CINÉMA

Que vaut “Hokusai”, le biopic du maître japonais actuellement au cinéma ?

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L’acteur Yūya Yagira, interprétant l’artiste jeune dans le film “Hokusai” réalisé par Hajime Hashimoto
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L’acteur Yūya Yagira, interprétant l’artiste jeune dans le film “Hokusai” réalisé par Hajime Hashimoto

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© 2020, Hokusai Movie Web

Enfin, le Japon consacre un biopic à son artiste phare : Katsushika Hokusai (1760–1849), grand maître de l’ukiyo-e ! Esthétiquement, le réalisateur Hajime Hashimoto s’en sort avec brio. Sublime de bout en bout, le film offre une succession d’estampes vivantes qui nous emmène sur les pas de l’artiste, d’abord dans les rues fourmillantes de l’Edo du XVIIIe siècle et ses maisons closes, semblables à de petits théâtres de poche avec leurs cloisons de papier, leurs lanternes rouges et leurs geishas enveloppées dans de flamboyants kimonos… Puis dans sa conquête de paysages époustouflants.

Quelques scènes extraordinaires

Sentiers escarpés, forêts de bambous et rizières battues par le vent mènent à des vues majestueuses du cône enneigé du mont Fuji, veillant sur une plage grandiose, ou baignant dans la lueur sanguine du soleil couchant… À l’écran, cette nature irréelle est concurrencée par la magie de la fièvre créatrice. Le spectateur retient son souffle lorsque l’artiste, à genoux, le dos courbé comme en prière, trace de fines lignes expertes à l’encre noire sur des feuilles translucides… Puis face au processus virtuose de gravure et d’impression des estampes. Créatif, le cinéaste livre quelques scènes extraordinaires, comme ce moment où Hokusai croque sur le vif des passants surpris par une bourrasque. Ou celui qui le montre en plein accès de folie mystique, en train de s’asperger d’encre bleue – le fameux bleu de Prusse – sous une pluie battante…

Le film “Hokusai” réalisé par Hajime Hashimoto
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Le film “Hokusai” réalisé par Hajime Hashimoto

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© 2020, Hokusai Movie Web

Nous voilà propulsés au crépuscule de la vie d’Hokusai qui, âgé de soixante-dix ans, se lance seul sur les routes pour créer les plus belles œuvres de sa carrière !

La narration, en revanche, déstabilise. Sans révéler son enfance ni la naissance de sa passion pour l’art, le film s’ouvre directement sur les débuts difficiles du peintre, d’abord jaloux de la concurrence et trop sûr de lui, puis sa découverte par un éditeur (joué par Hiroshi Abe), qui le malmène pour le mener au déclic. Puis, presque sans transition, nous voilà propulsés au crépuscule de la vie d’Hokusai qui, âgé de soixante-dix ans, se lance seul sur les routes pour créer les plus belles œuvres de sa carrière ! Le tout rythmé par le motif de la vague qui marque sa naissance en tant qu’artiste, puis sa renaissance des décennies plus tard avec son chef-d’œuvre, La Grande vague de Kanagawa…

L’acteur Min Tanaka, interprétant l’artiste à la fin de sa vie, dans le film « Hokusai » réalisé par Hajime Hashimoto
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L’acteur Min Tanaka, interprétant l’artiste à la fin de sa vie, dans le film « Hokusai » réalisé par Hajime Hashimoto

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© 2020, Hokusai Movie Web

Au fil de cette construction cyclique, plus poétique que narrative, le film parvient à brosser le portrait d’un taiseux au caractère bien trempé, travailleur acharné et intransigeant avec lui-même, constamment entouré de boules de papier froissé, qui délaisse son épouse et les plaisirs pour se consacrer corps et âme à son art. Également hanté par la violence du pouvoir japonais, qui envoie ses escadrons de samouraïs punir, par le feu ou le fer, les artistes (et écrivains) coupables de motifs « indécents » ou « révolutionnaires », notre héros apparaît comme le témoin sensible d’un monde contrasté, où la lumière du raffinement et de la modernité se mêle à une fureur obscurantiste…

Amputé de quarante minutes

Mais une frustration demeure : pour sa distribution à l’étranger, le film a été amputé de quarante minutes, voyant sa durée initiale de 2h09 réduite à 1h30. Outre la déception de n’avoir pas pu en savourer toutes les scènes, ces coupes radicales nuisent à la clarté et à la fluidité de l’œuvre finale, si pétrie d’ellipses qu’elle en devient parfois confuse… Et condamnée à survoler de façon abrupte la longue vie d’Hokusai, mort à 89 ans.

On regrette aussi que sa fille O-Ei, évoquée en arrière-plan comme une libre buveuse de saké intégrée dans un milieu d’hommes, ne soit pas montrée une seule fois en train de peindre, alors qu’elle créait avec talent aux côtés de son père, l’aidant même à réaliser certaines œuvres. L’emporte malgré tout la magnificence du film, qui culmine lors d’une scène finale magistrale montrant le jeune et le vieil Hokusai (Yūya Yagira et Min Tanaka) peignant côte à côte d’immenses déferlements d’écume. Un moment suspendu qui laisse la salle silencieuse, submergée d’émotion face à tant de beauté…

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Hokusai

De Hajime Hashimoto

1h30, actuellement en salle

Retrouvez dans l’Encyclo : Hokusai

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