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Vue de Séville
© Consorcio Turismo de Sevilla
Comment un peintre orphelin à dix ans, veuf à 45 ans et ayant perdu trois de ses neuf enfants dans une épidémie de peste, peut-il nous servir jusqu’à plus soif des vierges béates, des angelots joufflus et autres garnements hilares ? C’est peut-être le principal mystère Murillo, authentique Sévillan de sa naissance à sa mort, hormis un bref voyage à Madrid pour y rencontrer Diego Velázquez. Car l’image de la Séville prospère, heureuse et dévote qui transpire de ses tableaux d’autel ne correspond pas tout à fait à la réalité. Dévote, on le sait, la ville le fut en son temps… et l’est restée en grande partie. Il suffit de compter le nombre d’églises et de couvents encore actifs, malgré les pillages des Français et les effets de la sécularisation des années 1830, ou d’assister aux spectaculaires processions de la semaine sainte… Prospère, si Séville l’est aujourd’hui à moitié (son économie a longtemps été plombée par les comptes de l’Exposition universelle de 1992), elle ne le fut pas du temps de Bartolomé Esteban Murillo. Le cruel XVIIe siècle vit fondre la manne du Nouveau Monde à cause de la concurrence de Cadix, et fut marqué par des catastrophes (inondations, sécheresses ou épidémies).
Bartolomé Esteban Murillo, Saint Thomas de Villeneuve, 1668
Huile sur toile • 283 × 188 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Séville • © Murillo y Sevilla
L’un des buts de l’année Murillo est de faire redécouvrir un patrimoine moins connu, d’imaginer des itinéraires et des activités de rue, mais aussi de montrer un autre visage du peintre, de gommer son côté sirupeux au profit de sa vision naturaliste. « Ici, ses images sont surtout connues pour accompagner les premières communions et pour envelopper les pâtes de coing, explique l’adjointe à la Culture, Isabel Ojeda. On oublie que, comme Caravage, il a pris ses modèles dans la rue, marchandes, clochards ou prostituées. »
Jusqu’en mars 2019, on continuera bien sûr de se faire plaisir avec les classiques. Première étape : la cathédrale, la plus grande de la chrétienté, où trône une cohorte de saints. À côté des locales Juste et Rufine, dont l’intervention permit au clocher de la Giralda de ne pas s’écrouler lors d’un tremblement de terre, voici un immense saint Antoine. Malgré les barrières et les gardiens zélés, tentez d’observer les cicatrices sur la toile : en 1874, un aigrefin découpa la figure du saint et tenta de la vendre en Amérique, mais le chevaleresque antiquaire Schaus, en ayant décelé l’origine, la restitua illico…
Vue de la cathédrale de Séville
Spécialiste absolu de l’Immaculée Conception, Murillo en a laissé une haut perchée dans la salle capitulaire de la cathédrale, entre les saints Herménégilde et Fernand.
© Rafael Pic
Cathédrale Notre-Dame du Siège de Séville
Av. de la Constitución, s/n • 41004 Sevilla
Deuxième étape : l’hôpital de la Charité fondé par l’excentrique Miguel de Mañara, qui, après une jeunesse fort libidineuse (il aurait inspiré le personnage de Don Juan), se consacra aux bonnes œuvres. Entre les cadavres en putréfaction peints par Valdés Leal, on y voit de grandes scènes morales de Murillo, dont deux viennent d’être restaurées par l’Institut du patrimoine : la Multiplication des pains et Moïse faisant jaillir une source. Ces compositions de plus de cinq mètres de long (et tant d’autres !) souffrirent de l’avidité du maréchal d’Empire Soult : elles firent partie de son butin quand il quitta l’Andalousie en 1812, mais il dut les abandonner à Madrid tant elles étaient encombrantes…
Hôpital de la Charité
Calle Temprado 3 • 41001 Séville
+34 954 223 232 • www.santa-caridad.es
Troisième étape du pèlerinage : le musée des Beaux-Arts, installé dans l’ancien couvent de la Merci chaussée. À l’occasion de l’année Murillo, son église sera le siège d’un véritable événement : la recomposition du retable des Capucins que les moines, prudents, avaient caché à Cadix pour le soustraire au Soult mangetout… La partie centrale, un colossal saint François qui était parti en Allemagne au XIXe siècle, revient au bercail. En échange de sa restauration soignée, effectuée in situ, son propriétaire, le musée Wallraf Richartz de Cologne, le prête généreusement pour dix ans.
On peut suivre en limier les traces du peintre.
