – il découvre l’amour auprès d’une jeune fille en fleurs, combat un lion, s’en va en guerre sur un cheval blanc, en revient sur un cheval noir foulant des têtes de mort, sacrifie un enfant, se retrouve séparé du monde puis tourmenté par les remords, avant d’embrasser la mort en se vidant de son sang.
À gauche, « Devil and Sailor » de Nick Cave (2024). Au centre, « Devil Returns from the war » de Nick Cave (2024). À droite, « Devil in remorse » de Nick Cave (2024)
Céramique galçurée • Coll. particulière • © Nick Cave / Courtesy Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles
Pour ces dix-sept scènes de la vie du diable, alignées chronologiquement sur un même piédestal, Nick Cave s’inspire d’objets décoratifs typiques de l’époque victorienne. Des figurines à dos plat en céramique glaçurée du Staffordshire, destinées à être posées sur des étagères. Le poète collectionne depuis longtemps ces statuettes, objets d’art très représentatifs de l’histoire de l’Angleterre.
Vue de l’exposition « Nick Cave. The Devil – A Life » à la Galerie Xavier Hufkens à Bruxelles, rue Saint Georges
© Nick Cave / Courtesy Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles
Le récit que déroule Nick Cave est ainsi celui d’un anti-héros au travers duquel on a parfois envie de voir le chanteur lui-même, parfois surnommé le prince des ténèbres australien, surtout lorsque le diable revêt son fameux costume noir (Devil in Remorse). Traversé par une palette finalement très humaine de sentiments tels que l’amour, la vanité, le sacrifice, les remords, le chagrin. On suit les méandres classiques de la psyché, d’abord innocente puis plus complexe, paradoxale, à mesure qu’elle est façonnée par l’expérience.
Les actes du diable, marqués par la violence, ne vont pas sans un contrecoup moral et une infinie solitude, là aussi propres à la condition humaine. Et le chanteur d’analyser : « Ces œuvres en céramique – et en fait, toutes les chansons que j’écris – parlent de l’idée de pardon, l’idée qu’il y a une vertu morale dans la beauté. C’est une sorte d’équilibre entre nos péchés. » Un thème qui semble être en phase avec le prochain album de Nick Cave and the Bad Seeds intitulé Wild God et dont la sortie est annoncée pour le 30 août prochain, avant un concert parisien à l’Accor Arena en novembre.
Le Diable – Une vie
Jusqu’au 11 mai 2024
Xavier Hufkens Gallery • Rue Saint-Georges • 1050 Ixelles
www.xavierhufkens.com
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