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Préservée des affres du temps, Mantoue coule des jours heureux au bord de la rivière Mincio, un affluent du Pô qui se prête à de jolies croisières. À moins que vous ne préfériez le vélo, facile à emprunter pour parcourir ce bijou de la Lombardie, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008. C’est en tout cas en prenant le temps que s’apprécie la majestueuse architecture médiévale de la ville et l’empreinte laissée par la dynastie des Gonzague, grâce aux artistes venus ici à la Renaissance pour les servir. Tel Andrea Mantegna !
La vieille ville de Mantoue au crépuscule
© iStock photo
Né en 1431 à Isola di Carturo (aujourd’hui Isola Mantegna), le peintre se forme très jeune dans l’atelier de Squarcione, à Padoue, où il admire les maîtres Donatello et Alberti. À 17 ans, il se fait remarquer en décorant la chapelle Ovetari dans l’église des Érémitiques (Padoue) et finit par être sollicité par les Gonzague à Mantoue. Il y est nommé peintre de cour en 1460. Jusqu’à sa mort en 1506, Mantegna fera toute sa carrière chez les Gonzague, honorant leurs commandes de chefs-d’œuvre qui peuvent toujours être admirés de nos jours. C’est parti !
Commençons par le saint des saints. Sur la magnifique piazza Sordello se dresse le Palazzo Ducale. Résidence principale des Gonzague, il est – avec le Palazzo Te, œuvre de Giulio Romano – l’un des plus imposants monuments de la Renaissance italienne réunissant un complexe de plusieurs bâtiments. Dans ce dédale de couloirs, de galeries, enrichis de cours intérieures, parfois suspendues, et de vastes jardins, on ne manque pas de visiter la Chambre des Époux, au sein du Castello di San Giorgio, à l’étage dévolu autrefois aux mariages.
Palais ducal de Mantoue, détail de la décoration de la Chambre des Époux réalisée par Mantegna entre 1465 et 1474
© Photo René Mattes / hemis.fr
Peintes par Mantegna entre 1465 et 1474, les fresques de cette chambre offrent un ravissement pour le regard, qui chemine d’arbres en collines bucoliques, avec au plafond, un ciel bleu azur peuplé de personnages mythologiques. D’un côté, une scène de la cour princière dans un décor évoquant Rome, de l’autre, une rencontre en plein air. Cette commande théâtralisée pour le compte de Louis III Gonzague, marquis de Mantoue (1444–1478) célèbre l’alliance avec l’Allemagne et son union avec Barbara de Brandebourg (« gloire incomparable des femmes », souligne une inscription de la chambre).
Il fallait être un artiste reconnu (et riche !) pour se construire telle bâtisse. Érigée après l’achèvement de la Chambre des Époux, en 1476, sur un terrain offert par Louis III Gonzague, la maison de Mantegna se déploie sur deux étages selon un plan presque carré avec un patio circulaire au centre, sorte d’amphithéâtre organisant l’espace, comme dans les domus de l’Antiquité romaine. Mantegna a mis en pratique les préceptes sur la géométrie et la perspective d’Alberti, qu’il admire. Comme dans un musée, l’artiste rassemble aussi ici ses collections d’antiquités, bustes, sculptures… qu’il affectionne particulièrement.
La cour circulaire de la Casa Mantegna, où vécut le peintre Andrea Mantegna à Mantoue
© AA World Travel Library / Alamy via Hemis.fr
Au-dessus du portail dans la cour, on peut lire ab Olympo, (« depuis l’Olympe ») en écho à l’ancien atelier à Olympie du sculpteur Phidias, dont la foudre de Zeus avait reconnu la grandeur en venant graver les pierres de cette inscription. Rare témoignage d’une demeure privée du XVe siècle italien, la vaste maison de Mantegna est à la (dé)mesure de l’artiste, abritant plus de quinze pièces avec huit au premier niveau et sept au second. En son temps, Mantegna soignait son jardin, taillé selon les règles décoratives de l’art topiaire, comme dans la Rome antique. Aujourd’hui on en profite sur entrée libre.
Maison de Mantegna
47 Via Giovanni Acerbi • 46100 Mantova
À gauche : Intérieur de la coupole de la basilique Sant’Andrea de Mantoue / À droite : Andrea Mantegna, Le baptême du Christ, 1506
Tempera et or sur toile • Coll. basilique Sant'Andrea de Mantoue • À gauche : © iStock photo / À droite : © Photo Scala, Florence
Un dimanche de 1506, Mantegna meurt à Mantoue. Il est inhumé dans la basilique de Sant’Andrea, où ses restes reposent dans la chapelle funéraire Saint-Jean-Baptiste toute à sa gloire et selon son vœu. Son talent plane jusqu’aux voûtes peintes de cette basilique conçue par Alberti, achevée vingt ans après sa mort en 1472 par l’architecte princier Luca Fancelli.
Andrea Mantegna, Sainte Famille et famille de Saint Jean Baptiste, vers 1504–1506
Tempera sur toile • Coll. basilique Sant’Andrea de Mantoue • © Photo Scala, Florence / Courtesy Diocesi di Mantova
En plus d’une magnifique réunion de peintures, réalisées avec son fils Francesco, on trouve dans la chapelle funéraire un buste en bronze aux traits de Mantegna et une épigraphie le plaçant comme l’égal d’Apelle, figure suprême de l’artiste de l’Antiquité prisée des humanistes de la Renaissance. C’est aussi dans cette basilique que de nombreux Gonzague sont enterrés, non loin de leur plus fidèle serviteur.
Basilique de Sant’Andrea
1 Piazza Andrea Mantegna • 46100 Mantova
Y aller
Pour rejoindre Mantoue, il suffit de prendre l’avion jusqu’à Vérone ou Milan, puis de vous laisser porter par le train.
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