À côté de ces déambulations obligées, l’année Murillo sera l’occasion de voir d’autres trésors cachés : l’Archevêché a prévu de dévoiler sa collection (dont la toute première Immaculée Conception de Murillo) tandis que des prêts internationaux feront affluer les Murillo dispersés de par le monde, en particulier ses scènes de genre, plus incisives, ou ses portraits, peu en vogue en Espagne. Mais, plutôt que de passer la journée dans les musées et les couvents, pourquoi ne pas errer à l’air libre dans cette ville qui a conservé l’ambiance d’un XVIIe picaresque ? On peut suivre en limier les traces du peintre : si sa première maison du quartier de la Magdalena a disparu, si sa dépouille est non localisée, quelque part dans le sous-sol de la plaza Santa Cruz, on peut encore voir sa dernière demeure au 8 de la calle Santa Teresa.
Mais on peut tout aussi bien errer sans but, se livrer à cette topographie biscornue de la ville arabe et juive, à ces ruelles étroites et sonores, blanchies à la chaux, bercées des sons de cloche et des piropos obscènes des mauvais garçons, que le peintre pouvait parcourir les yeux fermés… Quinze heures, c’est l’heure des tapas ! « Au temps de Murillo, la morue frite était très consommée, surtout le vendredi, explique Eva Díaz Pérez, qui vient de publier un roman historique sur le peintre, El color de los ángeles. Mais l’on appréciait des mets aussi variés que le lapin pané, les aubergines au vinaigre ou le ragoût de tête de mouton. Côté boisson, le malvoisie doux était le vin le plus apprécié, mais l’on buvait aussi de l’hypocras, vin rouge mêlé de miel et d’épices. Et, pour se rafraîchir, du sirop de caroube au miel. » Sauf le respect dû à Murillo, nous ne le suivrons pas dans ces dérives trop exotiques. Camarero, une planche de jamón ibérico et un verre d’amontillado !
Y aller
En avion tous les jours sur easyJet, Transavia, Vueling, Iberia ou Air France
Informations www.spain.info • www.visitasevilla.es
L'année Murillo
Le programme comprend des itinéraires Murillo, la recréation d’un débarquement de la flotte des Indes, des événements gastronomiques et musicaux.
Informations www.murilloysevilla.org
Museo de Artes y Costumbres Populares
=+34 955 542 951
3 Plaza América • 41013 Sevilla
Se loger
Hôtel Eme Catedral
L’ancienne demeure du mystérieux antiquaire Andrés el Moro, qui y mourut pauvre mais entouré de trésors, a été transformée en boutique-hôtel. Réunion de quatorze maisons du XVIe siècle, certaines avec leurs patios, il offre depuis sa terrasse l’une des plus belles vues sur la cathédrale. À partir de 150 €.
Calle Alemanes 27 • 41004 Séville
+34 954 560 000 • www.emecatedralhotel.com
Elvira Plaza
Tout près de la maison où s’est éteint Murillo en 1682 (quelques semaines après sa chute d’un échafaudage dans une église de Cadix), ce charmant hôtel possède la blancheur et les céramiques typiquement andalouses. À partir de 79 €.
Plaza Doña Elvira 5 • 41004 Séville
+34 954 227 388 • www.hotelelviraplaza.com
Se restaurer
El Rinconcillo
Cette taverne a ouvert en 1671, quand Murillo était encore un fringant quadragénaire. Il a pu y lever le coude pendant que le serveur marquait, comme aujourd’hui, l’addition à la craie sur le comptoir en bois. Le choix des tapas est large : essayez les classiques épinards aux pois chiches (espinacas con garbanzos) ou les étonnants beignets d’anémones de mer (ortiguillas).
Calle Gerona 40 • 41003 Séville
+34 954 223 183 • www.elrinconcillo.es
Las Teresas
Les adresses historiques se bousculent dans le quartier et l’on pourra hésiter avec les Laureles tout proches. Goûtez à la poutargue (mojama), à la morue à la tomate (bacalao) ou aux anchois au vinaigre (boquerones) pour vous convaincre que l’Andalousie ne s’adonne pas qu’au jambon…
Calle Santa Teresa 2 • 41004 Séville
+34 954 213 069 • www.lasteresas.es
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À Séville, le baroque est partout, même dans l’architecture moderne ! La gigantesque plaza de España ne date pas de Murillo, mais a été conçue pour l’Exposition ibéro-américaine de 1929. Elle comprend même deux copies de la Giralda, le clocher de la cathédrale…